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Wednesday, November 4, 2026

La finance pour l’adaptation climatique toujours loin de la réalité des besoins, constate l’ONU avant la COP31

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L'Adaptation Gap Report de l'ONU dresse l’état des lieux des financements dus par les pays du Nord à ceux du Sud pour les aider à s’adapter aux effets du réchauffement. Selon l’édition 2026 publiée ce mercredi 4 novembre, seulement 30 % des besoins, au mieux, seraient couverts.

Un petit milliard de financement public mondial entre 2023 et 2024 est allé à l’adaptation aux effets du changement climatique dans les pays en développement. La somme a atteint entre 28 et 31 milliards de dollars en 2024.

Il faudrait pourtant 305 milliards chaque année jusqu’en 2035 selon le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement, publié ce 4 novembre sous le titre : « Prêts ? Non ».

Pour établir ce chiffre, les auteurs se sont basés sur les stratégies climatiques des États pour les réductions d’émissions (CDN) et sur les plans nationaux d’adaptation des 155 pays en développement (selon le classement de l’ONU-climat), ce qui aboutit à une fourchette de 255 à 328 milliards nécessaires pendant une décennie. Ils ont ensuite réalisé une estimation à partir de modèles informatiques qui corroborent ce besoin. Ajusté à l’inflation actuelle, cela revient à 420 milliards par an. Et même le double si on inclut le secteur privé.

La conférence climat de l’ONU (COP31), qui se tient du 9 au 20 novembre en Turquie, verra-t-elle des progrès tangibles pour combler ce gouffre ? Rien n’est moins sûr. L’an dernier au Brésil, la COP30 était présentée comme celle de l’adaptation, mais elle a laissé un goût d’inachevé et d’amertume sur le dossier clivant du financement.

Le compte n'y est pas

D’inachevé parce que, si l'accord trouvé à Bélem prévoit bien de « tripler » le montant destiné à l’adaptation, il ne précise pas la base du calcul ou l’année de référence. Il n'y a donc aucun chiffre dans le texte. Diplomatiquement, cela permettait de remettre les débats à plus tard – au grand dam du groupe des pays les moins avancés, dont des représentants s’étaient montrés écoeurés en fin de COP. En attendant, cette grossière ambiguïté et ce délai profitent aux États développés peu enclins à mettre la main à la poche, comme le requiert l'Accord de Paris au regard de leurs responsabilités historiques dans le réchauffement.

Pour les moins-disants, le triplement équivaudrait à 60 milliards, parce qu’il prend comme base les 20 milliards annuels dus en 2019. « La France fait partie de ces pays-là », rappelle Marta La Place, spécialiste de justice internationale au Secours catholique.

Cette fourchette basse n’est en réalité pas prise au sérieux par les experts, comme ceux du World Ressource Institute. Notamment parce que le Pacte de Glasgow, adopté en 2021, stipulait déjà que le montant devrait doubler pour passer à 40 milliards en 2025 et que l'accord de Belem y fait référence. Le chiffre plus sérieusement pris en compte par les observateurs de ce dossier prend donc 2025 comme référence pour le triplement, soit 120 milliards au total.

D’amertume ensuite parce que l’horizon fixé pour réunir cette somme est de dix ans. Et ce alors que les besoins créés par les nouvelles réalités climatiques dépassent déjà largement cette somme. 

Dans son rapport du jour, l’ONU n’a pas vocation à trancher le débat sur cette base de calcul qui relève des négociations. Il remet simplement les pendules à l’heure : même si le triplement était atteint à 120 milliards, il ne couvrirait que 30 % des 420 milliards nécessaires.

Ces comptes d’apothicaires sont donc décorrélés d’une crise climatique dont on commence à percevoir que les coûts, dans l’économie réelle cette fois, ne seront supportables par aucune économie nationale actuelle sur le long terme. La facture agricole française, au sortir d’un été extrêmement caniculaire et sec, est estimée à 10 milliards d’euros (une fourchette haute), est une preuve de notre manque de résilience et de préparation dans ce secteur. Plus globablement, le coût de cette saison a été estimé à 16 milliards d'euros par une mission parlementaire. Des îles caribéennes, comme la Jamaïque ravagée par le cyclone Melissa il y a tout juste un an, peuvent perdre une grande partie de leur PIB en une nuit. De l’argent frais permettrait de protéger le littoral contre l’assaut des vagues en replantant des mangroves ou en élevant des digues, ou encore en consolidant les habitations.

