La France se réveille sonnée au lendemain d’une journée de mobilisation ayant viré au chaos, Emmanuel Macron s'adresse aux Français à 20 heures

Les scènes d’insurrection, parfois au cri de "Révolution", ont paru plus intenses et plus étendues que les émeutes de 2023, mais aussi que les journées d’action des gilets jaunes en 2018-2019, selon des reporters de l’AFP sur le terrain.
Dans les rues de Paris comme dans celles des principales villes du pays, des centaines d’institutions et de commerces ont été pris pour cible, laissant des rues entières jonchées de débris et de carcasses de deux-roues brûlés en centre-ville. Selon la Fédération du commerce et de la distribution, 1500 commerçants ont été touchés et il y en a pour des centaines de millions d’euros de dégâts.
Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué dimanche matin sur X que 1800 personnes avaient été interpellées dans le cadre des violences et pillages commis en France samedi et jusque dans la nuit.
"À ce stade, plus de 500 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers ont été blessés, pris dans ces scènes de violences", a ajouté le ministre, évoquant un bilan qui "n’est malheureusement que provisoire".
Plusieurs manifestants ont également été blessés, parfois gravement, notamment à Saint-Etienne, où un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade policière.
Une cellule interministérielle de crise autour du Premier ministre, Sébastien Lecornu, est prévue à 19 heures ce soir.
Laurent Nuñez se rendra lundi à Marseille, où samedi "des exactions (ont été) commises par plusieurs milliers d’individus d’ultragauche", ensuite "rejoints par des délinquants qui ont pillé et saccagé de nombreux commerces".
Emmanuel Macron s'adresse aux Français à 20 heures
Emmanuel Macron "s'adressera solennellement aux Français à 20H00" dimanche, a annoncé l'Elysée.
Avant cela le chef de l'État français réunira "à 17H30 au Palais de l'Elysée le Premier ministre et les ministres du gouvernement concernés", a également annoncé la présidence de la République, alors que le gouvernement se retrouve sous la pression des oppositions et de certains maires concernant la gestion des manifestations de samedi.
À Paris, 855 personnes interpellées, 500 en garde à vue ce dimanche
Les forces de l’ordre ont interpellé "855" personnes samedi à Paris, un "chiffre record", a annoncé dimanche la préfecture de police (PP) dans un bilan à 8 heures du matin. Une trentaine de personnes sont aussi mises en cause pour "provocation à attroupement", une autre trentaine pour attroupement, et encore d’autres gardes à vue concernent des ports d’arme ou de la détention d’explosifs.
Dans la capitale française, 13 policiers et gendarmes ont été blessés ainsi que deux sapeurs-pompiers, a ajouté la PP, qui a fait état de "groupes violents, caractérisés par leur volume inhabituel (500 à plus de 1000)". Le bilan des dégradations et pillages de commerces est en cours mais "l’ampleur des dégâts constatée est significative".
Dans un autre bilan "pas encore consolidé", le parquet de Paris fait état de plus de 500 personnes (517) en garde à vue, plus précisément 346 personnes majeures et 171 mineurs.
"Les interpellations ont duré toute la nuit, et jusqu’aux alentours de 6 heures du matin", a précisé le ministère public, avec des arrestations majoritairement pour recel de vol (plus de 150), groupement en vue de commettre des violences (environ 130) ou encore dégradations (environ 120).
La première adjointe PS au maire de Paris, Lamia El Aaraje, a déploré dimanche "un manque de moyens" policiers pour mettre un terme aux scènes de pillages constatées samedi jusque dans la nuit dans de nombreux secteurs de la capitale.
"Il y a eu clairement, je dirais, un manque de moyens hier soir sur la capitale", "ce n’est pas acceptable de voir à l’image des gens saccager des commerces et s’en prendre physiquement" à des bâtiments, a critiqué sur franceinfo le bras droit du maire socialiste Emmanuel Grégoire. L’élue a évoqué "un niveau de violence que nous n’avons, je crois, jamais vu" à Paris.
L’incendie de l’Hôtel de ville de Limoges circonscrit
L’incendie qui a dévasté la mairie de Limoges (centre-ouest), lors des violences qui ont éclaté samedi en marge d’une journée de manifestations en France contre la "vie chère", est "circonscrit", ont annoncé dimanche les autorités départementales.
