Aldostéronisme | Un risque insoupçonné de l’hypertension

Un diagnostic d’hypertension devrait inciter les patients à obtenir un dépistage d’un trouble relativement rare touchant les reins, selon des chercheurs montréalais. Ce trouble, plus fréquent que prévu, peut être la cause de l’hypertension, en plus de causer d’autres complications cardiovasculaires. Des dizaines de milliers de Québécois sont concernés.
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Ce trouble s’appelle « aldostéronisme ». Il s’agit de la sécrétion excessive d’une hormone appelée aldostérone par l’une ou les deux glandes surrénales. L’aldostérone est impliquée dans le maintien de la pression sanguine et s’il y en a trop, les reins peuvent être endommagés.
« On pensait que l’aldostéronisme primaire était une cause relativement rare d’hypertension artérielle », explique André Lacroix, endocrinologue au CHUM, qui est l’auteur principal de l’étude publiée au cours de l’été dans la revue Nature Reviews Disease Primers. Mais ce trouble est finalement responsable de 20 % à 30 % des cas d’hypertension, a-t-on découvert dans la dernière décennie, selon le Dr Lacroix.
« Ça veut dire qu’il y a probablement beaucoup de cas d’aldostéronisme primaire non diagnostiqués », dit le chercheur du CHUM, à qui Nature Reviews Disease Primers a demandé de faire le point sur cette question. « On traite l’hypertension, mais pas l’aldostéronisme. »
Il existe aussi un aldostéronisme secondaire, où la surproduction d’aldostérone a une autre cause qu’un mauvais fonctionnement des glandes surrénales.
L’étude recommande en outre de tester tous les patients hypertendus actuels pour l’aldostéronisme. « Souvent, nous recevons des consultations pour des gens qui étaient traités depuis 10, 20 ou 30 ans, mais ce n’est que récemment qu’un nouveau médecin y pense, dit le Dr Lacroix. Ou alors, parce que le contrôle de la pression est devenu moins bon. »
« On s’est aussi rendu compte que l’aldostéronisme primaire est responsable d’une augmentation du risque cardiovasculaire beaucoup plus grande que prévu, entre deux et cinq fois plus, dit le Dr Lacroix. C’est plus important que l’hypertension seule. » De nouvelles données semblent aussi montrer une augmentation du risque d’ostéoporose.
Il n’y a pas de statistiques sur la prévalence de l’aldostéronisme au Québec, mais selon les données d’autres pays, environ 2 % de la population québécoise aurait un tel diagnostic. Comme 30 % de la population fait de l’hypertension, cela signifie que le nombre de diagnostics d’aldostéronisme pourrait augmenter beaucoup si on testait les hypertendus. On fait un dépistage du diabète alors que moins de 2 % des moins de 45 ans en souffrent, donne en exemple le Dr Lacroix.
L’aldostéronisme est plus souvent à la base de l’hypertension précoce, selon le Dr Lacroix.
Latéralité
Le dépistage et le traitement de l’aldostéronisme sont faciles et peu coûteux, dit-il. Un nouveau traitement a d’ailleurs moins d’effets secondaires. L’équipe du Dr Lacroix au CHUM figure parmi les centres experts internationaux d’analyse de « cathétérisme des veines surrénales », une technique nécessaire pour déterminer le meilleur traitement pour l’aldostéronisme.
Dans ses nouvelles lignes directrices sur l’aldostéronisme, publiées l’an dernier, la Société d’endocrinologie des États-Unis recommande le dépistage de l’aldostéronisme chez les hypertendus. Les lignes directrices japonaises et européennes aussi, souligne le Dr Lacroix. La société canadienne d’endocrinologie ne publie pas de lignes directrices, beaucoup d’endocrinologues canadiens faisant partie de celle des États-Unis.
Les lignes directrices sur l’hypertension portaient jusqu’à récemment peu d’attention à l’aldostéronisme. « Mais la tendance est aussi pour eux de devenir plus dans la même ligne de pensée que les sociétés d’endocrinologie », dit le Dr Lacroix.
Quelles sont les prochaines priorités de la recherche sur l’aldostéronisme ? « Il y a beaucoup de développements, dit le Dr Lacroix. Une fois qu’on fait le diagnostic, il faut savoir si ça vient d’un côté ou des deux [NDLR : une ou deux des glandes surrénales]. Parce que si c’est seulement un côté, le meilleur traitement est la chirurgie, alors que si c’est bilatéral, on traite avec les médicaments. Les tests pour savoir si c’est latéralisé ou bilatéral sont relativement lourds, mais on est en train de mettre au point des tests moins invasifs. Il y a aussi beaucoup d’essais cliniques sur de meilleurs médicaments. »
En savoir plus
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- 10 % à 15 %
- Proportion des cas d’insuffisance rénale qui sont causés par l’aldostéronisme
Source : European Heart Journal
- 23 %
- Augmentation du risque de décès lié à l’aldostéronisme, sur 10 ans
Source : Hypertension
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