Trump se tire dans le pied avec les droits de douane sur l’aluminium, selon l’IEDM
Le président américain, Donald Trump, se serait tiré dans le pied en imposant des droits de douane sur l’acier et l’aluminium, selon un rapport de l’Institut économique de Montréal (IEDM) dévoilé jeudi.
En voulant aider les aciéries et les alumineries américaines, la Maison-Blanche a mis des bâtons dans les roues de son propre secteur manufacturier, explique en entrevue Renaud Brossard, qui a collaboré au rapport en compagnie du chercheur Joseph Steinberg.
« Toutes les industries qui sont en aval, qui utilisent l’aluminium et l’acier, finissent par payer plus cher et être moins compétitives », résume M. Brossard.
Rappelons que le gouvernement Trump a imposé, en mars 2025, des droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium. Ceux-ci ont été relevés, trois mois plus tard, à 50 %.
Le Canada n’est pas exempté de ces droits de douane internationaux, malgré l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).
L’IEDM concède qu’il est difficile d’estimer avec précision l’effet des droits de douane, en isolant les autres facteurs. La comparaison des prix entre le Canada, qui n’a pas de droits de douane, et les États-Unis « offre un point de référence utile », selon l’organisme de réflexion associé à la droite économique.
Le document souligne que les prix de l’acier et de l’aluminium ont davantage augmenté aux États-Unis qu’au Canada.
De décembre 2024 à juin 2026, les prix de l’acier ont augmenté de 35 % aux États-Unis, alors qu’ils n’ont progressé que de 1 % au Canada au cours de la même période.
Pour sa part, l’aluminium a été soumis à des pressions inflationnistes, qui ne sont pas liées aux droits de douane, mais la hausse observée demeure plus élevée aux États-Unis à environ 60 %, contre 26 % pour le Canada.
« Essentiellement, ce que ça montre, c’est que les droits de douane ont un effet », avance M. Brossard.
Les États-Unis en sortent perdants
Les conditions ne sont pas remplies pour que les droits de douane aient un effet favorable sur le secteur, juge M. Brossard.
En théorie, l’augmentation de prix liée aux droits de douane devrait servir d’incitatif aux alumineries et aciéries pour qu’elles investissent et augmentent leur production, pour que le gouvernement Trump atteigne ses objectifs.
Or, la réalité est plus complexe sur le terrain, car l’augmentation de la production nécessiterait d’importants investissements avec un horizon à très long terme.
« Avec une politique tarifaire qui est aussi changeante que celle du président Trump, ça ne donne pas la certitude nécessaire pour attirer les investissements », juge M. Brossard.
Le grand patron d’Alcoa, William Oplinger, avait d’ailleurs expliqué aux analystes financiers, en avril 2025, que les États-Unis pouvaient difficilement se passer de l’aluminium québécois. « Il faudrait au moins cinq à six fonderies pour répondre à la demande », avait-il indiqué.
« Ces nouvelles fonderies nécessiteraient une production d’énergie additionnelle équivalente à sept réacteurs nucléaires ou dix fois le barrage Hoover. Tant que la capacité de production n’est pas construite aux États-Unis, la façon la plus efficace de s’approvisionner passe par le Canada. »
Un échec en 2018 ?
L’IEDM s’est penché sur l’effet de la précédente salve contre l’industrie de l’acier et de l’aluminium durant le premier mandat de M. Trump.
Au bout du compte, les effets négatifs auraient surpassé les effets positifs, si l’on se fie à un rapport de la Commission du commerce international des États-Unis, une agence indépendante du gouvernement américain.
La commission a estimé que les droits de douane imposés en 2018 avaient permis une augmentation de la production de 2,25 milliards $US dans le secteur de l’acier et de l’aluminium en 2021. Ce gain ne compensait toutefois pas la baisse de production de 3,5 milliards $US dans les entreprises manufacturières.
L’IEDM cite également un rapport de la Réserve fédérale (Fed) qui estime que les mesures protectionnistes ont fait augmenter l’emploi de 0,3 % dans les entreprises protégées. En contrepartie, l’emploi a reculé de 1,1 % dans les entreprises qui utilisaient l’acier et l’aluminium dans la conception de leurs produits.
À plus long terme, les droits de douane fragiliseraient les industries qu’on tente de protéger, prévient M. Brossard. Protégées sur le marché local, les entreprises ne verraient plus l’intérêt d’investir et d’innover pour suivre leurs concurrents internationaux, avance-t-il.
Et la riposte canadienne ?
Opposé au protectionnisme de manière générale, l’IEDM a d’ailleurs émis quelques mises en garde au sujet des mesures de représailles du Canada contre les droits de douane américains.
Riposter avec des droits de douane pourrait nuire aux entreprises canadiennes et même affaiblir les arguments juridiques du Canada contre les mesures américaines, selon l’organisme de réflexion.
M. Brossard « rejette la prémisse » que cela reviendrait à accepter passivement les affronts économiques du président américain.
« Le Canada doit se tenir debout, mais la meilleure façon de se tenir debout, ce n’est pas de se donner un coup de pelle au visage non plus, répond M. Brossard. C’est un peu ça qu’on est en train de faire d’un point de vue économique. »
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.