"C’est sciemment que le feu a été mis", a dénoncé le représentant de l’État, Maurice Barate, en fustigeant "une horde sauvage" à l’origine du sinistre, qui a très lourdement endommagé l’édifice du 19e siècle, et de très nombreux dégâts dans la ville.
A Marseille, Lille, Angers et Bordeaux, des manifestants ont fait irruption dans les mairies ou dans les préfectures pour les vandaliser. A Lyon, une antenne de l’office de tourisme a été incendiée. A Limoges, c’est l’Hôtel de Ville, datant du 19e siècle, qui a été "en grande partie perdu" dans les flammes.
Dans la capitale, "des rues entières ont été méthodiquement ravagées", selon le maire Emmanuel Grégoire (PS). Avec ses homologues de Lyon et Marseille, il a demandé à être reçu en début de semaine par le Premier ministre Sébastien Lecornu.
"Ceux qui ont cassé, attaqué les préfectures comme les commerces, pillé jusqu’à nos mairies, seront poursuivis et punis", a assuré le président Emmanuel Macron dans un post sur X. "Nous ferons tous bloc face aux semeurs de chaos, qui ne cherchent qu’à abattre nos institutions".
C’est "un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd ce soir", a estimé le Premier ministre Sébastien Lecornu après une visite nocturne auprès des forces de l’ordre. Il a appelé La France insoumise, dont le leader Jean-Luc Mélenchon a été mis en cause pour son soutien au mouvement, à "choisir son camp" entre celui "de la République et donc des forces de l’ordre", et "celui des casseurs".
"A tous les commerçants touchés", "nous sommes mobilisés à Bercy pour vous aider", a affirmé le ministre du Commerce, Serge Papin.
Duel LFI-RN, Tondelier demande la démission du ministre de l’Intérieur
Après plusieurs semaines d’agitation lycéenne, les organisateurs de cette journée de mobilisation ambitionnaient de cimenter une "convergence des luttes" avec les anciens gilets jaunes, sur fond de flambée du prix des carburants.
"Je suis venue pour protester contre la vie chère, pour dire qu’on en a assez de trimer pour des salaires de misère et voir nos loyers augmenter tout le temps", a expliqué à l’AFP Régine Monfroid, une éducatrice croisée à Strasbourg.
Jean-Luc Mélenchon, qui a défilé dans les rues de Paris, a assuré que "ceux qui partagent" son combat "n’ont rien à faire dans le pillage, le saccage".
Il a accusé le Premier ministre d’avoir "joué avec le feu en comptant sur le pourrissement" de la situation, et mis une nouvelle fois en cause la stratégie du maintien de l’ordre déployée par les autorités, notamment à Paris.
"Les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon, en légitimant la violence, en considérant l’ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos", a attaqué de son côté Marine Le Pen.
À six mois de la présidentielle, la mobilisation sociale est plus que jamais un terrain d’affrontement entre la candidate RN et le chef de file de LFI, qui selon plusieurs sondages récents pourraient s’affronter au second tour.
Alors que les violences se sont prolongées jusque tard dans la soirée, notamment à Paris, le bilan financier des dégradations "va être lourd, partout dans le pays", a prévenu M. Lecornu.
Le président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), Alexandre Bompard, a dit s’attendre à de "lourdes conséquences économiques et financières" pour le secteur.
"L’argent public qui servira à effacer les traces de ces dégradations ne pourra pas être consacré à d’autres priorités", s’est désolé le maire d’Angers, Christophe Béchu (Horizons).
La candidate écologiste à la présidentielle, Marine Tondelier a appelé à la démission du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, "Il n’y a pas d’autre issue à cette journée du 17 octobre que sa démission", a-t-elle partagé sur ses réseaux sociaux en dressant le bilan de cette journée.
Une commission d'enquête parlementaire
La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance) va proposer mardi la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les violences et pillages qui doit aussi porter sur la stratégie de maintien de l'ordre, remise en cause par les oppositions et certains maires.
La titulaire du perchoir a annoncé dans un communiqué qu'elle proposerait la création de cette instance en conférence des présidents de l'Assemblée mardi matin, "pour faire la lumière sur ces débordements, les méthodes des groupuscules violents", mais aussi "la stratégie de maintien de l'ordre" et ses "éventuels dysfonctionnements".
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