Contestation en Inde: le chef des «cafards» à nouveau arrêté à New Delhi avant une nouvelle manifestation

Le chef du mouvement indien des « cafards » a été arrêté vendredi 16 octobre à New Delhi avant une manifestation à laquelle il avait appelé pour dénoncer la révision des listes électorales. L’incident est un nouveau chapitre dans l'épreuve de force engagée entre le Parti du peuple des cafards (CJP) et le gouvernement.
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Pour la deuxième fois en une semaine, Abhijeet Dipke a été interpellé devant les caméras de télévision. « Nous vous plaçons en détention préventive, vous êtes en état d'arrestation », a dit un policier à la figure de 31 ans.
« Dictature ! » a réagi son Parti du peuple des cafards (CJP) sur les réseaux sociaux. Le mouvement, devenu depuis mai le porte-parole des colères de la jeunesse indienne, et l'opposition exigent depuis des semaines la démission du président de la Commission électorale Gyanesh Kumar. Ils accusent la révision des listes engagée depuis l'an dernier de bénéficier au seul camp du Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi, au pouvoir en Inde depuis 2014. La commission a nié toute irrégularité.
Vendredi, la police a déployé des milliers d'hommes et de barricades dans le centre de New Delhi. Le parc dans lequel les « cafards » avaient appelé à manifester a été fermé « pour des raisons administratives », mais des centaines de personnes ont défilé autour en soirée en agitant le drapeau national orange, blanc et vert. Comme lors des autres manifestations, les forces de l'ordre ont arrêté de très nombreux manifestants vendredi, dont celle de Neha Bora, la présidente de l'Association des étudiants de toute l'Inde (AISA).
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« Pourquoi avez-vous peur des cafards ? »
« Une tentative d'écarter tous les électeurs hostiles (au gouvernement) est en cours, a déclaré à l'AFP un des frondeurs, Vishwajeet Pratap Singh, 18 ans. Si je ne m'exprime pas aujourd'hui, personne ne parlera pour moi plus tard. »
Le week-end dernier, les forces de l'ordre avaient déjà arrêté des milliers de personnes - plus de 20 000, selon la presse locale - à New Delhi pour y empêcher une manifestation organisée par le CPJ. Le chef du mouvement avait également été Interpellé, à bord d'un avion qui venait d'atterrir à Delhi : Abhijeet Dipke avait été incarcéré pendant 24 heures.
Mardi 13 octobre, deux autres dirigeants de son mouvement ont été interpellés pour avoir pénétré et agité des drapeaux indiens dans une zone du centre de la capitale interdite aux manifestants. Ils ont été placés en détention pour au moins cinq jours.
« Pourquoi avez-vous si peur des cafards ? » a lancé vendredi Abhijeet Dipke à destination du pouvoir avant son interpellation. Je veux dire à Narendra Modi que nous n'avons pas peur. Si agiter le drapeau indien nous envoie en prison, nous y sommes prêts. »
Le gouvernement accuse les manifestants de vouloir « détruire les institutions démocratiques »
Le ministre de la Défense Rajnath Singh s'en est pris aux frondeurs, accusés de vouloir « détruire les institutions démocratiques et créer le chaos ». « Ils ne se mobilisent pas contre la réforme électorale [...] ni contre Gyanesh Kumar, ni pour l'avenir des jeunes de ce pays », a-t-il dit vendredi devant la presse, « mais pour prendre le pouvoir et créer l'anarchie. » La controverse électorale a viré ces derniers jours au bras de fer entre le CPJ, l'opposition et le gouvernement de Narendra Modi.
Lundi, le chef de l'opposition parlementaire et élu du parti du Congrès, Rahul Gandhi, a pris la tête d'un cortège de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans la capitale pour déposer à la Cour suprême une requête en annulation de la révision électorale.
« Le gouvernement est inquiet de voir se retourner contre lui la classe moyenne éduquée »
Lancée l'an dernier pour en supprimer les doublons, les défunts et les fraudeurs, la procédure a permis, selon les décomptes publiés dans les médias et par l'opposition, de rayer 130 millions d'inscrits.
Elle est soupçonnée par ses détracteurs de viser en priorité les minorités, notamment les musulmans, pour le plus grand bénéfice du parti suprémaciste hindou Bharatiya Janata (BJP) de Narendra Modi, jetant ainsi le doute sur ses récentes victoires dans des élections locales.
« La crise est sérieuse, a commenté l'analyste politique Ajoy Bose. Une majorité de l'opinion pense que les élections ont été truquées. Et le gouvernement est inquiet de voir se retourner contre lui la classe moyenne éduquée, qui s'agite [...] car elle ne se voit pas d'avenir dans le pays. »
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