Invention montréalaise | Révolution sur tablette pour la sclérose en plaques

Les patients atteints de la sclérose en plaques peuvent désormais avoir un ajustement de médication plus fréquent, grâce à une invention montréalaise. Ce test sur tablette est offert dans de plus en plus de pharmacies.
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Le logiciel montréalais ETNA-MS utilise les mouvements des yeux pour évaluer la progression de la maladie. Approuvé en 2024 par Santé Canada, il a été mis au point par Étienne de Villers-Sidani, neurologue au Neuro (Institut-hôpital neurologique de Montréal).
« Le neurologue reste au centre du suivi, dit le Dr de Villers-Sidani. En recevant les données du logiciel, il peut décider de voir le patient, de garder le rendez-vous annuel, ou alors de faire un ajustement de médication en collaboration avec le pharmacien. »
En 2023, dans la revue Frontiers in Neurology, le Dr de Villers-Sidani a montré que ce programme de suivi des mouvements des yeux, installé sur une tablette, a des résultats similaires à l’intervention d’un neurologue pour établir la gravité de la sclérose en plaques, sur une échelle de 1 à 10. Une aggravation de la maladie peut amener un ajustement de médication.
Le Dr de Villers-Sidani a une liste d’attente de huit à neuf mois pour l’évaluation de patients soupçonnés d’avoir la sclérose en plaques. « Je les vois 30 minutes pour l’évaluation et les résultats. Ils ont plein d’inquiétudes reliées à d’autres choses, par exemple les effets secondaires des médicaments. »
Les suivis sont aussi très espacés. « En région, les neurologues ne sont pas nécessairement spécialisés en sclérose en plaques, dit le chercheur du Neuro. Et ceux de Montréal sont débordés. »
Pharmacie
L’application conçue par le Dr de Villers-Sidani est maintenant offerte dans plus d’une trentaine de pharmacies au Québec. « Les pharmaciens ont maintenant un rôle central avec plus de pouvoirs, dit-il. Ils peuvent transmettre les résultats au neurologue traitant. »
Cela transformerait les pharmacies en pôle régional de suivi de la sclérose en plaques, pour la collecte de données cliniques et l’ajustement de la médication. Le test sur tablette dure 15 minutes.
« Je pense qu’ETNA-MS aurait pu détecter à l’avance ma dernière crise, en 2024 », dit Edith Hammond, une cheffe de pupitre de TVA et Radio-Canada qui a dû prendre sa retraite prématurément à cause de la sclérose en plaques. « J’ai pu voir très rapidement mon neurologue et on a changé ma médication. Mais ce n’est pas tous les malades en région qui ont cette chance. » Détecter une crise plus tôt permettrait de changer la médication et de limiter les symptômes.
PHOTO MARIKA VACHON, COLLABORATION SPÉCIALE
Edith Hammond, une cheffe de pupitre de TVA et Radio-Canada, a dû prendre sa retraite prématurément à cause de la sclérose en plaques.
Mme Hammond, qui est suivie avec ETNA-MS depuis juin, est maintenant porte-parole d’un projet pilote sur ETNA-MS de la Société canadienne de la SP, qui vise à appuyer son déploiement en pharmacie.
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Financement
ETNA-MS a été validé chez 350 patients de plusieurs hôpitaux canadiens et américains par Innodem Neurosciences, l’entreprise fondée par le Dr de Villers-Sidani. La société pharmaceutique Novartis a aidé au processus.
Pour le moment, les pharmaciens prennent en charge certains frais d’Innodem, qui les limite autant que possible. Le Dr de Villers-Sidani s’attend à ce que des assureurs privés commencent à rembourser l’utilisation d’ETNA-MS, ce qui permettrait de limiter la pression financière sur les pharmacies et à Innodem de couvrir une partie de ses coûts de développement.
Le neurologue de McGill estime que de 10 à 20 millions ont été investis pour la mise au point d’ETNA-MS. Il détient le tiers de l’entreprise, et des « anges » québécois et des investisseurs américains sont propriétaires du reste.
Y a-t-il des concurrents ? « En biomarqueurs numériques comme nous, il y a quelques compagnies américaines actives en alzheimer, mais pas vraiment en sclérose en plaques, dit le Dr de Villers-Sidani. Il y a eu un boum en biomarqueurs numériques en 2020-2021 durant la pandémie, mais il n’y avait pas de voie de remboursement claire pour ces technologies. »
Alzheimer et parkinson
Selon le Dr de Villers-Sidani, la même technologie pourrait aussi être utile pour surveiller l’évolution de la maladie de Parkinson, voire l’alzheimer.
Une autre étude du neurologue de McGill, publiée en 2024 dans Scientific Reports, montrait des résultats encourageants pour le parkinson. Pour ce qui est de l’alzheimer, il s’agit de travaux plus en amont. « On voit maintenant que ce ne sont pas seulement les troubles neuromoteurs qui affectent le mouvement des yeux, mais aussi les troubles neurocognitifs », dit le Dr de Villers-Sidani. Une étude sur l’alzheimer, en collaboration avec le groupe Maurice de résidences pour personnes âgées, est en cours de recrutement.
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- Risque de sclérose en plaques pour les femmes, comparé aux hommes
Source : SP Canada
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