Un crâne aux 200 visages orne l’autel des morts à Tournai

Des visages (dé) tendus. Des jeux de mains. Des cris. Des lunettes. Une bouche ouverte. C’est le genre d’œuvre dans laquelle on peut se perdre totalement. La tête de mort monumentale qui trône au centre de l’église Saint-Nicolas est composée de 200 visages. L’artiste Fred Martin les a collectés à travers un "baptême de terre" dans le cadre du festival de la Mort qui tue.
"Le principe de ces baptêmes de terre, c’est tout simple", explique Fred Martin. "Je ramène des bacs d’argile molle que je prépare. Ici, il y a cinq argiles de cinq couleurs différentes dans laquelle j’invite le public à venir plonger le visage. Je les aide un peu, je leur explique comment entrer dans la terre, mais surtout comment en sortir pour garder la plus belle empreinte possible. Et c’est moi qui leur pousse la tête à l’intérieur. Donc je suis une sorte de passeur."
Des crânes comme ceux des pierres tombales
Dans cette empreinte, Fred Martin moule un plâtre. Les visages sont ensuite rassemblés et attaché à la structure de bois et de branche de noisetiers pour créer un crâne, une forme pas choisie au hasard. "On est au festival de la Mort qui tue, on est dans une église, ici derrière se trouvent des tombeaux. Sur chaque pierre tombale, il y a un crâne gravé. Je m’en suis inspiré pour réaliser le crâne qui se trouve ici en trois dimensions".
Salomé a participé à l’expérience. Elle nous montre le visage de son moulage, sur la gauche du crâne. "Je me suis sentie un peu enfermée dans la terre. Mais sinon ça a été." Hanna participait à un mapping dans l’église comme étudiant à l’Académie des Beaux-Arts. Il en a profité pour faire son baptême de terre. "J’ai fait ça sur un coup de tête. C’est assez particulier, c’est comme si on était dans un gros coussin. À la fois très confortable et un peu inquiétant ? J’ai bien aimé."
"Mettre la tête dans la terre, c’est mourir un peu"
"C’est une drôle de sensation aussi de se voir moulé", sourit Thomas. "On a l’impression qu’on a perdu une partie de notre âme. C’est comme un peu à Pompéi, ça ressemble beaucoup aux gens qui ont été figés par cette éruption volcanique terrible."
Pour Fred Martin, ce baptême de terre a une symbolique forte, liée à la vie et à la mort. "Mettre la tête dans la terre, c’est s’enterrer la première fois. Donc c’est mourir un peu, c’est une sorte de pied de nez à la mort également. Lorsque je démoule le moulage, c’est comme une deuxième naissance. Je vais chercher au fin fond de la terre votre visage, et on a vraiment cette image où je deviens une sorte de sage-femme en train de donner naissance à un être."
Certains des visages sont très expressifs. © P.W. – RTBF
À la fin du festival, rien ne se perd, chaque participant pourra récupérer son visage moulé dans le plâtre s’il le souhaite en souvenir de cette drôle d’expérience.
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