Prix de l'abonnement LeTec, minerval et précarité étudiante : que disent les chiffres des revendications des élèves ?

Le prix du minerval : 6 étudiants sur 10 devraient payer le prix plein
"Le minerval passe de 835 euros à l’université à 1200 euros. Pour les Hautes écoles, on passe de 200 ou 400 euros à 1200 euros. Cela bloque énormément l’accès à l’éducation", explique une étudiante du supérieur qui prend la parole devant l’Université de Mons à notre micro. Si cette revendication est portée par leurs aînés, les élèves du secondaire y pensent déjà.
Manifestations étudiantes en ce début du mois d'octobre 2026. © RTBF
Depuis cette rentrée 2026-2027, le prix de l’inscription dans un établissement d'études supérieures, que ce soit une université, une haute école ou une école d’art, est en effet passé à 1194 euros. Néanmoins, tous les étudiants ne payent pas ce montant.
Il y a un an, la ministre de l’Enseignement supérieur, Elisabeth Degryse (Les Engagés), a évalué que 58% des étudiants payeraient ce prix plein.
Il existe en effet plusieurs paliers selon différents critères.
- Pour les étudiants boursiers : 0 euros
- Pour les étudiants de condition modeste : 374 euros
- Pour les étudiants de condition intermédiaire : 835 euros
- Pour les étudiants sans condition particulière : 1194 euros
Des montants qui sont indexés chaque année. Cela signifie qu’ils vont augmenter en même temps que le coût de la vie. Néanmoins, l'augmentation ne peut pas être supérieure à 3% par an.
Pour certains étudiants qui viennent d’un pays en dehors de l’Union européenne et dans certaines conditions particulières, le montant de l’inscription peut être beaucoup plus élevé. En plus de ce minerval, ils payent des droits d'inscription spécifiques (DIS) qui s'élèvent à 4175 €.
Qui a droit aux montants inférieurs à 1194 € ?
Le principal critère pour accéder aux prix réduits est celui du revenu du ménage dans lequel vit l’étudiant. Il peut donc s’agir du revenu de ses parents ou de son propre revenu s’il n’est déjà plus à leur charge. Par "revenu", la Fédération Wallonie Bruxelles entend le salaire brut mais mais pas seulement. Les allocations et les revenus venant de l’étranger sont aussi comptabilisés.
Concernant les revenus gagnés grâce à des jobs étudiants, ils ne sont pas pris en considération dans le plafond sauf si l’étudiant est à sa propre charge. Aucune réduction ne peut être appliquée si le parent est multipropriétaire et que les loyers mensuels rapportent plus que 1260 euros ou que la somme des revenus cadastraux dépassent 1260 euros.
À noter également que les frères et sœurs dans le supérieur comptent chacun pour deux personnes à charge.
Prenons l’exemple d’une famille avec un enfant unique qui vit encore chez ses parents. Il est donc à leur charge. Si le revenu des parents ne dépasse pas :
- 36.850,51 euros en 2024 ► le minerval est de 0 euros.
- 44.850 ,51 euros en 2024 ► le minerval est de 374 euros
- 53.850,51 euros en 2024 ► le minerval est de 835 euros
Pour les autres montants, voici le tableau de la circulaire reprenant toutes les conditions :
Il existe aussi un simulateur en ligne qui permet de calculer le montant en fonction des différents critères.
Tous les étudiants du supérieur ne payent donc pas 1194 euros en cette rentrée 2026-2027. La ministre de l'Enseignement supérieur, Elisabeth Degryse (Les Engagés), a annoncé, il y a un an, avoir calculé la répartition des paliers de la sorte:
- 22% des étudiants entraient dans les conditions pour payer 0€,
- 10% pour un minerval à 384 euros,
- 10% à 835 euros,
- et donc, 58% des étudiants n'entraient pas dans les conditions et payeraient le minerval à 1194 euros.
Cela signifierait qu'un peu moins de six étudiants sur dix payeraient le prix plein. Il n’est, à l'heure actuelle, pas encore possible de vérifier ces proportions car les inscriptions et demande de bourse peuvent se faire jusqu’au 31 octobre.
Est-ce beaucoup par rapport aux pays voisins ?
Interviewé sur La Première ce mercredi matin, Jean Hindriks, économiste à l'Economics School of Louvain, rappelait que cette hausse de prix "n’est rien d’autre qu’une indexation d’un minerval qui a été gelée pendant plus de 10 ans. À un moment donné, ça doit suivre le coût de la vie."
L’économiste met en perspective le coût de ce minerval avec celui d’une inscription dans nos pays voisins. "Les coûts (en Belgique) ne sont pas exorbitants", commente-t-il. "Comparez à ce que vous payez pour des études dans des pays voisins et vous serez surpris. Nous avons des études qui sont fortement subsidiées : à 90%. L’accès se fait sans sélection, sans test à l’entrée pour la plupart des filières. Donc, globalement, on n’est pas mauvais."
