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Monday, October 19, 2026

"ACAB" : que veut dire ce slogan brandi lors des manifestations en Belgique et en France ?

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Sous forme de lettres : A.C.A.B, ou sous forme de chiffres : 1312 (correspondant à l’ordre de ces 4 lettres dans l’alphabet / A = 1, C = 3, A = 1, B = 2), cet acronyme signifie "All cops are bastards", soit en français "tous les flics sont des salauds". Peint sur les murs à Lille, tagué sur les bus de la Stib à Bruxelles ou inscrit sur de nombreuses pancartes, ce terme est devenu commun lors des récentes manifestations qui ont vu des affrontements violents entre la police et une jeunesse en colère. Une première explication nous est donnée par Benoit Rihoux, professeur de sciences politiques à l’UC Louvain. "C’est avant tout un slogan politique d’affirmation d’une lutte antisystème, d’une radicalité, d’une lutte contre les autorités, et contre l'État étant représenté par les forces de l’ordre". Alex était présent lors des rassemblements organisés à Liège et Bruxelles, et donne lui aussi sa vision de cet acronyme. "Quand j’utilise ce mot ce n’est pas pour faire référence à ce qui s’est passé en Angleterre ou autre, c’est surtout pour dénoncer les violences policières et exprimer mon mécontentement vis-à-vis des décisions de l’État". 

ACAB : De la prison aux stades de foot

Il faut retourner dans les années 1920 pour voir les premières traces de A.C.A.B. Derrière les barreaux des prisons anglaises, les "hors-la-loi" se tatouent ces 4 lettres pour protester contre les policiers. 50 ans plus tard, il traverse l’Atlantique et on le retrouve imprimé et brodé sur les vestes des bikers américains, qui eux aussi, expriment un rejet total des forces de l’ordre. Mais c’est le retour en Angleterre qui va démocratiser ces 4 lettres via la culture punk et "skinhead".

Crâne rasé, style vestimentaire de la classe ouvrière, le mouvement grandit au moment où Margaret Thatcher prend les rênes de l’Angleterre et impose des réformes économiques libérales strictes. Le chômage explose, la jeunesse se sent perdue et sans perspective d’avenir. Le groupe punk The 4-Skins entre ainsi en scène avec sa chanson "A.C.A.B" pour clamer sa méfiance envers l’État dans sa globalité. "Ces quatre lettres se sont popularisées par différents groupes de musique, différents films, et c’est devenu une expression de protestation qui a été acquise par beaucoup de mouvements, à la fois de droite radicale, de gauche radicale, et très largement dans le mouvement anarchiste", appuie Benoit Rihoux. Une protestation que l’on peut notamment entendre dans ce deuxième couplet du groupe punk.

Coppers say "What’s the matter with you ? (Les flics m’ont dit : " Qu’est-ce qui te prend ?)
Now we’ll see what we can do" (On va voir ce qu’on peut faire. ")
Next thing I knew, I was in a cell (Et tout à coup, je me suis retrouvé en cellule).
All my mates in there as well (avec tous mes potes à l’intérieur aussi.)
A.C.A.B.​
A.C.A.B.​
A.C.A.B.​
All coppers are bastards
(Tous les flics sont des salauds)

En France, c’est l’expression "Mort aux vaches" qui fait son apparition alors que ACAB trouve aussi une place dans les tribunes des stades de football. En choeur, les hooligans crient "All cops are bastards". "Vous avez dans les milieux de la droite nationaliste, un certain nombre de hooligans qui détestaient les forces de l’ordre parce qu’elles les empêchaient d’exprimer leur détestation d’une autre partie de la population", explique Sylvain Boulouque, historien spécialisé dans les mouvements sociaux.

En 2026, il est toujours brandi sur des banderoles, t-shirts ou drapeaux. Comme ici pour un match des Rangers Football Club lors d’un match de Coupe en août dernier. Ce n’est pas un terme qui est utilisé à gauche de l’échiquier politique. "C’est seulement au tournant des années 2000 que le terme est repris et devient très populaire dans les milieux de gauche, toujours avec le même sens, une forme de protestation contre les violences policières", raconte Sylvain Boulouque avant d’ajouter "ces quatre lettres sont désormais utilisées à peu près partout en Europe et dans… Précisons-le, dans les pays démocratiques où il y a une liberté d’expression qui existe et qui permet aux manifestants de marquer leur contestation et leur réprobation d’un certain nombre de pratiques policières".

2026 : Les violences policières et le système en général

Du stade à la rue, à Liège comme à Bruxelles, A.C.A.B vise d’abord les violences policières et les décisions gouvernementales dans sa globalité. "Ce n’est pas parce que je brandis le mot ACAB que je déteste forcément la police ou que je veux la détruire", nous dit Alex, présent lors des différents rassemblements. "Ici, on a deux camps qui sont en désaccord, la population et l’État, et on est obligé de passer par la police pour atteindre l’État. Ici, personne n’aura l’occasion de parler avec le gouvernement comme Madame Glatigny (Ministre de l’Éducation). On est peu à pouvoir parler aux dirigeants pour changer les choses. La seule manière c’est de passer par ceux qui représentent l’État, c’est-à-dire la police".

Volontairement provocatrices, ces 4 lettres ne sont pour autant pas sans risque comme le conclut l’historien Sylvain Boulouque "Si on se met à la place du policier, se faire insulter, n’est pas forcément très agréable pour lui, donc il va peut-être très mal le prendre, et puis même en termes de droit, c’est une injure envers un représentant de l’État, donc ça peut être sanctionné pénalement, ou au moins sanctionné par une amende". Le nouveau Code pénal inscrit même dans ses lignes qu’un outrage envers une personne exerçant une fonction publique peut être puni d’une amende jusqu’à 20.000 euros ou une peine de travail jusqu’à 120 heures.

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