Le Fantôme de l'Opéra : le film a-t-il réellement été tourné à l'Opéra de Paris ?

Avec "Le Fantôme de l'Opéra", Alexandre Castagnetti réalise la première adaptation française du classique littéraire Gaston Leroux avec Julien De Saint Jean et Deva Cassel. Rencontre avec le cinéaste pour parler de cette nouvelle superproduction.

Jamais Le Fantôme de l'Opéra n'avait été adapté au cinéma en France. Un comble pour une œuvre écrite par un Français, Gaston Leroux, il y a plus d'un siècle. Le réalisateur Alexandre Castagnetti est donc le premier à sauter le pas avec Julien De Saint Jean et Deva Cassel dans les rôles principaux.
Cette interprétation moderne du mythe fusionne plusieurs formes d'arts - le cinéma, la musique, la danse - pour mieux réinventer à sa manière une histoire racontée de nombreuses fois.
AlloCiné a rencontré le coscénariste et metteur en scène du film pour comprendre les défis qui se sont imposés à lui pendant la création de cette superproduction.
Comment expliquez-vous que ce roman culte français n’ait jamais été adapté en France ni tourné à l’Opéra Garnier avant votre film ?
Alexandre Castagnetti, coscénariste et réalisateur : Je ne comprends pas vraiment pourquoi cette histoire n’a pas davantage passionné les producteurs français. Je suis fils de chanteur lyrique. Je suis né en Italie et j’ai immigré avec mon père et toute ma famille pour l’opéra. J’ai donc grandi dans cet univers. Quand j’ai lu le roman au collège, je me suis dit qu’il fallait en faire un film.
À l’époque où j’ai commencé à travailler dans le cinéma, le public français était surtout habitué aux grandes comédies et aux films sur le quotidien ou les questions sociales. On avait un peu perdu la tradition des grandes histoires lyriques, qui font rêver. Elle est revenue après le Covid, et j’ai eu la chance de participer à ce mouvement en adaptant un grand classique.
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Entre Cyrano de Bergerac et La Reine Margot, le cinéma français savait pourtant y faire en termes de grosses productions.
C’était flamboyant, magnifique, épique. Cette tradition a un peu disparu, peut-être parce que ces films coûtaient cher et n’étaient pas forcément rentables. Mais on s’aperçoit que le public est là. Je pense que Jérôme Seydoux et Pathé ont donné l’impulsion en lançant de grands films coûteux, comme Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo. Il existe donc une économie possible pour ce type de cinéma. Et ça fait rêver : moi, je vais au cinéma pour rêver.
Saviez-vous dès le départ que vous pourriez tourner à l’Opéra Garnier ?
Ce n’était pas gagné, même si c’était l’objectif. Il y avait énormément de contraintes. Nous avons tourné de nuit, en nous glissant dans les interstices du planning, entre les travaux et les périodes où certains espaces étaient indisponibles. Au début, les équipes de l’Opéra étaient prudentes : elles avaient peur que nous abîmions quelque chose.
Tout est contrôlé, jusqu’au remplacement d’une ampoule, qui doit être effectué par un technicien de l’Opéra. Nous devions installer le matériel la nuit, tout remballer et laisser les lieux impeccables pour l’ouverture au public le matin. C’était très complexe, mais incroyable.
Il a fallu jongler entre ce que nous pouvions réellement filmer à l’Opéra et ce que nous devions reconstituer.
Tous les décors que l’on voit dans le film se trouvent-ils à l’Opéra ?
Non. La bibliothèque de l’historienne, par exemple, a été trouvée à proximité. La bibliothèque de l’Opéra est difficile à utiliser pour un tournage : certains espaces sont très étroits, tandis que d’autres sont remplis de livres et d’archives qu’on ne peut pas déplacer. Il a donc fallu trouver des solutions.
La façade de l’Opéra, actuellement en travaux, a dû être recréée en effets spéciaux.
