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Saturday, October 10, 2026

Il faut sauver le président Nixon

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Réécrire l’histoire pour détourner le sens du présent. Voilà la mission que s’est donnée le gouvernement de Donald Trump qui, depuis le retour du populiste à Washington, cherche à réhabiliter l’image de Richard Nixon. À dessein.

L’ex-président américain, pugnace et corrompu, est tombé en disgrâce il y a plus de 50 ans. Sa tragédie politique avait débuté en juin 1972 par une entrée par effraction au siège du Comité national démocrate à Washington et s’est soldée en août 1974 par la démission spectaculaire du républicain pour éviter l’odieux d’une destitution.

Un demi-siècle plus tard, le département américain de la Justice remonte désormais le fil de l’histoire pour enquêter sur le bureau du procureur spécial et son personnel, qui avaient été chargés de porter cette affaire dite du Watergate devant les tribunaux, rapportait la semaine dernière le Wall Street Journal. L’objectif ? Voir si la chute de l’ancien président n’aurait pas été induite par des fautes ou des manquements professionnels des procureurs de l’époque.

La charge est entre autres nourrie par Geoff Shepard, ancien conseiller de Nixon devenu historien et révisionniste du Watergate. Le mois dernier, il a été invité par le département de la Justice à exposer sa théorie voulant que « l’État profond », un concept nébuleux promu par les conspirationnistes — et Donald Trump — pour simplifier la complexité du monde, ait orchestré la chute de Nixon.

Sa conférence de deux heures, intitulée Le Watergate, une guerre juridique (« Watergate As Lawfare »), s’est déroulée devant les membres de l’Office of Professional Responsibility (OPR), une instance de contrôle interne chargée d’enquêter sur les allégations d’inconduite, d’infraction ou de négligence ciblant des fonctionnaires de la justice, a relaté le quotidien américain.

Ironiquement, ce bureau a vu le jour dans la foulée du Watergate pour protéger les enquêtes criminelles de l’influence de la Maison-Blanche.

L’exercice survient également alors que les républicains au pouvoir à Washington cherchent depuis plusieurs mois à minimiser la crise du Watergate et son héritage politique, ainsi qu’à poser Richard Nixon en victime d’une cabale similaire à celle qui a conduit Donald Trump devant les tribunaux.

Rappelons que l’ex-vedette de téléréalité est devenue en 2024 le premier ex-président des États-Unis à être condamné dans un procès au criminel, par un jury formé de 12 citoyens ordinaires. Sa culpabilité a été reconnue pour 34 chefs d’accusation, dont manipulation comptable et dissimulation de pot-de-vin dans l’affaire Stormy Daniels. Cela ne l’a toutefois pas empêché d’être réélu à la présidence des États-Unis quelques mois plus tard.

En juillet dernier, le vice-président, J.D. Vance, avait cherché à établir un parallèle entre Nixon et Trump lors d’une allocution livrée à la bibliothèque présidentielle Richard-Nixon, en Californie. Il y avait aussi affirmé sérieusement que si le Watergate, le plus grand scandale politique américain du XXe siècle, avait éclaté aujourd’hui, l’affaire aurait fait « la une des journaux pendant 12 heures » à peine, avant de disparaître.

Normaliser la corruption

Cette réécriture d’une partie du récit national n’étonne pas Richard Filipink, historien spécialiste des années 1960 à l’Université Western Illinois. « Le manque de connaissances historiques, combiné à la capacité d’Internet à diffuser rapidement et facilement des mensonges, a contribué à l’indifférence de nombreux Américains face à la corruption », explique-t-il en entrevue. Selon lui, ces carences réduisent désormais la capacité des Américains à bien saisir les tenants et aboutissants de leur passé.

Les livres d’histoire s’accordent pourtant pour dire que le Watergate a entraîné une crise constitutionnelle sans précédent aux États-Unis en raison des malversations dont Richard Nixon (et non les procureurs du département de la Justice) s’est rendu coupable. Cette crise a entraîné des réformes qui limitent considérablement le pouvoir exécutif — des garde-fous que Donald Trump et les républicains cherchent depuis plusieurs années à faire tomber.

« Les élus républicains qui ont juré de ne jamais voter pour la destitution de Nixon, puis leurs successeurs qui ont dirigé le Parti républicain pendant les 40 dernières années, ont cherché à soustraire leurs présidents de toute responsabilité en cas de malversation, pour qu’un autre Watergate ne se reproduise plus jamais », dit M. Filipink.

L’arrêt de la Cour suprême des États-Unis — à majorité républicaine — qui, en juillet 2024, a accordé une immunité pénale partielle à Donald Trump pour tout acte officiel fait en tant que président, « est l’aboutissement de ce processus » qui « place les États-Unis dans l’état où ils se trouvent aujourd’hui », poursuit l’universitaire.

« Donald Trump a passé sa vie à se soustraire à ses responsabilités. Durant son premier mandat, certains garde-fous existaient et plusieurs républicains étaient prêts à lui tenir tête. Mais tout ça a disparu durant son second mandat », ajoute-t-il.

Les projets de blanchiment du passé sulfureux de Richard Nixon, pilotés par le département de la Justice, surviennent dans un contexte favorable à cette démarche, après le départ depuis 2025 de centaines d’employés de carrière remplacés désormais par des partisans et des fidèles du mouvement MAGA.

Cette semaine, le New York Times rapportait d’ailleurs que, face à des difficultés de recrutement, la division des droits civiques du département de la Justice n’avait plus peur de pourvoir les postes vacants par des candidats dont le curriculum n’aurait jamais été à la hauteur dans un passé pas si lointain. Parmi eux : des ultraconservateurs, des complotistes ou encore un avocat condamné pour avoir piraté à plusieurs reprises des systèmes de données électorales en Floride, résumait le quotidien américain.

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