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Sunday, October 18, 2026

Dans le calepin de l’éditeur adjoint | Les écrits restent, cette fois

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Insigne honneur, je présume. Je me suis fait interpeller par mon nom de famille à la radio, mercredi matin, à heure de grande écoute.

Publié à

L’animateur du 98,5, un certain Patrick Lagacé*, interviewait le patron des Éditions du Boréal, Renaud Roussel, à propos de l’affaire Orélien1.

À la fin de l’entretien, ce dernier a cité un de mes textes passés, en disant que lui non plus ne veut pas se transformer en « police de l’IA ».

Réponse de l’animateur : « Savez-vous c’est quoi la différence entre Cardinal pis vous ? Cardinal a dit que [Thélyson Orélien] n’écrirait plus pour La Presse. […] Quand les plagiats ont été avérés, c’était automatique, c’était fini. Vous, vous me dites que vous avez encore une relation avec l’auteur qui a fait du plagiat. »

« Pour ce qui est du livre, oui, il continue d’exister, a répondu l’éditeur. Je vous rappelle aussi que les textes d’Orélien sont toujours en ligne à La Presse. »

« Ben, vous savez quoi ? a rétorqué l’animateur en verve, je vais appeler le rédacteur en chef et je vais demander qu’il les enlève parce que c’est un peu honteux que ce gars-là ait fait ça. Je vais croire à une erreur. »

Loin de moi l’idée de vouloir me servir de cette tribune dans La Presse pour répondre à titre de rédacteur en chef de La Presse à… un journaliste de La Presse, mais vous avez été plusieurs à m’interpeller sur cette prétendue « erreur » à « enlever » rapidement.

J’éclaire donc ici la situation en vous répondant, à vous et à « Lagacé » : ce n’est pas une erreur, justement.

Plutôt un choix réfléchi, même s’il rompt avec la tradition.

Il y a précisément 11 textes de Thélyson Orélien dans nos archives web : une lettre ouverte qui avait été plagiée d’un texte philippin, et dix collaborations qu’on soupçonne d’avoir été écrites par l’intelligence artificielle.

Que faire avec ces textes devenus sulfureux depuis le déclenchement de cette énorme histoire ?

À La Presse, dans le passé, on a effacé du site les textes qui s’étaient révélés plagiés. Ce n’est pas arrivé souvent, mais oui, c’est déjà arrivé.

Puisque nous avons rompu avec M. Orélien dès que le plagiat a été confirmé, on aurait donc pu éliminer le texte de 2013 une fois la faute confirmée.

Mais après réflexion, on a choisi de le maintenir sur notre site web, de même que les autres textes. Car la tradition avait sa logique, du temps où le lecteur devait nous croire sur parole et où effacer valait correction, mais c’est moins le cas aujourd’hui. Voici pourquoi.

Publié il y a 13 ans, le texte qui a été repiqué du quotidien de Manille The Philippine Star, se trouve ici2.

Il est maintenant coiffé d’une notice qui précise que « depuis la publication de ce texte, nous avons appris que son auteur avait commis un plagiat ».

Le lecteur peut donc en prendre connaissance, mais seulement après avoir vu l’avertissement, qui renvoie à notre enquête intitulée « Thélyson Orélien rattrapé par un passé de plagiaire3 ».

Aujourd’hui plus qu’avant, les lecteurs veulent des preuves. Leur dire que ce texte a été copié d’un texte en anglais est une chose, laisser les deux textes en ligne pour qu’ils puissent eux-mêmes comparer en est une autre.

Dans une affaire aussi médiatisée, qui est toujours en développement et qui compte encore bien des zones d’ombre, il nous semblait judicieux de laisser le texte plagié sur le site, comme une pièce à conviction, pour que chacun puisse tirer ses conclusions.

Ce texte est aussi la trace d’un ratage de chez nous, puisque La Presse l’a publié à l’époque. Dont acte.

Il en va également ainsi du sort des dix autres textes4, même si la faute alléguée, dans leur cas, est moins grave, et surtout, moins irréfutable.

Ces collaborations publiées ces deux dernières années ont été signalées par le logiciel Pangram comme ayant pu être écrites avec l’aide de l’intelligence artificielle, alors qu’il est interdit pour nos collaborateurs de laisser la machine rédiger leurs textes à leur place.

Mais voilà : M. Orélien nie la chose, comme il nie avoir eu recours à un robot pour rédiger son roman. Samedi, nous avons toutefois appris de son éditeur que M. Orélien avait renoncé à documenter les origines de son roman, ce qu’il s’était pourtant engagé à faire5.

Sachant que Pangram calcule une probabilité, sans être une preuve, il est difficile d’effacer les textes en question. Surtout dans un contexte où l’affaire a eu un retentissement énorme, en France comme ici.

Et donc, nous avons ici décidé de coiffer ses textes d’un avertissement pour que les lecteurs qui voudront se faire une idée puissent le faire à leur tour.

Le doute subsiste… les preuves aussi.

Ce que cette affaire nous a fait réaliser, c’est que face à une page web qui ne montre plus le texte en cause, le média ne montre plus rien, et le lecteur repart avec ses questions, et ses doutes s’il en a.

Et donc la véritable question me semble être celle-ci : à qui profiterait vraiment la page vide ?

* C’est un clin d’œil, bien sûr. Patrick est chroniqueur à La Presse depuis plus de 20 ans. Il signe d’ailleurs plusieurs textes par semaine, tout en étant animateur de l’émission Lagacé le matin sur les ondes du 98,5 FM.

1. Visionnez l’entrevue de Patrick Lagacé avec Renaud Roussel 2. Lisez le texte « Ne mettons pas nos héros sur un piédestal » 3. Lisez l’article « Thélyson Orélien rattrapé par un passé de plagiaire » 4. Consultez la fiche auteur de Thélyson Orélien 5. Lisez l’article « Utilisation alléguée de l’IA : Thélyson Orélien renonce à documenter les origines de son roman »

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