La façade a été reconstruite à l’identique en 3D, car elle était alors cachée par une grande bâche publicitaire. La scène était également en réparation, comme cela arrive entre les saisons. Nous avons pu tourner dans la salle, mais nous avons dû recréer la scène. Il a fallu jongler entre ce que nous pouvions réellement filmer à l’Opéra et ce que nous devions reconstituer.
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Le film assume un côté très expressionniste, presque horrifique, qui évoque les films de monstres classiques, Suspiria ou encore le cinéma de Dario Argento. Était-ce une influence ?
Oui. Je voulais retrouver quelque chose du film d’époque, avec des éléments expressionnistes. J’aime quand le cinéma est un peu excessif, théâtral, proche du film d’horreur. C’est une tradition qui correspond bien au Fantôme de l’Opéra. Je suis italien, et le cinéma d’Argento m’intéresse aussi.
La musique joue un rôle très important dans le film. Comment avez-vous travaillé la bande originale avec Dan Levy ?
Pour moi, le cinéma et la musique sont indissociables, et une bande originale doit avoir une importance essentielle : c’est presque un personnage du film. Elle amplifie la fiction, les émotions et l’atmosphère. J’ai grandi avec un père chanteur d’opéra ; pour moi, le cinéma était le nouvel opéra. Je pensais à Sergio Leone, Steven Spielberg ou Hayao Miyazaki, dont les bandes originales sont magnifiques. La musique fait partie intégrante du film.
C’est une véritable convergence des arts, et c’est ce qui m’excite dans ce métier.
La longue séquence de ballet, presque muette et d’une dizaine de minutes, était prévue dès le scénario ?
Dès le premier coup de fil même ! Les producteurs m’ont demandé si je voulais adapter Le Fantôme de l’Opéra, et j’ai tout de suite dit que, si nous faisions le film, il fallait créer un ballet et une chorégraphie sur la musique. C’était donc prévu avant même l’écriture du scénario. J’ai écrit le livret comme si j’écrivais un opéra, puis nous avons travaillé avec Dan Levy, qui a composé une musique magnifique, faisant évoluer son langage entre le XIXe et le début du XXe siècle.
Avez-vous dû vous battre pour conserver cette séquence dans toute sa longueur ?
Il y a toujours une discussion parce que cela rallonge le film, qui dure environ 2 h 12. On m’a demandé de préparer d’éventuelles coupes au cas où la séquence semblerait trop longue. Mais les producteurs m’ont fait confiance. Toute l’équipe était particulièrement enthousiaste à l’idée de créer ce ballet : décors, costumes, lumière, maquillage, danse et musique se rejoignaient. C’est une véritable convergence des arts, et c’est ce qui m’excite dans ce métier. Même quand le budget a commencé à manquer, nous avons décidé de préserver cette séquence et de la réaliser dans un temps record.
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Combien de danseurs ont participé au ballet ?
Il y avait 25 danseurs, dont les étoiles Guillaume Diop et Dorothée Gilbert. La troupe a été constituée par Marion Motin, la chorégraphe du film, avec des danseurs venus d’horizons différents, notamment de l’Opéra et du hip-hop.
Pourquoi avoir choisi de ne pas défigurer physiquement le Fantôme dans cette version ?
Je ne voulais pas nécessairement traiter le thème “Je suis trop laid pour être aimé”, comme dans La Belle et la Bête. Je voulais plutôt parler du parcours d’un jeune artiste, des choix qu’il doit faire et des chemins qui peuvent le mener dans la mauvaise direction. La laideur du Fantôme est intérieure : il se déteste pour ce qu’il a fait afin de réussir, pour l’ambition qui l’a déformé. Et comme il s’agit d’un fantôme que seule elle voit, on peut même se demander si elle ne l’a pas inventé, ou s’il ne représente pas son propre monde intérieur.
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris, le 12 octobre 2026.
Le Fantôme de l'Opéra d'Alexandre Castagnetti, actuellement au cinéma
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