Le Sénat veut rendre l’autoradio obligatoire : qu’est-ce qui va changer pour votre voiture ?

Le Sénat a adopté en première lecture une proposition de loi qui obligerait les constructeurs à équiper leurs véhicules neufs d’un récepteur FM et DAB+. Le texte, qui doit encore passer devant l’Assemblée nationale, vise aussi les postes de radio vendus en magasin et les messages de prévention dans les publicités.
Rien n’oblige aujourd’hui un constructeur à installer un autoradio dans une voiture neuve vendue en France. Une directive européenne de 2018 sur les communications électroniques, transposée en 2021, impose seulement que l’autoradio, s’il y en a un, capte le DAB+, la radio numérique terrestre. Une voiture peut donc se contenter d’un système multimédia connecté, et l’écoute de la radio dépend alors entièrement d’une connexion internet. Les sénateurs veulent combler ce vide et ont adopté en première lecture, mardi 13 octobre, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio, portée par le sénateur centriste Laurent Lafon et soutenue par le gouvernement.
Le texte répond à un appel lancé fin septembre par Radio France, l’Alliance de la radio, qui réunit les radios privées, et les radios associatives. « Plusieurs constructeurs commercialisent aujourd’hui des véhicules dépourvus de récepteur FM et DAB+, ou proposent la radio en option payante », déploraient-elles dans un communiqué commun. L’enjeu est de taille pour le secteur : d’après le rapport du Sénat, 35 % de l’écoute de la radio se fait en voiture, alors que l’audience a reculé de 18 % entre 2015 et 2025.
FM et DAB+, des voitures sans permis aux poids lourds
Concrètement, le texte imposerait la présence d’un récepteur compatible à la fois FM et DAB+ dans les véhicules neufs de transport de personnes, quadricycles à moteur compris, la catégorie dont font partie les voitures sans permis. En commission, les sénateurs ont étendu l’obligation aux véhicules de transport de marchandises, ce qui comprend les utilitaires et les poids lourds, au nom de la sécurité publique. En cas de catastrophe, la diffusion hertzienne apparaît comme un moyen fiable de recevoir les messages d’alerte quand les réseaux mobiles sont saturés ou détruits. Les radios citent la panne géante qui a privé l’Espagne d’électricité en avril 2025, lorsque la plupart des antennes relais mobiles avaient cessé d’émettre au bout d’une vingtaine de minutes, tandis que la diffusion hertzienne continuait. Elle reste toutefois tributaire du bon fonctionnement de ses propres émetteurs. La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a soutenu l’initiative, en soulignant l’utilité de la radio « en temps de crise ».
Pour les constructeurs, l’obligation n’impliquerait pas forcément le retour d’un poste à l’ancienne, avec ses boutons. Un récepteur peut être intégré au système multimédia, et les stations choisies depuis l’écran central.
Les postes de radio sans DAB+, c’est bientôt fini
La deuxième mesure concerne directement les acheteurs. Tous les équipements radio vendus en France devraient devenir compatibles avec le DAB+ et les fabricants auraient deux ans après la promulgation de la loi pour s’y conforme. L’obligation s’étendrait un an plus tard à tous les appareils vendus aux consommateurs. Aujourd’hui, les postes d’entrée de gamme dépourvus d’« écran alphanumérique » y échappent. « Des postes d’entrée de gamme incompatibles continuent en effet d’être vendus, retardant le renouvellement du parc », a justifié Laurent Lafon.
Le réseau, lui, est déjà largement en place. Fin mars 2026, le DAB+ couvrait les deux tiers de la population de l’Hexagone en intérieur, 80 % en mobilité et 90 % du réseau autoroutier. Toutefois, seuls 35,3 % des Français de 13 ans et plus possédaient un récepteur compatible en 2025.
Moins de « Mangez cinq fruits et légumes par jour » à l’antenne
Plus discuté, l’article 1er s’attaque aux mentions obligatoires dans les publicités radio, jugées trop longues et peu efficaces. Les stations pourraient en remplacer certaines par des campagnes d’intérêt général ou des programmes d’information sur les mêmes thèmes, sous le contrôle de l’Arcom. Un bol d’air pour les radios privées, dont la publicité constitue l’unique source de financement.
Le texte doit désormais être examiné par l’Assemblée nationale et le droit européen pourrait avoir son mot à dire. En effet, le rapporteur appelle le gouvernement à défendre l’obligation d’autoradio dans les négociations sur le Digital Networks Act, le futur règlement européen sur les réseaux de télécommunications. Les radios y réclament d’ailleurs plus qu’un simple récepteur, à savoir une place « de premier plan » sur le tableau de bord, avec un accès physique direct ou dès la première page de la console multimédia.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.