La fin du certificat médical pour les absences d’un jour favorise-t-elle les abus?
La suppression de l’obligation de fournir un certificat médical a entraîné une augmentation du nombre d’absences pour maladie d’un jour par travailleur dans les grandes entreprises, rapporte mardi une étude du prestataire de services en ressources humaines Securex. Mais favorise-t-elle pour autant les abus? Les avis divergent.
Source: HLN, Belga
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Fin 2022, une nouvelle législation autorisait les travailleurs des grandes entreprises (au moins 50 travailleurs) à prendre jusqu’à trois jours d’absence pour maladie par an sans devoir fournir de certificat médical. Ce nombre a été ramené à un maximum de deux jours annuels le 1er janvier dernier.
Securex a réalisé une analyse d’impact pour la période 2021-2024, en collaboration avec le professeur Philip Verwimp (HIVA-KU Leuven et ULB).
D’après ses résultats, une hausse est immédiatement apparue en 2023 et s’est davantage marquée en 2024. Dans les grandes entreprises, le nombre moyen d’absences pour maladie d’un jour par travailleur est passé de 0,22 en 2021 à 0,42 en 2024, contre une hausse de 0,17 à 0,25 dans les plus petites structures.
Pas nécessairement synonyme d’abus, selon Securex
“Étant donné que les deux groupes d’entreprises suivaient une tendance similaire avant l’introduction de la mesure et qu’aucun autre changement pertinent n’est intervenu durant cette période, cet écart peut être attribué à la nouvelle mesure”, concluent les auteurs. Ils précisent cependant que cette augmentation n’est pas nécessairement synonyme d’abus.
“Il est tout à fait possible que les travailleurs prennent désormais plus facilement le temps de s’accorder une journée pour se rétablir complètement, alors qu’auparavant ils se seraient quand même traînés malades au travail. Sur la base d’études antérieures, nous soupçonnons d’ailleurs des effets positifs à long terme, une journée de repos peut éviter une absence de longue durée”, ajoute Heidi Verlinden (Securex), à Het Laatste Nieuws.
Le taux global d’absentéisme de courte durée (jusqu’à un mois) n’a d’ailleurs pas connu de variation statistiquement significative et rien n’indique donc que la mesure entraîne davantage de coûts salariaux directs, rapporte Securex. Mais le prestataire de services constate néanmoins une hausse de la charge administrative et un impact organisationnel “potentiellement plus marqué”, entraînant des coûts indirects pour les employeurs. “Pensez aux démarches administratives supplémentaires pour enregistrer une absence, aux plannings qui doivent être révisés à la dernière minute et à la recherche d’un remplacement dans l’urgence”, précise Mme Verlinden.
Davantage de fraudeurs, selon cet économiste
L’économiste du travail Stijn Baert (UGent) n’est pas surpris par ces résultats. “Il était en effet prévisible que la suppression du certificat médical augmente les absences. C’est précisément la raison pour laquelle beaucoup avaient mis en garde contre ce système”, commente-t-il, interrogé par Het Laatste Nieuws. Selon lui, “il s’agit ici principalement de fraudeurs supplémentaires. S’il s’agissait de personnes qui restent brièvement à la maison pour éviter que leur état ne s’aggrave, on s’attendrait également à davantage d’absences de deux ou trois jours. Or, ce n’est pas le cas ici.”
Le Voka veut du “sur-mesure”
L’organisation patronale flamande, le Voka, voit dans cette étude des arguments clairs pour abolir cet assouplissement. Elle plaide pour que chaque employeur ait la liberté de déterminer lui-même sa politique en matière de certificats médicaux. “ Une bonne gestion de l’absentéisme demande du sur-mesure, pas un système uniforme imposé”, soutient Frank Beckx, son administrateur délégué.
Stijn Baert abonde dans le même sens. “En même temps, il faut aussi réduire le présentéisme (lorsqu’un employé vient travailler en étant malade, NDLR) et investir davantage dans la prévention pour éviter que les travailleurs ne tombent malades”, conclut l’économiste flamand.
La N-VA souhaite également abolir cette disposition. Le chef de groupe du parti à la Chambre, Axel Ronse, a déposé une projet de loi en ce sens le mois dernier.
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