Turquie: les fonds d’investissement face à une crise majeure

En Turquie, plusieurs fonds d’investissement qui avaient attiré des centaines de milliers d’épargnants se retrouvent aujourd’hui incapables de répondre à leurs demandes de retrait. Les autorités ont ordonné la liquidation de 131 fonds pour tenter d’éviter une nouvelle déstabilisation de la Bourse d’Istanbul.
Pour comprendre cette crise, il faut rappeler que la Turquie vit depuis plusieurs années avec une inflation très élevée. Plutôt que de laisser leur épargne sur des comptes bancaires offrant des rendements relativement faibles, de nombreux Turcs ont donc préféré se tourner vers la Bourse et les fonds d’investissement. Concrètement, au lieu d’investir seul son argent en Bourse, l'épargnant confie son capital à une société de gestion. Celle-ci rassemble l’argent de milliers d’investisseurs et l’utilise pour acheter différents actifs, comme des actions ou des obligations. L’idée est donc de mutualiser l’épargne et de laisser des professionnels gérer les investissements, avec l’objectif d’obtenir des retombées intéressantes pour les épargnants. Et si de nombreux Turcs ont fait ce choix, c’est notamment parce que les rendements affichés par certains fonds étaient particulièrement alléchants. Le rendement de l’un d’entre eux aurait ainsi dépassé 66 000% en trois ans. Des performances spectaculaires qui ont évidemment attiré énormément d’argent.
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Des rendements spectaculaires qui ont fini par inquiéter
Le problème est que certains de ces fonds avaient investi dans de petites entreprises dont très peu d’actions étaient disponibles sur le marché. Comme ces titres étaient rares, le moindre achat pouvait faire grimper leurs prix de manière spectaculaire et, mécaniquement, augmenter la valeur du fonds. Cette situation pouvait alimenter une dynamique de hausse particulièrement fragile. Mais cette mécanique fonctionne jusqu’au moment où les investisseurs veulent récupérer leur argent.
C’est précisément ce qui s’est produit ces dernières semaines. Les autorités turques ont commencé à durcir les règles concernant certains de ces investissements. Les épargnants se sont inquiétés et ils ont été de plus en plus nombreux à demander le remboursement de leur argent. Or, pour rembourser les investisseurs, les fonds doivent disposer de liquidités. Et pour récupérer cet argent, ils doivent notamment vendre les actions qu’ils détiennent. Le problème est que ces ventes font baisser la valeur des titres et donc celle des fonds. Cette baisse inquiète à son tour les épargnants, qui peuvent être tentés de demander leur remboursement. Les fonds doivent alors vendre davantage d’actifs, ce qui accentue encore la baisse : un mécanisme de spirale difficile à arrêter.
Cinq milliards de dollars retirés et 131 fonds liquidés
Entre la fin du mois d’août et la mi-septembre, près de cinq milliards de dollars ont ainsi été retirés des fonds d’investissement turcs. Certains gestionnaires se sont même retrouvés dans l’incapacité de rembourser leurs clients. Face à cette situation, les autorités ont ordonné la liquidation de 131 fonds, ce qui concerne plusieurs centaines de milliers d’épargnants. Pour ces investisseurs, une question reste désormais en suspens : récupéreront-ils la totalité de leur épargne, avec les gains espérés, ou seulement une partie de leur mise de départ ?
Au-delà des fonds eux-mêmes, le principal risque est désormais celui d’une crise de confiance qui pourrait s’étendre à l’ensemble de la Bourse turque. Pour tenter de contenir la situation, la banque centrale a apporté davantage de liquidités au système financier. Le fonds souverain turc a également acheté des actions de grandes entreprises afin de soutenir le marché et d’éviter une nouvelle dégringolade. L’objectif des autorités est désormais clair : restaurer la confiance dans les marchés financiers turcs.
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