Un musicien autochtone dénonce la violence de son arrestation par la GRC

Le musicien country cri Jarrid Poitras affirme avoir subi une luxation à l'épaule et de multiples blessures aux mains d'un agent de la GRC lors d'un contrôle routier survenu dans la nuit du 10 octobre près de Prince Albert, en Saskatchewan.
L'artiste, membre de la Nation crie de Saddle Lake en Alberta et résidant à Shellbrook, a transmis à CBC News un enregistrement vidéo de 28 secondes capté par son épouse Marcella durant l'intervention, sur la route 55.
On y aperçoit un policier lui tordre violemment le bras gauche vers la nuque tout en le menottant contre son véhicule, alors que le conducteur crie de douleur.
Tout repose sur la mémoire musculaire. Pour ce qui est de jouer de la guitare, je ne sais pas si j'en serai encore capable
, s'inquiète M. Poitras, qui indique devoir suspendre indéfiniment sa carrière de guitariste en raison de la rééducation nécessaire.
Je peux encore chanter, Dieu merci. Mais pour ce qui est de la guitare, ça va devoir être mis sur pause pendant longtemps.
Les blessures physiques finissent par guérir. Mais c'est mon esprit qui prend un peu plus de temps à s'en remettre. L'angoisse de croiser la police est toujours là... Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça? Mon moral est brisé en ce moment.
L'incident a débuté vers 23 h 30 alors que le couple rentrait d'un match de hockey. Remarquant un véhicule utilitaire sport (VUS) banalisé qui faisait demi-tour derrière eux avec des gyrophares allumés, le conducteur a d'abord hésité à s'arrêter sur ce tronçon isolé et a poursuivi sa route pour obtenir du signal cellulaire afin de vérifier l'authenticité de l'autopatrouille.
Il n'a donné aucune consigne légale ni explication, en plus d'utiliser des vulgarités et des ordres agressifs plutôt que de favoriser la désescalade
, déplore son épouse, Marcella Poitras, directrice de la justice au sein de la Première Nation de Big River. Il n'y a plus de confiance envers la police, parce que les nôtres ne se sentent pas en sécurité. Pourtant, c'est vers elle qu'on est censés se tourner quand on est en danger.
Selon M. Poitras, l'agent aurait ouvert la portière et tenté de l'extirper de force de l'habitacle alors qu'il avait toujours sa ceinture de sécurité attachée.
Le musicien soutient avoir également été étranglé, puis avoir reçu des coups de pied aux jambes alors qu'il était menotté sur la banquette arrière de l'autopatrouille.
Conduit à l'hôpital pour faire replacer son épaule démise, il fait face à des accusations d'entrave à la justice, de fuite devant un policier et de résistance lors de son arrestation, en plus d'une contravention pour conduite avec un permis suspendu.

Jarrid Poitras témoigne des blessures qu'il a subies lors d'une interception routière de la GRC.
Photo : Radio-Canada / Jeremy Warren
Enquête interne de la GRC
Devant de récents cas très médiatisés d'Autochtones blessés par des policiers lors d'arrestations dans la province, M. Poitras a choisi de dénoncer publiquement le traitement qu'il a subi.
Ça arrive à beaucoup de personnes de ma communauté. Pourquoi? Pourquoi faut-il en arriver là, alors qu'on constate tous ces abus à la grandeur de la province?
Dans une déclaration écrite, la GRC a confirmé l'arrestation, affirmant que le conducteur avait redémarré à plusieurs reprises avant de s'immobiliser et qu'il avait refusé d'obtempérer aux ordres de l'agent, contraignant ce dernier à l'extraire de force.
La haute direction de la GRC en Saskatchewan procède actuellement à une révision interne de l'intervention et de l'ensemble des enregistrements vidéo disponibles.
L'affaire a été soumise à l'Équipe d'intervention en cas d'incident grave de la Saskatchewan (SIRT), le bureau d'enquête indépendant civil chargé de faire la lumière sur les blessures graves ou les décès impliquant les forces policières.
L'organisme de surveillance a toutefois décliné d'enquêter, concluant que les lésions subies n'atteignaient pas le seuil légal de blessure grave
.
Une plainte a également été déposée auprès de la Commission des plaintes du public de la Saskatchewan.
Un acte gratuit
, selon un juriste
Professeur adjoint en droit pénal et constitutionnel à l'Université de la Saskatchewan, Colten Fehr estime que la séquence vidéo soulève de sérieuses questions déontologiques.
Lorsqu'un individu a les mains en l'air et semble obtempérer, lui tordre le bras presque parallèlement aux épaules s'apparente à un acte de violence gratuite
, avance l'expert juridique, rappelant que l'usage de la force doit être justifié par une menace imminente pour la sécurité du policier.
M. Poitras, qui doit comparaître devant la cour provinciale en décembre, a indiqué qu'il plaiderait non coupable.
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