Expositions: Paris, capitale de la mode au-delà des podiums

Paris démarre ce 28 septembre sa fashion week féminine pour les collections de prêt-à-porter printemps/été 2027. Comme à chaque saison, au-delà de la centaine de défilés et présentations, la ville accueille un nombre grandissant d'expositions ayant la mode pour thématique. Entre parcours historique, réflexion artistique, ode à l'artisanat et hommage à des photographes stars, la ville confirme son statut de capitale de la mode au-delà des podiums. Voici le tour des expositions à ne pas rater pour ceux qui aiment la mode.
Après un premier semestre marqué par l'exposition Azzedine Alaïa et l'Afrique à la fondation du même nom, ou encore par la rétrospective rendant hommage à Gianni Versace au musée Maillol, l'automne parisien fait la part belle à des expositions de mode encore plus thématiques. Les institutions parisiennes ont laissé un peu de côté la célébration des créateurs et de leur univers pour plonger dans l'histoire des vêtements et des accessoires et leur rôle social, dans les savoir-faire qui constituent l'industrie, ou encore dans le parcours de quelques acteurs qui ont aidé à construire sa réputation.
Les musées parisiens spécialisés, comme le Galliera ou celui des Arts décoratifs, qui d'ailleurs célèbre ses quarante ans cette année, ne gardent plus l'exclusivité des expositions consacrées à la mode. Ces événements, qui attirent un public de plus en plus large, sont aussi l'occasion pour certaines institutions d'accroître leur fréquentation, en attirant dans leurs galeries d’autres visiteurs. Le succès de l'exposition Louvre Couture, en 2025, ou encore d'Africa Fashion au Quai Branly, en témoigne. Face à cet engouement, les commissaires ne manquent pas d'imagination pour trouver de nouvelles façons d'exposer la mode.
La plus engagée
Après La mode du XVIIIe siècle, le Palais Galliera, le musée de la mode de la Ville de Paris, fait un bond dans le temps pour porter un autre regard sur la mode. Avec Un Vestiaire à soi : Féminités dissidentes au XIXe siècle, l'institution se penche, de manière engagée et réfléchie, sur l'appropriation par les femmes des codes vestimentaires masculins.
Costumes d'équitation cachant un pantalon sous les jupes des amazones, jaquettes portées sur des culottes bouffantes pour la pratique du cyclisme, ou encore toute une série d'accessoires qui transitaient entre les deux garde-robes, comme les chapeaux et les cravates... Autant de pièces à travers lesquelles les femmes du XIXe siècle « transgressent les binarités », comme le résume Marine Kisiel, commissaire de l'exposition. Elles puisent dans la mode « de quoi s'émanciper, exprimer leur puissance d'agir et leur volonté de participer à une société qui les a longtemps exclues ou reléguées à l'espace de l'intime et à l'espace du domestique ». Un parcours, comme le précise la commissaire, qui montre par ailleurs que la question des identités de genre, si actuelle, n'est pas nouvelle.
La plus artistique
Le rôle de la mode et du vêtement comme vecteur de message est aussi au cœur de l'exposition L'Étoffe d'artiste : De Rosa Bonheur à Sonia Delaunay, au musée Bourdelle, qui s'intéresse, jusqu'en janvier 2027, aux garde-robes de peintres, sculpteurs, graveurs et photographes. À travers le dialogue entre les vêtements et celui qui les porte, le parcours offre un regard éclairant sur l'évolution même du statut des artistes à partir du milieu du XIXe siècle.
C'est à ce moment de l'histoire que ces professionnels comprennent que la mise en scène de soi fait partie de la construction de leur personnage public. Ce besoin de « faire artiste », comme le souligne l'une des sections de l'exposition, passe aussi par les vêtements, de la blouse qui protège dans l'atelier à la cravate lavallière portée en ville.
Comme dans l'exposition du musée Galliera, il est parfois aussi question de troubler les genres, avec des artistes femmes qui subvertissent le vestiaire masculin et jouent avec l'androgynie de leurs silhouettes. Sans oublier ceux pour qui cette étoffe d'artiste est également une façon de puiser dans leurs propres racines, comme Frida Kahlo et ses habits de style tehuana, ou Foujita et ses haori, ces vestes courtes japonaises. Mais les commissaires montrent avant tout comment, dans tous ces exemples, la garde-robe devient un manifeste de l'affirmation d'une identité pour ces artistes, qui se créent des silhouettes reconnaissables pour la postérité.