Au Népal, de faibles émissions mais des catastrophes coûteuses

« Le monde n’est pas prêt à s’adapter aux conditions climatiques actuelles, sans parler des conséquences d’un dépassement de 1,5 °C », scelle Inger Andersen, la directrice exécutive du Pnue, en référence au rapport Emission Gap Report, paru le 21 octobre. Ce dernier officialisait le « dépassement » d’1,5°C de réchauffement, la borne ambitieuse de l’Accord de Paris. Or, chaque dixième de réchauffement supplémentaire accroit la fréquence, la durée, l’intensité et la précocité des calamités climatiques : canicules (potentiellement mortelles pour les humains, les animaux et les végétaux), tempêtes et cyclones (dévastateurs pour les économies, l'État et les assurances), sécheresses (calamiteuses pour l’alimentation mondiale), inondations, perte de biodiversité, etc.

« Lors de la COP31 sur le climat en Turquie, et au-delà, les nations doivent s’attacher à intensifier leurs efforts pour concrétiser l’ambition du "Mutirão mondial" [l’effort collectif en brésilien, NDLR] de la COP30, qui consiste à tripler le financement de l’adaptation d’ici 2035 – tout en comprenant qu’elles devront aller encore plus loin pour sauver des vies, éviter les pertes et les dommages, et protéger les économies », poursuit la diplomate citée dans le communiqué.

En effet, les États n’abondent pas suffisamment aux grands fonds climatiques existants. En l’occurrence le Fonds pour l’adaptation n'a débloqué qu'1,6 milliard de dollars depuis 2010. L'adaptation est le parent pauvre de la finance climatique, comparé aux investissements en faveur de la transition énergétique (atténuation).

Le Fonds pertes et dommages, lié à l'adaptation mais qui vise à réparer les désastres, est encore plus à la peine, pointe le rapport. Le premier appel à projets du Fonds pour la réponse aux pertes et dommages a généré des demandes d’un montant total de 2,8 milliards de dollars américains, comme nous l’expliquions en juillet lors de la réunion du Fonds, dépassant ainsi l’enveloppe initiale de 342 millions de dollars américains. « Cela témoigne d’une forte demande non satisfaite, mais nous ne connaissons pas encore l’ampleur du déficit de financement mondial en matière de pertes et dommages », écrit le rapport. Après la catastrophe déclenchée par la chute d’un glacier, fin août, au Népal - 1 400 morts, 6 000 disparus, 4 à 5 milliards de dollars de dégâts - le Premier ministre Balendra Shah avait appelé la communauté internationale à contribuer davantage à l’adaptation. Les émissions de gaz à effet de serre du pays sont infimes, mais l’État himalayen paye le prix fort.

Le secteur privé ne suffira pas

Enfin, les pays du Sud insistent sur la nécessité d'efforts de financements publics. « Les financements privés se concentrent sur les projets rentables. Or les besoins les plus urgents (adaptation, santé, prévention des catastrophes, protection sociale) sont précisément ceux qui génèrent peu de rentabilité financière », rappelle l’ONG Oxfam, spécialisée sur les inégalités de la finance internationale, précisant que « les pays les plus pauvres attirent peu d’investissements ».

De fait, l’ONU admet que « le financement de l'adaptation par le secteur privé ne permettrait de combler le déficit de financement des mesures d'adaptation que de 15 à 20 % des besoins ; il ne saurait donc se substituer entièrement au financement public ».

Autre problème : l’argent envoyé aux pays du Sud prend essentiellement la forme de prêts, à des États déjà endettés. À Belem, les pays les moins avancés avaient, dans un brouillon de texte préalable, proposé la mention de « subventions », effacée dans la version finale…

Mais là-dessus, l’ONU relève des progrès : « en 2024, près de 90 % des aides destinées aux pays les moins avancés prenaient la forme de dons ou de prêts à des conditions très avantageuses ; pour les Petits États insulaires en développement, ce chiffre s'élevait à 80 % ». Autre point positif, les flux d’argent entre pays en développement augmentent, à travers la coopération Sud-Sud et par les banques multilatérales de développement. Ils sont passés de 3,8 milliards en 2019 à 9,6 milliards en 2026.

En attendant l’argent, l’ONU-Environnement remarque que « les progrès dépendent également d’une série de facteurs institutionnels » pour aboutir à des « mesures concrètes » en termes d’adaptation. Or, poursuit l’agence, « les gouvernements prennent déjà des mesures pour renforcer ces facteurs, notamment en adoptant des lois-cadres sur le changement climatique, en créant des plateformes d’apprentissage en matière de politiques publiques, en améliorant la coordination entre les secteurs et les différents niveaux de gouvernement, et en mettant en place des mécanismes spécifiques pour mobiliser et gérer les financements liés au climat ».

L'objectif global (NCQG) que se sont fixé les pays à la COP29 pour la finance climatique vers les économies émergentes est d'atteindre 300 milliards de dollars par an d'ici 2035. Tout effort sur l’adaptation se fera à l’intérieur de cette enveloppe, ont prévenu les pays riches l'an dernier. La situation économique mondiale ne s'étant pas vraiment améliorée depuis, les positions ne devraient, sauf surprise, pas évoluer.

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