Un réseau européen nommé Eurycide a rassemblé le prix de l'inscription dans l'enseignement supérieur public de 37 pays qui participent à ce programme de l’Union européenne (les 27 États membres de l’UE, ainsi que l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, l’Islande, le Liechtenstein, la Macédoine, le Monténégro, la Norvège, la Serbie, la Suisse et la Turquie). La Belgique n'est en effet pas dans les pays où le minerval est le plus cher.
Le prix de l'abonnement LeTec
"LeTec 32x +, c’est terminus", peut-on lire sur une pancarte accrochée à la façade de l’Athénée Léonie de Waha à Liège. Le slogan fait référence au prix de l’abonnement des bus en Wallonie. Il a en effet été annoncé que les abonnements à 12 euros par an, c’était terminé et que, dès février 2027, il coûterait 384 euros pour les jeunes, soit une multiplication par 32 du prix. Mais en rentrant dans le détail, cela ne concerne pas directement les écoliers.
D’abord, qu’entend-on par "les jeunes"? Depuis 2022, il y a en réalité deux types de tarifs : ceux pour les 12-17 ans et ceux pour les 18-24 ans. C’est le résultat d’une mesure décidée en 2019, quand le gouvernement Di Rupo a pris ses fonctions en Wallonie. Il a promis la gratuité des transports en commun pour les jeunes jusqu’à 25 ans (p35 de la déclaration de Politique en Wallonie 2019-2024).
La mesure a été appliquée dès 2022 avec un tarif "quasi-gratuit" passant de 280 euros à 12 euros par an pour les 18-24 ans. Mais elle n’a jamais été appliquée pour les écoliers, à savoir les 12-17 ans, comme nous le révélions dans le Scan en fin de législature.
Les élèves du secondaire ont donc toujours continué à payer des abonnements annuels de 131 à 280 euros entre 2019 et 2026, et ils payeront de 150 à 324 euros à partir de février 2026. Des prix qui varient en fonction du type de ligne, express ou classiques. Il est donc faux de dire que les tarifs des 12-17 ans ont été multiplié par 32.
"x32" pour les 18-24 ans sur les lignes express
En revanche, celui des 18-24 ans a bel et bien augmenté puisque c’est la tranche d’âge qui payait 12 euros par an qu’importe le type de ligne. Ces tarifs sont passés :
- de 12 euros à 180 euros pour les lignes classiques (15 fois plus cher),
- de 12 euros à 384 euros pour les lignes express.
Le prix multiplié par 32 concerne donc uniquement les lignes express, celles qui relient les grandes villes, pour les 18-24 ans à partir de février 2027.
Ces lignes express sont loin d’être les plus utilisées sur le réseau LeTec : en 2025, 3% des tickets validés l’étaient sur les lignes express, selon les chiffres de LeTec. 3% de validation, cela représente tout de même 4,6 millions de trajets en 2025 sur un total de 150 millions sur tout le réseau LeTec.
De plus, ces lignes express ne sont pas les lignes les plus utilisées par les étudiants, fait savoir la société publique de transport. Ce sont en majorité des travailleurs qui montent dans ces autocars rapides circulant toute l’année, congés scolaires compris, explique LeTec. Ils complètent le réseau ferroviaire.
"La grande majorité de nos clients étudiants utilisent l’abonnement Classic à 180 euros/annuel. Avec la mensualisation, il reviendra dans la nouvelle grille à 15 euros par mois", précise Stéphane Thiery, Directeur du marketing et de la communication à LeTec.
Le ministre annonce finalement 180 euros au lieu de 384
Néanmoins, certains étudiants n’ont pas le choix de prendre ces lignes, comme l'a mis en avant le ministre wallon de la Mobilité, François Dequesnes (Les Engagés), ce lundi alors que les élèves manifestaient dans les rues. François Dequesnes demande ainsi à la direction de LeTec de revoir ce tarif des 18-24 ans sur les lignes express. "Pour éviter les distorsions entre ceux qui ont accès à des lignes ordinaires et ceux qui n'ont qu'une ligne express pour aller à l'école, je demande à la direction du réseau LeTec de proposer une adaptation du tarif des lignes express pour les jeunes. Il me semble raisonnable que le coût annuel de cet abonnement ne dépasse pas 180 euros."
La demande du ministre doit à présent être analysée par la direction de LeTec et son conseil d’administration selon une procédure décisionnelle bien précise.
Des étudiants plus précaires ?
Les étudiants sont-ils plus précaires qu’auparavant ? Pour les économistes interviewés sur La Première mercredi matin, le prix d’un logement pour un étudiant est central dans cette évaluation. "On résoudrait la crise du logement (en offrant) des logements suffisants, qui correspondent aux besoins, de qualité, à un prix accessible, et je pense qu’on résoudrait une partie importante des difficultés socio-économiques pour les jeunes ou pour les moins jeunes", commente Philippe Defeyt, économiste à l'Institut pour un développement durable.
