Face au durcissement des politiques migratoires, la solidarité est-elle devenue un crime ?

Face à ces attaques, il est essentiel de s’attaquer au cadre normatif qui entoure la solidarité. Sophie Djigo avance que le concept est aujourd’hui "utilisé un peu à tort et à travers par absolument n’importe qui, jusqu’à ce que son sens en soit complètement perverti et même inversé". Il est notamment récupéré par l’extrême droite pour légitimer des politiques d’appartenance raciale ou ethnique au nom de la fraternité : "Les gens qui utilisent à mauvais escient ce terme de solidarité le font précisément à dessein pour en tirer le bénéfice moral qui est traditionnellement associé à ce terme de solidarité, qui encore une fois est très positif".
Elle illustre cette tendance au travers de son propre cas. La philosophe avait fait l’objet d’attaques après avoir organisé, avec ses étudiants, une enquête de terrain auprès des bénévoles de l’Auberge des migrants à Calais. Elle avait alors attaqué en diffamation Éric Zemmour et des représentants du Rassemblement national. "L’un des responsables politiques du RN expliquait que faire une collecte de vêtements dans le cadre d’un projet d’éducation à la citoyenneté, ça ne poserait pas problème pour des Ukrainiens par exemple ou pour les SDF bien français, […], mais que le faire à l’adresse de personnes racisées, ce n’est pas ça qui a été dit, mais c’est ce que ça voulait dire, des migrants de Calais, ça devenait, je les cite, "clivant"", dénonce-t-elle.
Pour elle, il faut alors faire vivre les outils juridiques existants afin d'éviter une décision politique sur ce principe de solidarité sur lequel le citoyen peut agir, faisant du concept, un outil sélectif d’exclusion.
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette discussion dans le podcast des Couleurs de l’Info.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.