Le projet de GNL de Marinvest Energy présenté à des investisseurs à Toronto
Le projet de gaz naturel liquéfié (GNL) que Marinvest Energy veut construire au Québec n’a toujours pas été présenté publiquement, les élus en ignorent les détails et il n’a pas encore été soumis à une évaluation environnementale. Ce complexe d’exportation de gaz albertain sera toutefois mis en avant au Sommet canadien de l’investissement, qui est organisé par le premier ministre Mark Carney pour « faciliter » le développement de projets industriels.
Ce premier Sommet canadien de l’investissement, qui se tient lundi et mardi à Toronto, est présenté par le gouvernement fédéral comme « un forum pratique axé sur les investissements à long terme, les possibilités commerciales et les actifs productifs qui favorisent la croissance et la résilience ».
L’objectif du fédéral est d’« attirer des milliards de dollars de nouveaux investissements au Canada », notamment dans le domaine minier, des transports, des infrastructures portuaires, des énergies « propres », mais aussi des énergies « conventionnelles », donc du pétrole et du gaz.
Il faut dire que le gouvernement Carney mise sur une croissance de la production et des exportations de ces énergies, et notamment de gaz transporté par bateau sous forme de GNL. Ottawa présente ces exportations comme un moyen de « produire une croissance propre » dans un contexte de crise climatique alimentée par notre dépendance aux énergies fossiles.
Le « prospectus » préparé pour les participants et présentant « une sélection d’opportunités d’investissement au Canada » dans une liste de dizaines de gros projets offre ainsi une vitrine à celui de Marinvest Energy, rebaptisé récemment Kino Aski, et qui est très semblable au défunt projet controversé GNL Québec. On présente le nouveau complexe industriel évalué à 30 milliards de dollars comme « un projet d’exportation de GNL à l’échelle du Canada qui reliera les gisements de gaz naturel de l’Ouest canadien au port de Baie-Comeau, au Québec ».
Le résumé rappelle les principaux éléments de ce qui serait le plus gros projet industriel de l’histoire du Québec, et dont l’existence avait été dévoilée par Le Devoir en juillet 2025. Il est question de construire un gazoduc d’environ 1000 km au cœur de la forêt boréale, mais aussi d’installer trois usines flottantes de production de GNL dans les eaux du Saint-Laurent, sur la Côte-Nord.
« Fruit d’un partenariat entre des acteurs autochtones et des acteurs du secteur privé, ce projet est conçu pour produire jusqu’à 15 millions de tonnes de GNL à très faibles émissions par an », souligne aussi le prospectus. Après avoir travaillé en coulisse depuis plus d’un an avec le gouvernement Carney, Marinvest Energy a annoncé récemment que la réalisation de son projet avait été confiée à une entité dirigée par « les Premières Nations ».
Pour le moment, seule la nation atikamekw aurait accepté d’y prendre part, même si le projet empiéterait aussi sur les territoires des Anichinabés, des Cris et des Innus au Québec. L’implication des Premières Nations ouvrirait la porte à du financement fédéral, mais aussi à une éventuelle autorisation accélérée et garantie en tant que projet « d’intérêt national ».
Lundi, la Nation Anishnabe du Lac Simon prévoit d’ailleurs faire une sortie publique dans le contexte du sommet de Toronto pour rappeler que le complexe de GNL « ne bénéficie pour l’instant ni du consentement de la communauté ni d’une acceptabilité sociale ». En entrevue au Devoir, le chef du conseil de la Nation, Lucien Wabanonik, a déjà affirmé que les promoteurs avaient offert de l’argent dès la première rencontre de présentation.
« Partenaire » des investisseurs
Le document remis aux participants du Sommet de l’investissement mentionne par ailleurs que l’agence gouvernementale Investir au Canada « agit en tant que partenaire de confiance tout au long du parcours d’investissement ». Celle-ci a d’ailleurs organisé, à partir de mai 2025, des rencontres mensuelles impliquant différents ministères fédéraux afin de « fournir des conseils et un soutien afin de faciliter l’investissement » de Marinvest Energy.
Le même prospectus vante la révision des évaluations environnementales afin de renforcer l’« environnement d’investissement », mais aussi « d’accélérer le développement et la mise en œuvre des projets ».
Pour le moment, on ne sait toutefois pas quelle sera la procédure d’évaluation environnementale du projet de gazoduc et d’usine de GNL, puisqu’il n’a pas encore été déposé officiellement. Le gouvernement Carney vient toutefois d’adopter un règlement qui a pour effet que les gazoducs ne sont plus soumis à la loi fédérale qui permettait d’en évaluer les impacts environnementaux. L’examen est maintenant confié à la Régie de l’énergie du Canada (REC), une décision qui a reçu un « soutien massif » de l’industrie des énergies fossiles.
Dans une réponse écrite, les promoteurs indiquent qu’ils entendent suivre « l’ensemble des processus réglementaires applicables, notamment ceux de la REC et du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) ».
Est-il prématuré de mettre en avant Kino Aski, puisqu’on ignore si le projet sera accepté par le Québec et qu’on ne connaît pas les risques environnementaux ? « Les projets présentés par les promoteurs dans le cadre du Prospectus du Sommet canadien de l’investissement se situent à différents stades de développement, allant de la phase conceptuelle à la phase prête à être mise en œuvre. La présentation d’un projet à des investisseurs, ainsi que les discussions qui peuvent en découler, ne préjugent en aucun cas de l’issue des évaluations environnementales, des processus réglementaires ou de toute autre approbation requise », répond Investir au Canada, après que le cabinet de Mark Carney a renvoyé les questions du Devoir à cette agence.
Les groupes environnementaux dénoncent pour leur part un « manque de transparence » dans le dossier. « Pendant que les gouvernements du Québec et du Canada répètent qu’il n’y a pas de projet Marinvest sur la table, Ottawa et le promoteur sont déjà à la recherche d’investisseurs étrangers. Comment peut-on sérieusement continuer de prétendre qu’il n’y a pas de projet ? On garde délibérément la population du Québec dans le noir pendant que le projet avance en coulisses », déplore Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec.
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