Élections de mi-mandat aux États-Unis : la récession, toujours la faute aux républicains ?

"Le parti du président fait-il la différence ?" C’est le titre d’une étude publiée récemment par la revue économique de l’UCLouvain. Son auteur, Tom Spède, s’est penché sur les 75 dernières années de politique économique aux États-Unis. Armé des taux de croissances et des chiffres du chômage, le chercheur a comparé les bilans des présidences républicaines et démocrates pour savoir si, en fin de compte, les partis sont réellement un facteur de croissance ou de récession.
Et premier résultat marquant : il constate une différence de croissance entre les présidences démocrates et républicaines. Entre 1949 et 2024, la croissance du PIB atteint en moyenne 3,73% sous les neuf présidences démocrates, contre 2,55% lorsque le président est républicain (dix présidences). 1,18 point de pourcentage, un écart conséquent.
Le contraste entre les deux partis s’observe également sur le marché du travail : l’emploi progresse en moyenne de 2,3% avec les démocrates, contre 1,08% sous les républicains. En moyenne, le chômage diminue avec les démocrates et a tendance à augmenter quand les républicains sont au pouvoir. L’économie connaît aussi moins de périodes de récession sous présidences démocrates, et la confiance des ménages a tendance à s’améliorer.
Ce serait trop facile d’en conclure que les démocrates savent tout simplement mieux y faire en matière d’économie ? Durant son premier mandat, un des plus mauvais de tous s’agissant de la croissance, le démocrate Barack Obama n’a-t-il pris que des mauvaises décisions ? En réalité, lorsqu’il arrive à la Maison Blanche en janvier 2009, il récupère une guerre en Afghanistan décidée par son prédécesseur George W. Bush, une crise financière mondiale, les subprimes, et la faillite de plusieurs banques. Obama a dû composer avec un héritage et une situation économique mondiale au bord du gouffre. Le bilan économique de son 2e mandat sera d’ailleurs bien meilleur.
De la même façon, le républicain Ronald Reagan va réaliser entre 1981 et 1989 deux mandats parmi les plus exceptionnels en termes de résultats économiques. Mais à ce moment-là, le monde sort des chocs pétroliers des années 1970 qui ont fait grimper en flèche l’inflation et les prix. Reagan arrive dans une période où tout se calme, d’une stabilité rarement vue, surtout aux Etats-Unis. C’est le début de la "Great Moderation" : toutes les conditions sont là pour que les indicateurs économiques repartent à la hausse. Indépendamment de son action et de son administration, Ronald Reagan a bénéficié de conditions extérieures extrêmement favorables qui lui ont permis d’afficher un tel bilan.
Alors s’il y a bien d’un côté les chiffres bruts, incontestables, qui montrent qu’en moyenne, la croissance américaine est meilleure sous présidence démocrate, il y a aussi de l’autre un tas d’éléments extérieurs qui apportent une nuance indispensable à l’analyse des résultats. L’influence et l’héritage du président précédent, les conditions de marché, des événements extérieurs inattendus… C’est tout l’intérêt de cette étude, qui rappelle toute l’importance d’examiner avec nuance les bilans économiques mis en avant dans le débat politique… Et certainement pas qu’aux États-Unis d’ailleurs.
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