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Monday, October 5, 2026

L’île aux trésors de James Ehnes

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Le violoniste James Ehnes donnait à Montréal, avec son partenaire le pianiste Andrew Armstrong, le vingtième des vingt-six concerts de la tournée pancanadienne organisée à l’occasion de son 50e anniversaire. Le programme, qui reprenait des compositions importantes ayant jalonné le parcours du musicien, a réservé son lot de surprises.

Plusieurs grandes originalités ont marqué cette troisième présence (seulement) du soliste au Ladies’ Morning Musical Club. Le violoniste manitobain s’est d’abord adressé à l’auditoire dans un français soigné, avant de revenir à sa langue maternelle.

Il est intervenu régulièrement au cours du concert, de manière très chaleureuse, sobre et décontractée, pour évoquer les œuvres choisies et leur importance dans sa carrière, mais aussi pour témoigner de son attachement envers Montréal, qu’il perçoit comme un véritable « foyer musical ».

Avant-dernière surprise : nous avons entendu James Ehnes jouer une fausse note ! C’est arrivé lors d’un passage dans le registre suraigu de Guitarre de Moszkowski. Quelque chose a glissé. Comme quoi, tout peut arriver, même le plus improbable.

Quant à l’ultime événement inattendu, il se dessinait quelque peu à la lecture du programme, puisqu’avec la très habile et néo-romantique pièce Imaginal de Carmen Braden, créée lors de cette tournée et qui décrit la mue d’une chenille en papillon, et la 1re Rhapsodie de Bartók, la seconde partie du programme dépassait à peine les 20 minutes. « Vous ne pensiez tout de même pas que ça allait s’arrêter ainsi », a-t-il dit en substance le violoniste, avant de se lancer dans une partie surprise composée de pages de virtuosité.

Surprises

Ce que James Ehnes a joué après le programme officiel imprimé est exactement le genre d’œuvres pour violon, jugées hyper virtuoses mais musicalement mineures, que l’on connaît à travers le disque, mais que l’on n’entend jamais en concert, parce que, au concert on joue des Sonates sérieuses, et désormais d’autres choses encore, pour être dans l’air du temps.

Après le Scherzo-Tarentelle de Wieniawski et le redoutable Guitarre de Moszkowski, transcrit par Sarasate, si quelqu’un nous avait demandé de crier nos envies, nous aurions quémandé La ronde des lutins de Bazzini. Même pas besoin de rêver avec James Ehnes : c’est très exactement cette pièce funambulesque qu’il avait choisie.

Quel bonheur d’entendre un magicien de l’instrument nous offrir en fin de récital ces morceaux de bravoure, souvent regardés avec dédain comme des pièces de concours, mais qui, joués avec ce faux détachement et cette suprême qualité instrumentale, s’avèrent tout simplement irrésistibles.

Il en va de même, d’ailleurs, avec tout un pan du répertoire orchestral, par exemple les ouvertures des opéras-comiques français, que plus personne ne programme. Dans cette portion non imprimée du programme, le duo nous a apporté beaucoup de plaisir.

Ce fut aussi le cas, évidemment, dans la partie imprimée et « officielle », choisie à des degrés divers pour des raisons symboliques. Ainsi, l’Adagio de la Suite dans le style ancien de Sinding était la première « grande pièce » jouée par le jeune musicien à l’âge de 8 ans, alors que la Rhapsodie de Bartók avait accompagné sa première tournée des Jeunesses musicales.

James Ehnes a abordé le Presto de la Suite de Sinding à une vitesse maximale, déployant ensuite une grande intensité sonore dans l’Adagio, une qualité qui faisait le prix de sa 3e Sonate de Brahms, sculptée à pleine pâte avec une corde de sol d’une richesse éblouissante. La profondeur de l’expression romantique, mais aussi, de bout en bout, le tact du violoniste et de son complice au piano, ont profondément touché les auditeurs.

Immanquablement, un récital de James Ehnes rend heureux. Non seulement par sa maîtrise instrumentale, mais parce que le musicien rayonne du bonheur de jouer. C’est cela, aussi, qui compte et c’est cela que l’on ressent.

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