Le logement occupe le poste de dépenses le plus important dans le budget des ménages belges. En 2024, un ménage belge consacre en moyenne un tiers de son budget au logement (loyer, eau, gaz, électricité), une proportion qui ne change pas depuis 2018.
Un kot : + 125 euros en 5 ans
Plus spécifiquement sur le prix d'un logement étudiant, à Bruxelles, le loyer médian est de 600 euros par mois, charges comprises, soit 125 euros (26 %) de plus qu'en 2019-2020, selon une enquête de perspective.brussels sur la vie étudiante dans la capitale en février 2025. 60% disent rencontrer des difficultés à trouver un kot, contre 37 % cinq ans plus tôt.
Une autre étude, réalisée par une société d'évaluation immobilière et la plateforme de logement étudiant KotKompass, a quant a elle relevé un prix de 695 euros pour un kot à Bruxelles en 2025-2026. Cette étude s’est aussi penchée sur la Wallonie : 535 euros pour un kot cette année-là. Ces estimations portent sur les dix plus grandes villes étudiantes du pays et ne sont donc pas une statistique officielle. En Wallonie, il n'y a pas de relevé public des loyers réellement payés par les étudiants.
Et à la sortie des études ? "Le coût du logement est très important pour les jeunes entre 25 et 29 ans", répond Philippe Defeyt. "La proportion (de jeunes) qui utilise plus de 40% de leurs revenus pour payer des loyers augmente de manière très significative au cours des dernières années." Selon les données d'Eurostat, cette proportion est en effet passée de 44,3% en 2019 à 52,2% en 2025 chez les jeunes qui vivent sous le seuil de pauvreté (seuil fixé à 60 % du revenu médian national par Eurostat).
Mais quand on prend les jeunes de 25 à 29 ans dans leur globalité et en moyenne, un peu moins d’un sur dix consacre plus de 40% de son revenu à son loyer. C’est à peu près la même chose qu’en 2019.
Davantage de jobistes et de RIS
Certains jeunes doivent combiner travail et études. Le nombre d’étudiants jobistes est en hausse ces dernières années, selon les données de l’Office national de la sécurité sociale, même si le job étudiant n’est plus le seul type de contrat pour évaluer cet indicateur (flexijobs, interim…). La Belgique compte ainsi 649.055 étudiants jobistes en 2025, soit 25% de plus en huit ans. Parmi eux, un sur trois travaille toute l'année.
Reste ceux qui n’ont pas d’autres choix que de demander un revenu d’intégration sociale au CPAS. Les moins de 25 ans sont deux fois plus nombreux qu’il y a une petite vingtaine d’années.
"On a d’autres indications", continue Philippe Defeyt à propos de la difficulté à se lancer dans la vie en tant que jeunes. "L’indication la plus forte, c’est la proportion de jeunes de 25 à 29 ans qui sont encore chez les parents. Aujourd’hui, on est quasiment à un tiers. Ceci traduit manifestement une difficulté de rentrer dans l’autonomie qui accompagne normalement l’entrée dans la vie active, le moment où on se prend totalement en charge. C’est pour moi un vrai sujet d’inquiétude."
Cette proportion de jeunes âgés entre 25 et 29 ans vivant encore chez leurs parents est en augmentation depuis le début des années 1990. À cette époque, moins d’un quart d’entre eux vivaient chez leurs parents.
L’âge auquel les jeunes quittent le foyer familial avance, un petit peu, lui aussi. Alors qu’en 2000, un jeune partait de chez ses parents en moyenne à 24 ans, c’est aujourd’hui deux ans plus tard, à 26 ans en moyenne.
Si cette donnée montre une difficulté à entrer dans la vie active, ce n’est pas pour autant que les jeunes sont plus précaires qu’auparavant en Belgique. C’est même plutôt l’inverse. "D’une manière générale, on ne voit pas des chiffres de précarité, de pauvreté exploser. Au contraire. Le pourcentage de jeunes pauvres diminue comme pour la totalité de la population mais moins vite", explique Philippe Defeyt.
À noter que comme toutes les moyennes, ces données globalisent les différents profils des jeunes qui composent notre société. "Il n’y a rien de comparable entre un jeune homme issu d’un milieu favorisé du Brabant wallon qui se rend en voiture à son université et s’il travaille un jour, aura un stage intéressant", illustre Philippe Defeyt, "avec une jeune femme issue d’un milieu plus défavorisé du Hainaut par exemple qui va entamer avec beaucoup de craintes, car elle n’a pas les codes, car elle ne sait pas comment faire, des études de bac pour devenir assistante sociale et qui a du mal à trouver un stage en seconde année. Il y a donc des différences."
L'économiste de l'Institut pour un développement durable le rappelle : il n’existe pas une jeunesse mais plusieurs types de jeunesses.
Des jeunesses aux multiples revendications dont nous n'avons pas fait le tour dans cet article, d'autant que certaines ne sont pas quantifiables. À celle d'être écoutés, les statistiques ne pourront pas répondre.
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