Face à une TVA à 20 %, Canal+ alerte sur un danger pour le cinéma français
Invité ce lundi 5 octobre au micro de RTL, Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a tiré à boulets rouges sur le projet de budget 2027 qui prévoit de doubler la TVA de la télévision payante. Selon lui, cela pourrait mettre en danger le cinéma français.
Ce lundi 5 octobre, face à Marc-Olivier Fogiel sur RTL, le patron du groupe Canal+, Maxime Saada, n’a pas mâché ses mots au moment d’évoquer le projet de loi de finances 2027 porté par le gouvernement de Sébastien Lecornu. L’exécutif prévoit en effet d’aligner la TVA des chaînes payantes en temps réel sur celle des plateformes de streaming à la demande, la faisant grimper de 10 % à 20 %.
Canal+ chiffre le surcoût à 200 millions d’euros par an, une somme que le groupe dit ne pas pouvoir absorber : selon Maxime Saada, l’activité en France est « péniblement rentable ». Si la hausse est votée, Maxime Saada prévient que Canal+ la répercutera, jusque sur le financement du cinéma français.
Canal+ menace d’augmenter ses prix et de réduire ses coûts
Selon Maxime Saada, la mesure doit rapporter environ 300 millions d’euros à l’État, mais elle en fera perdre en réalité, avec des suppressions de postes dans l’Hexagone et-outre mer. Il la juge « anti économique ». Si le Parlement valide la mesure, Canal+ annonce plusieurs contre-mesures :
- Abonnements en hausse : les tarifs pour les abonnés grimperont d’environ 10 %, soit un peu moins de 3 euros par mois sur une formule à 29 euros. Maxime Saada précise que la hausse n’interviendra « pas avant 2028 ou 2029 » : près de 90 % des abonnés sont engagés pour un ou deux ans, et leur tarif ne peut pas changer en cours de contrat.
- Licenciements en vue : un plan social au sein de la branche française n’est pas exclu pour compenser le choc fiscal.
- Avenir en France : Maxime Saada estime que « la question de la pérennité de Canal+ en France se pose ». Dans un communiqué publié la semaine dernière, le groupe, présent dans près de 70 pays, annonçait déjà qu’il « accélérera sa stratégie de déploiement à l’international ».
Pour aller plus loin

Le financement du cinéma français en jeu

Maxime Saada met surtout en avant le financement du cinéma français. Historiquement, Canal+ est le premier financeur privé du cinéma français. Fin juillet, le groupe s’est engagé à investir 980 millions d’euros entre 2028 et 2032 dans le cinéma français et européen, soit environ 196 millions d’euros par an, en échange de la TVA réduite et de fenêtres de diffusion privilégiées.
Maxime Saada rappelle aussi que Canal+ est « le premier financier du sport français », avec notamment le Top 14 et la Ligue des champions. Dans le même communiqué, Canal+ juge la proposition du gouvernement « incohérente et inconséquente », moins d’un an après la confirmation de son taux de TVA à 10 % par l’administration fiscale. Pour le groupe, l’État s’apprête à faire exactement l’inverse.
Maxime Saada qualifie la mesure de « décision absurde, qui n’a aucun sens économique » et qui « ne peut être que politique ». Il laisse entendre que le groupe est visé à travers son premier actionnaire, le groupe Bolloré, contrôlé par la famille de Vincent Bolloré.
Bercy justifie la mesure par une simplification. Le ministère de l’Économie juge la distinction entre télévision en direct et contenus à la demande « de plus en plus artificielle » et estime que ce taux réduit est « très peu répandu en Europe ».
Faute d’avoir été entendu par Bercy, Maxime Saada compte désormais « discuter avec les parlementaires » qui vont examiner le projet de loi de finances. « Rien n’est joué, nous espérons bien faire changer la trajectoire de ce texte », a-t-il assuré.
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