Le gouvernement Carney a cessé de lutter contre la pire énergie fossile au monde
Le gouvernement de Mark Carney a abandonné son engagement à cesser d’exporter du charbon thermique d’ici la fin de la décennie, conclut un rapport de la vérificatrice générale déposé jeudi. Il s’agit de la pire énergie fossile, responsable à elle seule de plus de 40 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre liées aux énergies qui alimentent le naufrage du climat planétaire. Le Canada joue même un rôle important dans les exportations du charbon exploité aux États-Unis.
Quel était l’engagement du Canada ?
Dans sa plateforme électorale de 2021, le Parti libéral du Canada dirigé par Justin Trudeau avait promis de « mettre fin aux exportations de charbon thermique du Canada et par l’intermédiaire du Canada, et ce, au plus tard en 2030 ».
Les libéraux soulignaient du même souffle l’urgence d’agir. « La science a prouvé que le retrait progressif du charbon du secteur de l’électricité est la mesure climatique la plus importante que tout pays puisse mettre en œuvre, ce qui rime aussi avec de l’air plus propre et plus sain pour tous. »
Que constate aujourd’hui la vérificatrice générale ?
Bien qu’Environnement Canada ait travaillé pendant trois ans pour trouver un moyen de mettre en œuvre cette interdiction, ces travaux ont été complètement interrompus en novembre 2024 à la suite de pressions exercées par l’industrie du charbon.
Le rapport indique que « le ministère n’a produit aucune preuve de directive officielle de cesser ses travaux liés à l’interdiction en 2024 ». La décision d’interrompre ces travaux n’a été officialisée qu’en août 2025, alors que le gouvernement fédéral cherchait à mettre en place des mesures d’économies.
« Cependant, nous avons également constaté qu’il n’existe aucun document clair montrant que le ministère avait fourni à la ministre une évaluation des répercussions de la cessation de tous les travaux liés à l’interdiction des exportations », précise le rapport. « Bien que cet engagement ait été annoncé à l’échelle internationale et mentionné dans plusieurs stratégies fédérales, les travaux liés à l’interdiction ont cessé sans aucune annonce publique. »
« L’abandon de l’engagement international à ne plus exporter de charbon thermique est un nouveau symbole de la trahison climatique du gouvernement Carney. Rappelons que Stephen Harper promettait en 2008 de sortir le Canada du charbon. Mark Carney brise maintenant cette promesse, alors qu’une nouvelle mine de charbon a été approuvée cet été en Alberta », a déploré jeudi le porte-parole du Bloc Québécois en matière d’Environnement et de Lutte aux changements climatiques, Patrick Bonin.
Le Canada exporte-t-il du charbon exploité aux États-Unis ?
En 2025, environ 61 % du charbon thermique expédié depuis le Canada provenait des États Unis. Cela représente 10 millions de tonnes, sur un total de 16,6 millions de tonnes exportées par le Canada. Toutes ces exportations se font par navires à partir de la Colombie-Britannique. Qui plus est, le rapport publié jeudi démontre que « les exportations de charbon thermique extrait au Canada et provenant des États‑Unis ont augmenté au cours des dix dernières années », alors que la crise climatique mondiale s’aggrave.
« Les exportations de charbon thermique expédié depuis le Canada ont entraîné des émissions nocives de gaz à effet de serre à l’étranger au moment où le Canada s’efforçait de réduire les émissions sur son territoire », souligne d’ailleurs le rapport de la vérificatrice générale.
Quel est le rôle du charbon dans la crise climatique ?
Globalement, le charbon est responsable d’environ de 40 % de la croissance des émissions de CO2 du secteur de l’énergie, avec un niveau historique de 15,3 milliards de tonnes de CO2 émises en 2021 (contre 9,2 milliards de tonnes en 2001). Le gaz naturel a aussi dépassé le niveau d’émissions de 2019, avec un total de 7,5 milliards de tonnes.
Pour espérer atteindre cette cible et ainsi limiter le réchauffement planétaire à un seuil viable, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) évalue qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de 45 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2010, mais aussi ramener les émissions à zéro d’ici 2050.
En plus d’alimenter de leurs impacts dérèglements du climat de la planète, les polluants atmosphériques émis par les centrales thermiques au charbon « peuvent entraîner des maladies respiratoires et cardiovasculaires, des cancers du poumon, des diabètes, des troubles neurologiques et des grossesses non désirées », selon les Nations unies. Ce seul combustible fossile est lié à des dizaines de milliers de morts par année dans le monde.
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