« Découvrez comment fonctionne le logiciel » : massivement partagé, cet outil IA veut mettre la rétro-ingénierie à la portée de tous
Branché sur les assistants de code, l’outil open source REA permet de faire décortiquer un programme par une IA en lui posant simplement une question. Plébiscité en quelques jours, il soulève déjà des questions juridiques.
La Saaspocalypse fulgurante promise il y a quelques mois n’est pas arrivée, mais n’était-ce qu’un répit ?
L’arrivée des assistants de code a déjà bousculé le modèle des logiciels par abonnement, et les clones de Photoshop ou de la suite Office développés avec l’IA se multiplient, certains devenant de réels projets construits en équipe.
Dans les communautés en ligne, l’enthousiasme à l’idée de recréer ses propres outils pour se passer d’une partie de ses abonnements n’a pas faibli. Et dans ce monde du bricolage assisté, la rétro-ingénierie, qui consiste à examiner un programme compilé pour comprendre sa logique sans disposer de son code source, a pris une importance cruciale.

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Restent quelques obstacles, notamment la nécessité de savoir lire des instructions machine et de maîtriser des logiciels d’analyse réservés aux spécialistes. Les concepteurs de REA, pour « Reverse Engineer Anything », l’ont bien compris et veulent que leur outil lève ces obstacles en confiant le travail aux agents de code, avec une promesse affichée sur son site, « Découvrez comment fonctionne le logiciel ».

Un outil qui fournit la matière, un agent qui l’interprète
REA vient se greffer sur l’agent de code que l’utilisateur emploie déjà, via une simple commande d’installation. Il extrait ensuite la matière brute du programme ciblé, comme ses instructions machine, son code décompilé ou les fonctions qu’il appelle, et l’agent interprète ces éléments pour répondre à une question posée en langage courant.
Sur leur site, les concepteurs de REA présentent plusieurs démonstrations, des plus simples aux plus poussées. Ils se sont par exemple demandé pourquoi le dinosaure du petit jeu caché de Chrome court de plus en plus vite, et REA a permis à l’agent de retrouver dans le code du jeu la règle d’accélération, puis d’en créer une version où l’on peut régler soi-même la vitesse. Dans un exemple plus avancé, ils ont cherché à comprendre pourquoi la calculatrice de Windows affiche 220 quand on tape 200 + 10 %. En fouillant le logiciel, l’agent a découvert que la touche % ne fonctionne pas de la même manière selon l’opération en cours, et il a reproduit ce comportement dans une petite calculatrice de sa conception.
L’outil sait analyser des exécutables natifs, des applications JavaScript et Electron ou l’activité d’un navigateur, et ses concepteurs revendiquent des usages plus ambitieux, comme la reconstruction en C du casse-briques DX-Ball à partir de son seul exécutable.
Un succès fulgurant, mais des réserves sérieuses
Sur Hacker News, l’accueil a été plus qu’enthousiaste. Selon le décompte d’un internaute, le dépôt GitHub est passé d’environ 4 200 étoiles le 5 octobre à près de 55 000 au moment de la publication de cet article.
Si plusieurs commentaires saluent l’efficacité de l’outil, d’autres s’inquiètent des questions de droit. Un membre de StoryTold, qui développe notamment des alternatives à la suite Adobe, explique que son équipe s’interdit toute décompilation, estimant qu’« utiliser REA pour un projet aussi exposé que le nôtre risque fort de déboucher sur des procès ».
Un autre internaute rappelle que décompiler un logiciel commercial enfreint généralement son contrat de licence, avant même toute publication.
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