Démystifier la science | Pourquoi le bâillement est-il contagieux ?

Chaque semaine, notre journaliste répond aux questions scientifiques de lecteurs.
Publié à
Pourquoi le bâillement est-il si contagieux ?
On a tendance à associer le bâillement à la fatigue, mais de récents travaux indiquent que son effet contagieux servirait à augmenter la vigilance d’un groupe. Il pourrait s’agir d’un héritage du passé, quand un groupe devait se mobiliser contre des menaces.
« Il semble que le bâillement facilite la vigilance de groupe », dit Andrew Gallup, un biologiste de l’Université Johns Hopkins qui est l’un des chercheurs qui ont le plus travaillé sur le bâillement et son caractère contagieux. « Chez le lion, quand un individu bâille avant de se lever ou de se coucher, les autres individus ont tendance à bâiller et à faire le même mouvement. Et chez l’humain, quand on voit quelqu’un d’autre bâiller, après on est plus susceptible de détecter des menaces, par exemple des araignées ou des serpents, dans des images. »
Jusqu’à récemment, on pensait que la contagion du bâillement servait à montrer de l’empathie envers les autres. Mais M. Gallup et d’autres ont montré qu’il n’y a pas de lien entre les capacités d’empathie d’un individu et sa propension à bâiller quand il voit quelqu’un d’autre bâiller.
« Par contre, on pense maintenant, à partir d’études faites sur les enfants autistes, que le bâillement démontre une capacité d’attention sociale, dit M. Gallup. Les enfants autistes ont moins tendance à bâiller de façon contagieuse, ce qui semble lié à un déficit de capacités sociales. Par contre, si on leur montre la vidéo d’une personne qui bâille, en leur demandant de regarder la personne dans les yeux, ils vont bâiller de manière contagieuse comme la moyenne de la population. »
Pourquoi les yeux ? Parce que le bâillement modifie les muscles du haut du visage. « Si on montre à quelqu’un une vidéo du haut du visage de quelqu’un qui bâille, il va avoir tendance à bâiller », dit le chercheur de Baltimore.
Température du cerveau
M. Gallup a commencé à travailler sur le sujet il y a plus de 20 ans. « Pour ma thèse de fin de bac, mon superviseur m’a proposé de travailler sur les raisons pour lesquelles on bâille. On ne le savait pas. »
Il y a plusieurs hypothèses pour expliquer le bâillement spontané, par opposition au bâillement contagieux. « Bâiller augmente la circulation du sang dans le cerveau et diminue la température du cerveau, dit M. Gallup. Ça favorise le fonctionnement cérébral optimal. »
Il se peut donc qu’on bâille quand on sent que notre vigilance diminue, pour la rétablir. Par exemple, quand on est fatigué.
Chez le rat, le bâillement diminue de 0,12 degré Celsius la température du cerveau, ce qui correspond au quart de sa variation de température durant une journée. Des médicaments, comme certains antidépresseurs qui font grimper la température du cerveau, augmentent la fréquence des bâillements.
Le stress peut aussi faire bâiller. « Il est bien connu que les athlètes olympiques bâillent souvent avant des compétitions, dit M. Gallup. Un patineur de vitesse américain, Apolo Anton Ohno, était reconnu pour ses bâillements fréquents. » Par contre, la contagion du bâillement chez les athlètes olympiques n’a pas été documentée, selon lui.
Et chez les animaux ?
Le nombre d’espèces animales chez lesquelles le bâillement a été documenté ne cesse d’augmenter. « La plupart des primates, mais bizarrement pas le gorille, bâillent, dit M. Gallup. Les oiseaux aussi, beaucoup de mammifères, et aussi certains poissons. » En 2025, des chercheurs italiens ont démontré dans la revue Communications Biology que le bâillement contagieux existe chez le poisson-zèbre.
PHOTO TIRÉE DU SITE DU GROUPE NATURE
Le bâillement contagieux existe chez le poisson-zèbre.
Pourquoi bâiller est-il jugé impoli ? « C’est très culturel, dans certains pays, ce n’est pas impoli. Il semble que ce soit lié à la peur des microbes, dit M. Gallup. C’est pour cette raison que bâiller sans mettre sa main devant sa bouche est souvent considéré comme très impoli. Des études ont montré que les gens sont plus intolérants des bâillements quand on leur a préalablement montré une vidéo portant sur la transmission des pathogènes. »
L’idée qu’une personne qui bâille pendant qu’une autre parle ne s’intéresse pas à ce qu’elle dit contredit d’ailleurs la science, selon M. Gallup. « A priori, on bâille pour rétablir notre capacité d’attention, donc pour mieux entendre ce que l’autre dit. »
Regardez un lion bâiller en Afrique du Sud Vous avez une question scientifique ? Écrivez-nous
En savoir plus
-
- 25
- Nombre de bâillements par jour d’un fœtus humain
Source : Clinique de Cleveland
- 9
- Nombre de bâillements moyen par jour d’un adulte
Source : Clinique de Cleveland
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.