Maëlle revient sur les effets de la notoriété : « Elle m’a volé une partie de mon insouciance »


Votre nouvel album peut paraître déroutant à la première écoute. Vous vous imposez désormais comme une véritable pop star. Quel a été le déclic ?
Ça fait huit ans que je fais ce métier. J’ai l’impression d’avoir déjà montré beaucoup de facettes de moi, mais pas encore cette image d’une vie qui s’assume. J’ai 25 ans et je veux prouver que je ne suis plus la petite fille de « The Voice » qui chantait derrière son piano. À l’époque, j’avais 16 ans, j’étais encore une enfant. Ce disque m’a permis d’être plus frontale et assumée. Aujourd’hui, j’ai envie de surprendre et de choquer. Dans la vraie vie, je suis une fille qui aime sortir en boîte de nuit, draguer, plaire. Je voulais que ça se ressente dans cet album. La danse m’a aussi permis de m’émanciper et de me sentir plus à l’aise avec mon corps.

Craignez-vous tout de même de perdre une partie de votre public ?
Ça fait partie du jeu. Certaines personnes n’ont pas envie de me voir grandir, et c’est très frustrant pour moi. Quand j’ai sorti « Tic Tac » et « Blonde Platine », j’ai reçu énormément de messages négatifs, me disant que j’avais bien changé ou que j’avais perdu mon côté naturel. Au contraire, je ne me suis jamais sentie autant moi-même qu’aujourd’hui. On en a marre de voir des artistes qui chantent des chansons françaises avec leurs pantalons pat d’eph. Je ne critique pas ça, je l’ai moi-même été, mais je veux qu’on puisse à nouveau briller et performer sur les plateaux télé.
Qui est « Lili » ?
C’est mon surnom quand j’étais petite. Certains de mes proches m’appellent encore ainsi aujourd’hui. C’est la libellule qui survole tout. Ce titre d’album est très cohérent, car j’ai enfin l’impression de sortir de ma chrysalide. Je me dévoile avec moins d’armure, moins d’artifices, même si je peux paraître plus superficielle, car j’endosse un personnage plus pop et femme fatale.
Quel genre d’enfant étiez-vous ?
J’étais chiante ! (Rires) J’étais parfois trop impulsive et insolente. J’ai grandi dans une famille nombreuse qui était recomposée. Je n’ai pas toujours eu une vie stable. Je me suis donc fixé mes propres limites et mes propres règles. J’ai la sensation d’avoir grandi plus vite que les autres filles de mon âge. À tel point que j’ai parfois l’impression d’avoir 45 ans. J’ai déjà vécu tellement de choses.
La notoriété aurait pu vous faire perdre pieds…
C’est vrai ! La notoriété m’a surtout volé une partie de mon insouciance. Quand on se retrouve dans « The Voice » à 16 ans, qu’on passe à la télévision tous les samedis et que l’on gagne un contrat pour plusieurs albums, la réalité vous rattrape forcément un jour. Il m’a fallu du temps pour comprendre les rouages de ce milieu. J’étais même devenue control freak, et je le suis même encore un peu aujourd’hui. J’ai parfois peur des gens et de trop me donner. Je ne veux pas qu’on s’intéresse à moi pour les mauvaises raisons. À l’époque, j’avais envie d’être parfaite et d’être écoutée par le plus de monde possible. Je me demandais comment on pouvait être touché par ce que je racontais, tellement je me blindais. Je m’étais forgée une carapace qui prenait de plus en plus de place.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre premier disque ?
Je suis très fière de ce que j’ai fait. Ça a été très formateur, même si je n’étais qu’interprète... Ça m’a permis de savoir que je ne voulais plus l’être ensuite. J’avais besoin de mettre les mains dans la création, comme sur le deuxième album. Je voulais me prouver à moi-même que j’en étais capable.
On vous a souvent collé l’étiquette de « la jolie fille ». Vous en avez souffert ?
Oui... J’espère ne pas être que ça. C’est très réducteur. Au début de ma carrière, j’étais entourée de beaucoup d’hommes, et on me ramenait sans cesse à mon physique. On me disait : « Tu n’es pas encore capable de composer seule. Tu es une jolie fille, mais ça s’arrête là. » On a tenté de me formater, de m’aiguiller sur la manière dont je devais parler, m’habiller et me présenter. J’en garde un goût amer car j’avais parfois du mal à me faire entendre. C’est en m’entourant différemment que j’ai appris qu’il était possible de s’affirmer et d’entreprendre des choses, même si c’est toujours plus difficile pour les femmes de nos jours.
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