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Saturday, October 31, 2026

Il y a 4 000 ans, un choix étonnant a présidé à la construction des « pierres du Diable » : on comprend enfin lequel

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Une légende anglaise raconte qu'en des temps sombres et lointains, le Diable, furieux, aurait voulu détruire la ville de Boroughbridge. Pour y parvenir, il serait monté au sommet de How Hill, une colline surplombant la ville, et aurait alors lancé trois gigantesques flèches en pierre. Mais son tir aurait échoué : les pierres seraient tombées dans les champs, se plantant dans le sol. Ainsi seraient nées les Devil's Arrows, littéralement les « Flèches du Diable », que l'on peut aujourd'hui observer au niveau de l'entrée est de Boroughbridge, dans le North Yorkshire.

Des pierres plus impressionnantes qu’il n’y paraît

Bien moins connu que d'autres sites mégalithiques anglais, comme Stonehenge ou Avebury, le site de Devil's Arrows n'a pourtant rien à leur envier. Les trois pierres, qui composent cet alignement de quelque 174 mètres de long, mesurent en effet chacune environ 7 mètres de haut, ce qui en fait l'alignement de pierres dressées le plus haut de Grande-Bretagne, surpassant celui du célèbre Stonehenge.

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Alors certes, l'architecture actuelle du site est moins spectaculaire. Mais cela ne signifie pas que les Devil's Arrows soient moins intrigantes. Car derrière ces imposants monolithes de quelque 25 tonnes chacun se cache une histoire vieille de plusieurs millénaires, qu'une équipe de chercheurs vient en partie de dépoussiérer.

Les pierres de Devil's Arrows mesurent environ 7 mètres de haut. © Godfrey Bingley, Wikimedia Commons, domaine public

La porte d’entrée d’un paysage sacré

Probablement érigées à la fin du Néolithique, il y a environ 4 000 ans, les Devil's Arrows se trouvent à l'extrémité sud d'une vaste région rituelle, délimitée par les rivières Swale et Ure. Dans cette région ont en effet été retrouvés sept henges du Néolithique final, constituant le groupement le plus dense de Grande-Bretagne.

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Les pierres de Devil's Arrows auraient ainsi pu représenter une sorte de « porte d'entrée » méridionale vers ce paysage sacré. Mais l'histoire du site est encore plus intrigante.

Mais d’où viennent ces gigantesques blocs ?

Car ces pierres n'auraient pas été érigées à partir de blocs de roche trouvés sur place. Les roches qui les composent sont en effet de nature bien différente de celles du sous-sol. Elles sont constituées d'un grès grossier nommé Millstone Grit, formé il y a environ 320 millions d'années, alors que le substrat de Boroughbridge est constitué de grès bien plus jeune. Cette différence de nature entre les monolithes et le sous-sol local laisse donc penser qu'ils ont été transportés à partir d'une carrière. Or, les affleurements de Millstone Grit les plus proches se trouvent à environ cinq kilomètres. On pourrait donc s'attendre à ce que les bâtisseurs aient choisi cette source...

Que nenni. Pour connaître avec certitude la source des Devil's Arrows, une équipe de chercheurs a comparé la signature isotopique des minéraux les constituant avec celle d'affleurements de la région. Et là, surprise : les monolithes proviennent en réalité de Brimham Rocks, situé à 18 kilomètres plus à l'ouest... Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ?

Le mystérieux choix du site de Brimham Rocks

Le choix de Brimham Rocks reste actuellement un mystère, même si les auteurs de l'étude publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society A ont une hypothèse. Si Brimham Rocks peut avoir été choisi pour des raisons pratiques (existence de fractures naturelles facilitant l'extraction des blocs), le paysage spectaculaire de ce site pourrait aussi avoir revêtu une importance particulière. En d'autres termes, les bâtisseurs n'auraient pas simplement choisi une roche, ils auraient surtout choisi un lieu porteur d'une symbolique spécifique.

Reste à comprendre comment les bâtisseurs du Néolithique sont parvenus à transporter ces blocs de 25 tonnes sur 18 kilomètres. En parallèle de ce questionnement, l'étude apporte toutefois d'autres éléments qui permettent de mieux reconstruire l'histoire de ce site d'exception.

Les pierres de Devil's Arrows proviennent du site de Brimham Rocks, qui présente un étonnant paysage. © Penny Mayes, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Les sources historiques laissent penser que l’alignement comptait autrefois au moins cinq pierres, et non trois. L'une des deux pierres manquantes aurait été utilisée notamment pour la construction d'un pont durant le XVIIe siècle.

Quant à la seconde, elle aurait fini dans la « Battle Cross » d'Aldborough.

La Battle Cross d'Aldborough est composée de l'une des pierres de Devil's Arrows. © Mtaylor848, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

L'analyse minérale réalisée par les chercheurs vient aujourd'hui de confirmer cette hypothèse : cette croix chrétienne médiévale contient bien un fragment d'une ancienne Flèche du Diable. Drôle d'ironie...

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