La plus accessible
Les grands magasins s'intéressent également aux expositions de mode. Si Le Bon Marché est connu depuis longtemps pour ses grandes installations et l'invitation d'artistes contemporains à s'exposer, notamment au 2e étage, d'autres suivent le modèle, proposant une expérience culturelle dans leurs locaux grâce à la transformation d'une partie de leurs espaces de vente en espace muséal. C'est le cas du Printemps, qui depuis quelques saisons s'associe à l'école de mode Esmod pour organiser des expositions de plus en plus abouties.
Après Vestologie et Sac, sac, sac : More Than a Bag les saisons passées, le grand magasin consacre cet automne une exposition à la chaussure, sous la coupole historique du magasin, boulevard Haussmann. Gratuite, Pas à pas : la chaussure sous tous les angles brille notamment par sa dimension pédagogique. Les commissaires Sylvie Marot et Marlène Van Casteele ont pris le parti d'un parcours en onze grands thèmes, qui nous font comprendre à la fois la fascination qu'exercent les souliers et leur attrait historique. On y suit l'évolution de cet objet et ses variations dans le temps, mais aussi les expérimentations menées par des créateurs. Entre les modèles qui subliment la silhouette et ceux qui la contraignent, en passant par le monde des sneakers ou encore celui des chaussons de danse, l'exposition offre un panorama très ludique de l'histoire de cet objet. Le tout sous la belle verrière du grand magasin, ce qui ne gâche pas la visite.
La plus artisanale
Toujours dans l'idée de célébrer un objet, mais aussi un savoir-faire, le 19M présente jusqu'au 13 décembre Métamorphoses, les chapeaux de la Maison Michel, maison d'art qui célèbre cette année son 90e anniversaire. Entre bérets, casquettes, canotiers et fedoras, le visiteur peut admirer les différentes facettes de cet accessoire, mais aussi toutes les techniques impliquées dans sa fabrication.
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Le 19M, cette structure créée par Chanel pour regrouper sous le même toit des maisons d'artisanat et ainsi protéger et mettre en valeur des savoir-faire chers à la haute couture, organise souvent des expositions en lien avec les métiers d'art appliqués à la mode et à la décoration. Dans cette quête de préservation patrimoniale, Chanel a racheté le chapelier-modiste Maison Michel dans les années 1990, ainsi que plus d'une dizaine d'autres entreprises dont les métiers risquaient de disparaître dans un monde où la vitesse prime sur le geste manuel.
Dans le cas de l'exposition Métamorphoses, le choix est d'ailleurs symbolique : Gabrielle Chanel elle-même a commencé sa carrière en tant que modiste, comme on appelle les fabricants de chapeaux. Un lien affectif palpable dans cet hommage à cette pratique artisanale.
La plus imagée
Mais comme la mode est également une affaire d'image, la photographie est elle aussi à l'honneur cette saison. Si le musée des Arts décoratifs met en lumière le travail du jeune photographe brésilien Rafael Paravotti, la Maison européenne de la photographie (MEP) revoit les classiques, avec une exposition très attendue, à partir du 30 septembre, autour du travail d'Irving Penn, l'un des photographes de mode les plus influents du XXe siècle.
La MEP, qui fête ses trente ans, revient avec Penn x Fashion sur le parcours du photographe américain qui, pendant près de soixante ans, a aidé à construire l'imagerie de mode telle qu'on la connaît et a influencé des générations.
Mort en 2009, Irving Penn a contribué à rapprocher l'art, la mode et le commerce, au fil de collaborations professionnelles, artistiques et affectives. D'abord avec Alexander Liberman, directeur artistique emblématique du magazine Vogue américain dans les années 1940, qui le recrute et l'encourage. Puis avec le mannequin Lisa Fonssagrives, muse de certaines de ses plus belles photos et devenue son épouse. Mais aussi avec des créateurs de mode, comme Issey Miyake, avec qui il collabore pendant treize ans.
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Le créateur japonais, mort en 2022, disait que les images produites par Penn l'aidaient à cerner l'essence même de sa propre création vestimentaire. « À travers son regard, Penn-san réinterprétait les vêtements, leur insufflait une nouvelle vie et me les présentait sous un angle inédit. Un angle dont je n'avais peut-être pas conscience, mais que j'essayais inconsciemment de saisir », nous résumait Miyake en 2011, lors d'une exposition à Tokyo consacrée à leur dialogue artistique.
Irving Penn a su, par son esthétique épurée et sa maîtrise de la composition, élever le vêtement au rang d'art, bien au-delà de sa dimension utilitaire et commerciale. Une dimension artistique de la mode que l'on peut, cet automne, admirer à Paris avec toutes ces expositions.
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