La chute des marchés boursiers, signe précurseur d’une bulle IA?
La dégringolade des titres boursiers liés à l’intelligence artificielle (IA) qui a secoué les marchés mondiaux jeudi est-elle un signe précurseur qu’une bulle de l’IA est bel et bien présente et qu’elle est sur le point d’éclater ? Ou bien s’agit-il simplement d’un réajustement des marchés comme il en existe tant ? Le Devoir décortique la question avec deux experts.
Savoir si nous sommes en train de vivre une bulle de l’IA, « c’est la question qui tue », souligne d’emblée Pierre-Benoît Gauthier, vice-président à la stratégie de placement chez IG Gestion de patrimoine. Certains éléments de l’engouement lié à l’IA et à son développement peuvent certainement évoquer la présence d’une bulle, mentionne-t-il, mais d’autres laissent croire que le comportement du marché est trop loin de la définition.
« Si c’est une bulle, on pourrait la qualifier de la bulle la plus ennuyeuse de l’histoire des bulles », mentionne M. Gauthier en citant que plusieurs d’investisseurs ont peur de l’IA ou veulent se retirer de ce marché. Lors des bulles qui ont marqué les dernières années, l’achat massif de titres et de la valorisation déconnectée des fondamentaux étaient plutôt monnaie courante.
« Je ne sais pas si on est dans une bulle, mais si on l’est, elle me semble être au début ou au milieu de sa vie et non à la fin à cause de cette notion de risque qu’on entend », résume-t-il.
Sébastien McMahon, économiste en chef d’IA groupe financier, est pour sa part plus catégorique : « Ce n’est pas une bulle. »
« Une bulle, on a vécu ça dans les années 90 quand on avait les “points com” qui arrivaient au marché avec une valorisation hyperélevée basée sur à peu près rien, affirme-t-il. Là [avec l’IA], on a un thème économique qui est très important, mais les valorisations ne sont pas si élevées que ça. »
Mais attention, même en l’absence d’une bulle, « ça ne veut pas dire que le marché ne peut pas baisser », soutient-il.
L’impact de la vague bleue
Pour les deux experts, la chute de jeudi n’est donc pas un signe précurseur d’une bulle qui est sur le point d’éclater, mais bien une réaction « en accéléré » des marchés aux élections de mi-mandat aux États-Unis. La vague bleue démocrate qui s’est déferlée sur le Congrès pourrait en effet mettre un frein sur la construction de centres de données chez nos voisins du sud, des infrastructures nécessaires pour l’utilisation et le développement de l’IA.
Ce ralentissement ne signifie pas pour autant la fin de la « machine IA » menée par les géants de la technologie, disent également les deux économistes.
Les entreprises qui investissent dans cette nouvelle technologie « sont un petit peu prises à continuer parce que c’est une guerre très compétitive et ceux qui vont prendre du retard risquent d’être éventuellement punis ». « Donc, le désir d’investir et le désir de continuer à dépenser sont encore très forts. »
« Il faut s’attendre à voir des mises à jour comme ça, des mises au point », note pour sa part Sébastien McMahon en nommant que la réalité même de l’IA amène des risques technologiques ou réglementaires auquel les marchés réagissent comme ils le font toujours : sans vraiment regarder en arrière.
« Il n’y a rien qui dit encore que les centres de données qui ont été construits sont optimisés pour la technologie qui va vraiment dominer dans dix ans, disons », donne-t-il en exemple.
Prédire l’avenir des marchés boursiers est aussi une tâche pratiquement impossible, mentionne M. McMahon. « Ça prend un mois ou deux pour voir si l’information est bien intégrée dans le marché, résume-t-il. Là, avec du recul, on va savoir s’il y avait vraiment un changement de paradigme ou si ça a juste été une peur ce qu’on a vécu hier [jeudi]. »
Une « bulle de profits » ?
« S’il y a une bulle, ce ne serait pas une bulle de prix, mais bien une bulle de profits », estime d’ailleurs Pierre-Benoît Gauthier.
« Ce que je veux dire par là, c’est que les profits ont tellement augmenté dans la dernière année que les investisseurs se demandent : “Est-ce que c’est même soutenable une pareille augmentation ?” »
Dans ce cas-ci, la bulle pourrait éclater si les attentes élevées en matière de croissance des profits ne se réalisent pas, ce qui peut décevoir des investisseurs. « C’est la notion que les gens voient les dépenses et se disent : “c’est beaucoup trop.” Mais en parallèle à ça, ces dépenses-là deviennent des revenus d’autres compagnies qui, elles, deviennent très, profitables. C’est pour ça que ça a un impact majeur dans l’économie », détaille M. Gauthier.
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