La CAQ rayée de la carte
Les Québécois ont massivement tourné le dos à la Coalition avenir Québec (CAQ), qui a été rayée de la carte électorale lundi soir.
Battue dans Trois-Rivières, la cheffe et première ministre sortante, Christine Fréchette, a concédé la victoire au Parti québécois, donné gagnant moins d’une heure après la fermeture des bureaux de vote.
Au moment où ces lignes étaient écrites, aucun député caquiste n’avait encore réussi à obtenir une victoire. La formation politique, formée en 2011 par l’homme d’affaires Charles Sirois et François Legault, n’aura plus un seul représentant à l’Assemblée nationale.
« La défaite, elle est la mienne. Elle n’est pas la vôtre. Alors gardez la tête haute », a déclaré Mme Fréchette aux quelques dizaines de caquistes réunis dans un hôtel de Trois-Rivières. Certains d’entre eux étaient en pleurs, mais d’autres, comme leur cheffe, avaient les yeux secs, résignés qu’ils étaient face au résultat que leur prédisaient les sondages.
La cheffe de la CAQ a dit avoir appelé son collègue du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, pour le féliciter de sa victoire. « Je veillerai avec lui à une transition ordonnée, complète et respectueuse », a-t-elle assuré.
Au fil de la soirée et chacun après les autres, les ténors caquistes ont été déclarés perdants dans leurs circonscriptions.
Dans Lévis, le ministre sortant de l’Économie, Bernard Drainville, a été devancé non seulement par son adversaire conservatrice, Karine Laflamme, mais aussi par son adversaire péquiste, Yanick Godbout. Son collègue à la Justice, Simon Jolin-Barrette a perdu son pari dans Borduas contre le péquiste Cédric Gagnon-Ducharme. Le ministre sortant des Finances, Eric Girard, a mordu la poussière dans Groulx, où les électeurs lui ont préféré la péquiste Marie-Claude Sarrazin, ex-procureure de la commission Gallant sur le fiasco SAAQclic.
France-Élaine Duranceau, présidente sortante du Conseil du trésor, a quant à elle terminé deuxième dans Bertrand, derrière le péquiste Alexandre Girard-Duchaine. Sonia Bélanger, en poste à la Santé, s’est inclinée face à sa rivale péquiste dans Prévost, Anne Nguyen. La ministre sortante de l’Enseignement supérieur, Martine Biron, a dû concéder la victoire au conservateur Dominique Dumas, qui a fait les manchettes pour ses déclarations controversées.
Kateri Champagne Jourdain, ministre sortante des Ressources naturelles et des Forêts, a elle aussi perdu, face à Meggie Richard du PQ. Idem pour le ministre sortant de l’Emploi, Jean-François Simard, devancé dans Montmorency par la conservatrice Marie-Josée Hélie et la péquiste Nathalie Gagnon.
Une campagne difficile
La campagne électorale a été éprouvante pour les troupes de Christine Fréchette. Au tout début de la campagne électorale, la cheffe avait identifié le président américain, Donald Trump, et le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, comme ses grands adversaires.
L’appui populaire pour la CAQ a plongé au fil des semaines. La formation a perdu 10 points de pourcentage en un mois, passant de 24 % à 14 % entre le 31 août et le 3 octobre, selon Léger.
Sur la défensive lors des débats, la cheffe de la CAQ a souvent dû défendre le bilan de son prédécesseur, François Legault. Elle a aussi refusé de dire si elle se rangerait dans le camp du Oui ou du Non si un troisième référendum sur l’avenir du Québec devait avoir lieu. C’est finalement sur le plateau de Tout le monde en parle qu’elle a fourni la réponse, négative.
Les équipes caquistes se sont aussi empêtrées dans une histoire concernant un prétendu risque d’ingérence américaine dans la campagne québécoise. Après avoir sonné l’alarme à ce sujet, Mme Fréchette a dû minimiser les craintes qu’elle avait elle-même exprimées quelques heures plus tôt. Elle a ensuite dû reconnaître que sa propre équipe était à l’origine des fuites médiatiques dans cette affaire.
Au moment de dresser le bilan de sa campagne, Mme Fréchette s’était dite « impatiente » de connaître le verdict des Québécois, mais aussi « inquiète » pour l’avenir de la troisième voie. « La troisième voie, c’est un héritage capital crucial », avait-elle plaidé. « Ça m’inquiète de voir qu’on pourrait revenir à cette situation-là, où on est pris dans ce carcan-là », avait-elle aussi affirmé au sujet du retour du débat entre souverainistes et fédéralistes. Au tableau des erreurs, elle a nommé le fait de ne pas avoir parlé plus tôt des répercussions immédiates de la promesse référendaire du PQ.
Christine Fréchette a été choisie comme première ministre désignée du Québec le 12 avril, après avoir remporté la course à la succession de François Legault au détriment de Bernard Drainville. Au moment de passer le flambeau, son prédécesseur s’était dit « rassuré » de laisser sa formation politique — son « bébé » — entre les mains de celle qu’il avait décrite comme une « première de classe ».
Élue pour la première fois en octobre 2022, Mme Fréchette a d’abord été ministre de l’Immigration, pour ensuite devenir « superministre » de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie en septembre 2025.
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