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Wednesday, October 28, 2026

Veillée québécoise d’aujourd’hui

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Michel Nadeau n’aurait pas pu prévoir qu’à la veille de la création de La soirée lumineuse, la légendaire émission folklorique Soirée canadienne (1960-1983) serait justement en vogue sur les réseaux sociaux, où circulent des extraits. Au-delà de l’inévitable viralité de certains pans du passé jugés comiques aujourd’hui, l’homme de théâtre avance une hypothèse sur cette surprenante résurgence. « Je pense que la question de l’identité nationale, au sens très large, nous travaille beaucoup plus qu’on ne le pense. C’est un refuge, une sorte de maison symbolique. » Et avec un futur qui semble s’accélérer au fil des avancées de l’intelligence artificielle, « on essaie d’accrocher un repère ».

Avec ce spectacle dont il a signé la dramaturgie, Nadeau désirait créer une discussion contemporaine autour de l’identité nationale. Tout émane de son constat, fait ces dernières années, selon lequel la notion de nationalisme identitaire prend de plus en plus de place. « Je me disais qu’il y avait là un mouvement, rapporte-t-il. Et l’idée de ce fameux “nous”, qu’on cherche. Est-ce qu’il y a encore un “nous” ? Je trouvais intéressant que le théâtre prenne cette réflexion à bras-le-corps. L’an dernier, on a monté trois pièces qui touchaient à ça de diverses façons : Un nouveau jour, L’empire du castor et Le chiard. »

Pour La soirée lumineuse, veillée festive s’insérant dans la 50e saison de La Bordée, l’ex-directeur artistique du théâtre de Québec a alors eu l’idée de s’inspirer de Soirée canadienne, qui mettait en valeur l’histoire des villages d’ici. « Mes parents regardaient ça religieusement. C’était le vieux Canada français, raconté par le curé, le maire, les notables, avec des danses et des chansons à répondre. Et c’était à peu près toujours le même spectacle d’une semaine, d’un village à l’autre ! » L’image d’un Québec alors plutôt homogène.

Avec le metteur en scène Maxime Robin (Contes à passer le temps), choisi pour son « sens du party », Nadeau a rassemblé une distribution de générations et d’origines différentes : Lorraine Côté, Bertrand Alain, Miryam Amrouche, Andawa Laveau, Flavia Nascimento et Marianne Marceau. À travers la formule de Soirée canadienne, les six interprètes racontent « c’est quoi, le Québec, pour eux, ou ce qui a fait que, tout à coup, ils se sont sentis québécois. Aussi, lorsqu’on regarde en arrière, certains éléments dans l’histoire récente ont été importants pour nous définir comme nation. Des moments lumineux, un peu comme des pierres blanches. Et aujourd’hui, qu’est-ce qui est important pour nous ? »

Soutenue par le musicien Stéphane Caron sur scène, La soirée lumineuse comporte un équilibre entre témoignages personnels, citations historiques de grands discours, chansons et poèmes. Pour Michel Nadeau, « c’est comme si, un soir, sept personnes d’âges différents s’étaient rassemblées et s’étaient mises à parler du Québec, à partir de quelque chose qu’elles avaient vu aux nouvelles ». Des points de vue différents s’affrontent. On fait parfois écouter une chanson ou regarder une vidéo. « À la fin, on a passé une bonne soirée ensemble, et on s’est enrichi des goûts de chacun. Donc, c’est un portrait impressionniste. Mais à travers des histoires très personnelles, on débouche sur des éléments sociologiques. Si les expériences de chacun sont singulières, il y a quand même quelque chose de général qui ressort sur ce que signifie vivre ici aujourd’hui. Et ça finit sur ce qu’on espère pour demain. »

Animé par Maxime Robin, ce cabaret théâtral rassembleur a lieu dans un environnement visuel très inspiré de l’émission d’antan. « Sur le plan formel, c’est presque comme si on avait une photo de ces soirées des années 1970 : costumes, décor. Mais, au fil du temps, ça va évoluer. On va aller vers davantage de sobriété » que dans l’univers très coloré de Soirée canadienne.

Fête de la parole

Suivant une « certaine trame dramaturgique », La soirée lumineuse est divisée en quatre chapitres, modelés sur les saisons : la période du début du siècle jusqu’à 1960, de la Révolution tranquille jusqu’au deuxième référendum, de 1995 à 2025, puis une ouverture vers l’avenir. Chaque partie sera illustrée par de petits montages vidéo (extraits de films, d’émissions, de publicités), qui serviront à plonger le public « dans le bain » de l’époque.

Michel Nadeau, qui a effectué beaucoup de recherche, devait répertorier les événements importants, sur le plan historique, dans chaque bloc temporel. Le metteur en scène et lui désiraient ne pas sélectionner seulement les grandes phrases ou citations qu’on réentend toujours. Parmi ces jalons qui ont marqué notre imaginaire collectif, « on a mis de côté les greatest hits et pris plutôt les faces B, métaphorise le dramaturge. On a choisi, par exemple, des discours moins connus de René Lévesque et de Michel Chartrand ».

En passant, le créateur a constaté avec étonnement « à quel point les plus jeunes ne connaissent pas leur histoire récente. Il y a beaucoup de choses qu’ils ignorent, ou dont ils ont entendu vaguement parler. Alors, le spectacle a un côté pédagogique ». Le rapatriement de la Constitution canadienne ? Aucune idée. Robert Bourassa ? Inconnu au bataillon. « Pierre Bourgault ? Nada. La nuit des longs couteaux ? Ça ne leur dit absolument rien. »

Cette amnésie préoccupe l’auteur de Lentement la beauté. « Moi, je suis très pour une sorte de nationalisme inclusif. Comme le disait René Lévesque, les Québécois sont ceux qui habitent au Québec. » Mais les assises historiques de notre société, « c’est comme les fondations de qui on est. Connaître cela [donne] une base. Si on veut que le Québec, que notre maison, soit accueillant, mais qu’en même temps les fondations tiennent, que les murs soient solides, il me semble que c’est important de savoir d’où on vient et le chemin qui a été parcouru. Pour savoir où aller, et surtout comment ».

Directeur artistique de La Bordée durant une décennie, Michel Nadeau a programmé récemment plusieurs créations au contenu historique. Et il a réalisé l’intérêt suscité par ces populaires spectacles, notamment chez les jeunes spectateurs et leurs enseignants. « Quand on a présenté L’empire du castor, un spectacle sur la Compagnie de la Baie d’Hudson, on a eu des matinées avec des étudiants qui disaient : “Meilleur cours d’histoire ever !” Mais le but de ce cycle n’est pas de remplacer les cours d’histoire. C’est juste d’avoir des axes différents pour parler d’identité, pour réfléchir. » Des créations qui sont loin d’un voyage nostalgique pour le public plus âgé. « Ce qu’on essaie de faire, chaque fois, c’est de parler d’aujourd’hui à travers ça, que les gens puissent tisser des liens. »

La soirée lumineuse célèbre également la persistance d’une culture fort vivante. « On part de la fameuse citation de lord Durham [sur les Canadiens français] : « c’est un peuple sans histoire et sans littérature ». Pour dire que finalement, presque 200 ans plus tard, il y en a une, histoire. Et non seulement la littérature, mais la créativité culturelle a été extrêmement forte dans cette nation-là. C’est une célébration de sa richesse actuelle aussi. »

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