La liquidation de la Minurso, illustration des impasses du Conseil de sécurité

Le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental - la Minurso, déployée depuis 1991 - a expiré ce week-end, sans être renouvelé. La Russie a opposé son veto à un projet de résolution américain qu’elle jugeait trop favorable au Maroc. Mais sa contre-proposition, qui prévoyait de prolonger la mission sans en modifier le mandat, a elle aussi échoué, faute de soutiens et face au veto américain.
« La période de liquidation » de la Minurso s’est ouverte ce 1ᵉʳ novembre, après l’expiration de son mandat, renouvelé régulièrement depuis 35 ans. C'est une période d’incertitude qui s'ouvre au Sahara occidental, alors que le secrétaire général de l’ONU s’inquiète du risque d’escalade des hostilités. Dans un communiqué, Antonio Gutteres a confirmé la fin des opérations de la mission onusienne et l’organisation de son retrait du Sahara occidental – cette ancienne colonie espagnole que se disputent le Maroc et les indépendantistes du Front Polisario.
Une session mouvementée au Conseil de sécurité
En 2020, le Maroc a obtenu l'appui des États-Unis, en échange de la normalisation de ses relations avec Israël, et depuis quelques mois, les deux pays multiplient les signes de rapprochement tant politique qu'économique. Washington soutient le plan d'autonomie du territoire sous souveraineté marocaine, tandis que le Front Polisario en revendique l’indépendance avec le soutien de l'Algérie.
Le texte poussé par les États-Unis pour renouveler le mandat de la Minurso au Conseil de sécurité mentionnait effectivement le plan d'autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine comme « la seule base » de discussions possibles. La résolution américaine prévoyait aussi de retirer la mention d'un référendum du nom de la mission - le R de Minurso, alors qu'un scrutin pour l'avenir du Sahara occidental est attendu depuis trente ans par les populations sarahaouis. La Russie a dénoncé une approche « unilatérale », trop favorable à la position marocaine, choisissant de faire usage de son droit de veto.
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Une impasse qui satisfait Rabbat
L'ambassadeur de Moscou à l'ONU a bien proposé une alternative au Conseil de sécurité, à savoir la reconduction « technique » pour une année de la mission dans sa forme actuelle. Mais ce texte n’a recueilli que trois voix favorables, face à onze abstentions et un veto des États-Unis.
Le cabinet royal marocain a réagi dès vendredi, pour exprimer sa « satisfaction » suite au veto russe. Dans un communiqué sans ambiguïtés, Rabbat estime qu'une « page se tourne », que le « processus onusien (…) n'a plus lieu d'être » et que la Minurso, « héritée d'un contexte anachronique et révolu », doit partir au plus vite.
Pour l'heure, le Front Polisario veut éviter toute escalade, estimant que le retrait de la Minurso ne met pas un terme au processus politique engagé depuis des décennies aux Nations unies. Celui-ci pourrait se poursuivre à travers d'autres instances de l'ONU, en dehors du Conseil de sécurité.
Affaiblissement du Conseil de sécurité
Pourtant, cet épisode démontre une nouvelle fois l'affaiblissement des Nations unies, et en particulier du Conseil de sécurité, paralysé par les divisions géopolitiques entre ses membres. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les relations entre les capitales occidentales et Moscou se sont détériorées, ce qui rend les positions russes plus difficiles à anticiper. Les autres membres du Conseil de sécurité n’avaient sûrement pas prévu que la Russie déciderait de bloquer l’adoption du texte et Moscou n'avait pas la garantie de réunir assez de soutien pour faire aboutir sa résolution.
Et puis la fragilité des missions onusiennes s'est manifestée sur d'autres terrains ces dernières années, avec le retrait de la Minusma du Mali fin 2023, à la demande de Bamako qui s'était rapproché de Moscou. Au Liban, les pressions de l’administration Trump ont également conduit le Conseil de sécurité à programmer la fin des opérations de la Finul à partir de fin décembre 2026.
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