"Notre colère est légitime et on ne nous écoute pas" : pourquoi les jeunes se mobilisent

Depuis le 1er octobre, des élèves et des étudiants bloquent leurs écoles et manifestent chez nous, notamment à Liège. Ces jeunes, qui sont actuellement dans les rues, dénoncent les économies dans l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles, des conditions d’études dégradées ou encore les augmentations de tarif de certains abonnements de bus. Des rassemblements et des actions qui ont parfois dégénéré.
"Je ne suis pas pour le fait de casser des vitrines, mais notre colère est légitime et on ne nous écoute pas", réagit Lenaïk Dumont, présidente de la Fédération des étudiant.e.s francophones (FEF), dans l’émission Matin Première.
Je ne suis pas pour le fait de casser des vitrines, mais notre colère est légitime et on ne nous écoute pas
Lenaïk Dumont, présidente de la FEF
"Je pense que le débordement dans les manifestations, ce n’est pas spécialement pour mettre en lumière ce qui se passe. Dans chaque mouvement social, il y a toujours une partie qui est un peu plus brutale. Mai 1968, ça ne s’est pas seulement fait avec des étudiants qui marchaient dans la rue. Est-ce qu’on commencera à nous écouter une fois qu’on mettra feu à des poubelles ou ce genre de choses ? On vit aussi, en tant qu’étudiants et étudiantes, beaucoup de violence", ajoute encore l’étudiante en master 2.
"Je pense que la manifestation, ça devient un des espaces les plus concrets pour les jeunes pour exprimer leurs revendications", constate, de son côté, Quentin Paulus, membre du Forum des Jeunes.
"On comprend que le budget qui est réduit, c’est pour nous assurer un avenir, mais on a peur de ne pas être préparé à gérer cet avenir, parce que c’est nous qui devrons prendre la relève. Et est-ce qu’on aura les clefs ? Est-ce qu’on sera assez préparé avec l’enseignement maintenant ?", s’inquiète Guillaume Goossens, administrateur au sein du Comité des Élèves Francophones (CEF).
Un marché de l’emploi qui inquiète
Si les conditions dans l’enseignement préoccupent les jeunes, c’est également le cas du marché de l’emploi.
Selon une étude du groupe RH Acerta sortie cet été et menée auprès de 450.000 travailleurs actifs dans 30.000 entreprises privées belges pendant le premier trimestre de l’année, le nombre de jeunes de moins de 25 ans qui entrent sur le marché du travail a reculé de presque 19% par rapport à la même période l’an dernier. C’est la proportion la plus faible depuis 5 ans. Les causes de ce recul sont multiples selon le groupe RH Acerta qui évoque, entre autres, le contexte économique incertain.
L’IA, évidemment, n’arrange pas les choses
Guillaume Goosens, administrateur au sein du Comité des Élèves Francophones
Ajouter à cela le développement de l’intelligence artificielle qui transforme de nombreux métiers.
"Je ne sais pas actuellement ce que je vais faire comme métier plus tard", avoue Guillaume Goossens, étudiant en communication. "Cela reste très vague mais il faut prendre les choses en main quand on est étudiant, croire en ce que l’on fait et savoir qu’on est légitime en tant que jeune de ne pas savoir, par exemple, ce qu’on va faire plus tard. Et évidemment, les crises successives, sociales, économiques et j’en passe, créent un manque de perspective pour une certaine partie de la jeunesse. Et l’IA, évidemment, n’arrange pas les choses", ajoute l’administrateur au sein du Comité des Élèves Francophones (CEF).
"C’est difficile de savoir ce qu’on veut faire comme études. Moi, ça a été mon cas. J’ai commencé des études d’institutrice primaire pour, au final, me réorienter tardivement. Et puis, on ne nous laisse pas l’opportunité de prendre le temps et de se rendre compte qu’on fait des erreurs, avec toute la question de la finançabilité dans les études supérieures", précise Lenaïk Dumont.
Et la présidente de la Fédération des étudiant.e.s francophones (FEF) de s’interroger : "Le secteur de l’emploi, il est bouché. Donc, on va sortir des études, mais qu’est-ce qu’on va faire après ?"
Un accès au logement compliqué
Autre secteur qui préoccupe la jeunesse : celui du logement. Aujourd’hui, l’accès à la propriété se complique et les loyers pèsent de plus en plus lourds dans le portefeuille.
"Une fois qu’on a trouvé comment gagner de l’argent, on n’est pas sûr de gagner assez que pour avoir une propriété, que pour pouvoir construire une vie stable parce qu’on va changer beaucoup de métiers et parce qu’on n’arrivera pas à trouver un logement abordable et accessible, c’est très inquiétant", constate Guillaume Goossens.
Pour l’administrateur au sein du Comité des Élèves Francophones et étudiant en première année, cette difficulté du logement commence même, pour certains, avant d’avoir trouvé un emploi : "Pour trouver un kot, c’est devenu un enfer. Et donc, personnellement, je ne sais pas si j’arriverai à trouver le bon équilibre facilement entre les études, les trajets, le loyer, etc."
Et Lenaïk Dumont de la FEF de confirmer : "Les loyers sont à 600, 700, 800 euros parfois en fonction des villes. Les étudiants ne peuvent pas se permettre d’être étudiants à temps plein et en même temps jobber pour financer leur logement. On est quasiment à 50% d’étudiants qui jobbent pendant l’année scolaire. C’est énorme."
Mettre fin à un cercle vicieux
Mais les jeunes d’aujourd’hui sont-ils plus malheureux que leurs aînés ?
"Je pense qu’il n’y a pas de comparaison à faire", répond à cette question Guillaume Goossens.
"Il y avait déjà des grèves en 68, en 95, en 96. Ce n’est pas forcément une nouveauté, mais simplement, est-ce qu’il y a besoin de répéter le schéma et de continuer ce cercle vicieux ? Ou est-ce qu’on va pouvoir avoir des perspectives ?", s’interroge l’administrateur au sein du Comité des Élèves Francophones.
On a espoir de sortir de ce cercle vicieux…
Guillaume Goossens, administrateur au sein du CEF
"C’est pour ça qu’aujourd’hui la jeunesse manifeste et que les élèves manifestent, c’est parce qu’on a espoir. On a espoir de sortir de ce cercle vicieux, d’être dans une situation mentale qui n’est pas agréable, d’être anxieux en permanence par rapport au futur. Et on a espoir que la génération qui a aussi souffert et qui se sent aujourd’hui aussi malheureuse, qui est celle de nos parents, puisse nous accompagner, nous aider et être avec nous pour sortir du cercle vicieux et sortir de là", conclut l’étudiant en première année.
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