Ottawa accélère l’opération séduction des investisseurs alors que débute un sommet dédié
Ottawa peaufine sa politique fiscale afin de rendre le Canada plus attrayant pour les investisseurs internationaux, alors même que le premier ministre Mark Carney accueille à Toronto de nombreux gestionnaires d’actifs internationaux.
Le gouvernement fédéral a indiqué lundi dans un communiqué de presse que les investisseurs injectant au moins 1 milliard de dollars dans l’économie canadienne bénéficieront désormais d’un accès prioritaire à un programme proposant des décisions exécutoires de l’Agence du revenu du Canada.
Grâce au programme existant de décisions anticipées en matière d’impôt sur le revenu (DAIR), les investisseurs admissibles peuvent obtenir des précisions sur l’application de la législation fiscale avant d’engager leurs capitaux.
« Lorsque les investisseurs envisagent des projets d’envergure, la certitude est un facteur déterminant », a déclaré le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, dans un communiqué de presse.
« En accordant la priorité aux décisions fiscales anticipées qui concernent les investissements d’au moins 1 milliard de dollars, nous offrons aux investisseurs la clarté et la prévisibilité nécessaires pour investir en toute confiance, créer des débouchés et bâtir l’avenir économique du Canada », y écrit-il aussi.
Le Canada s’efforce d’améliorer sa réputation aux yeux des investisseurs après des années de stagnation des investissements des entreprises.
M. Carney s’est fixé l’objectif ambitieux d’attirer 1000 milliards de dollars d’investissements au cours des cinq prochaines années et a réorienté les priorités de dépenses fédérales pour se concentrer sur les infrastructures essentielles et d’autres grands projets.
Sommet dédié aux rencontres politiques-investisseurs
Des centaines de dirigeants et de gestionnaires d’actifs internationaux se sont rendus à Toronto lundi pour le tout premier Sommet canadien de l’investissement.
Mark Carney, ses ministres et des premiers ministres provinciaux présenteront aux investisseurs, au cours des deux prochains jours, les occasions offertes dans de multiples secteurs, notamment l’énergie, les minéraux essentiels et la défense.
Les responsables canadiens et les chefs d’entreprise rencontrent des investisseurs potentiels lors de réunions à huis clos tout au long de la journée de lundi. Plus tard dans la journée, ils est prévu qu’ils se réunissent au Musée des beaux-arts de l’Ontario pour un dîner de gala fermé au public et aux médias.
Mardi, les participants assisteront à l’hôtel Four Seasons, dans le centre-ville, à des présentations sur le paysage de l’investissement au Canada.
Une source bien informée sur le programme des événements, mais non autorisée à s’exprimer publiquement à ce sujet, a révélé à La Presse canadienne que l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper prononcerait le discours de clôture du sommet. M. Harper est actuellement président du conseil d’administration d’AIMCo, la branche d’investissement du régime de retraite de l’Alberta.
Trop « symbolique » pour Poilievre
Pour le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, le Canada attirerait davantage d’investissements à l’heure actuelle sans les politiques fédérales qui alourdissent les coûts et retardent les projets proposés, a-t-il déclaré lundi dans un message publié sur les réseaux sociaux.
Il a reproché à Mark Carney de ne pas avoir tenu ses promesses envers les Canadiens au cours de sa première année et demie au pouvoir.
« Les discours, les sommets et les cérémonies de signature symboliques ne font pas croître l’économie, ni ne permettent aux gens de payer leur crédit immobilier ou leurs courses. Pour cela, il faut des résultats », a écrit M. Poilievre.
S’adressant à des chefs d’entreprise et à des responsables politiques canadiens lors d’une réception dimanche soir, le premier ministre a indiqué qu’un certain nombre d’accords avaient déjà été signés.
« Nous avons ce que le monde entier recherche : l’énergie, les ressources, les talents, la technologie et les capitaux », a soutenu M. Carney.
« Et notre plus grande force est quelque chose qui ne figure sur aucun bilan : la confiance », a-t-il ajouté, dans ce qui semblait être une pique à l’encontre du président américain, Donald Trump.
Le premier ministre du Canada doit aussi faire une annonce concernant un investissement dans la « souveraineté des données » aux côtés du premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, dans le courant de la journée de lundi.
Autochtones et écologistes contre le sommet
Des manifestants, parmi lesquels des représentants syndicaux, des dirigeants autochtones et des militants pour le climat et le logement, ont prévu de se rassembler lundi au Nathan Phillips Square avant de défiler dans le centre-ville.
Les organisateurs de la manifestation disent rejeter l’idée de laisser l’avenir économique du Canada entre les mains des p.-d.g. et s’inquiètent pour l’avenir des services publics, des oléoducs et de l’industrie de l’armement.
S’exprimant lundi à Toronto, le chef héréditaire Wet’suwet’en Na’Moks a clamé que Mark Carney s’était servi de la guerre commerciale menée par Donald Trump pour donner un élan à sa campagne en faveur de grands projets.
« Le Canada devient très doué pour faire chanter la population », a-t-il lancé, citant le premier ministre qui affirmait que le Canada doit mettre en œuvre davantage de grands projets pour se protéger de la politique commerciale prédatrice des États-Unis.
« C’est leur version des faits. Leur version est fausse, tout comme l’est leur conviction que ces projets se réaliseront sans votre soutien, sans notre soutien. »
Le sommet devrait attirer les dirigeants de certains des plus grands gestionnaires d’actifs au monde, notamment le p.-d.g. et président de BlackRock, Larry Fink, et le président de Blackstone, Jon Gray.
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a laissé entendre que la liste des invités internationaux comprenait des représentants du Koweït, de la Malaisie, des Pays-Bas, de Singapour, du Qatar, de la Norvège, du Japon et de l’Australie.
Avec des informations de David Baxter et d’Alessia Passafiume, à Ottawa, ainsi que de Kathryn Mannie, à Toronto
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