Déraillement d'un train en Normandie: comment assurer la surveillance des 28000 km de voies ferrées en France?

Après le déraillement d’un train vendredi soir dans le nord-ouest de la France, l’enquête privilégiait la piste de l’acte malveillant, un morceau de rail ayant été retrouvé sur la voie. De quoi se poser la question : comment sont surveillés les milliers de kilomètres de lignes de chemin de fer ?
Publié le : Modifié le :
5 min Temps de lecture
Un morceau de rail pesant entre 250 et 300 kilos retrouvé sur la voie. C’est l’élément qui conduit les enquêteurs à privilégier la piste d’un acte malveillant après le déraillement, vendredi soir à Cléon, en Normandie, d’un TER, qui a fait 44 blessés. Si l'enquête doit encore établir comment il s'est retrouvé sur la voie - contactée par RFI, la SNCF n'a pas souhaité commenter l'affaire dans l'immédiat - il fait ressurgir une question que l'on se pose parfois en regardant le paysage défiler à bord d’un TGV lancé à plus de 300 km/heure : la SNCF, qui gère l'essentiel du réseau ferré français, peut-elle surveiller en permanence chaque centimètre des 28 000 kilomètres de lignes qui maillent le territoire hexagonal ? La réponse est clairement non.
Mais le réseau n’est pas pour autant laissé sans contrôle. « Afin de garantir la fiabilité et la sécurité des circulations, SNCF Réseau conduit en permanence des opérations de surveillance », indique l’entreprise sur son site.
Sur les lignes à grande vitesse, des TGV sans voyageurs circulent par exemple chaque jour avant le début du service pour que les conducteurs puissent repérer d’éventuelles anomalies. La surveillance du réseau repose notamment sur des tournées d’agents de maintenance à pied et sur des engins dédiés. Ces contrôles ne permettent pas pour autant d’observer chaque portion de voie en permanence. À cette surveillance technique, qui concerne les défauts d'infrastructures comme la survenance d'éléments extérieurs (chute d'arbres, etc), s’ajoutent les mesures dites de sûreté, destinées, elles, à prévenir les intrusions, les vols et les actes de malveillance.
Identifier les zones les plus exposées
Car selon le dernier rapport annuel de sécurité de SNCF Réseau, quelque 12 700 intrusions et près de 8 900 actes de malveillance ont été recensés en 2025. Si ces faits ne provoquent que rarement des accidents, leurs conséquences sur le trafic sont importantes : ils ont engendré près de 776 000 minutes de retard cumulées. Les intrusions représentent à elles seules presque la moitié des retards ayant pour origine un problème de sûreté.
En juillet 2024, plusieurs sabotages coordonnés avaient illustré cette vulnérabilité. Quelque 800 000 voyageurs avaient vu leurs déplacements perturbés, à quelques heures de l’ouverture des Jeux olympiques de Paris. En 2025, deux vols de câbles de signalisation sur la LGV Sud-Est européenne ont provoqué, à eux seuls, près de 50 000 minutes de retard et affecté environ 1 000 trains.
Faute de pouvoir protéger chaque tronçon de rail, la SNCF a analysé plus de 24 000 intrusions sur deux ans, qui lui ont permis d'identifier 1 200 zones particulièrement sensibles. L'entreprise doit maintenant évaluer leur niveau de risque pour concentrer ses moyens sur les secteurs prioritaires.
Clôtures, caméras, agents et drones
En 2025, près de 13 millions d’euros ont été consacrés à la sécurisation technique des installations existantes. « Il s’agit de renforcer les protections mécaniques, la détection d’intrusion, le contrôle d’accès ou encore la vidéosurveillance », détaille le rapport annuel de SNCF Réseau. Des équipements qui se concentrent sur les installations et les zones jugées prioritaires : impossible de clôturer ou de filmer l’ensemble du réseau.
SNCF Réseau cherche parallèlement à mieux protéger les câbles de signalisation, particulièrement convoités. Le cuivre est progressivement remplacé par de la fibre optique ou par des métaux moins recherchés, tandis que certaines artères de câbles sont enfouies plus profondément.
À cette protection matérielle s’ajoutent plus de 35 millions d’euros consacrés en 2025 à la surveillance humaine, assurée par les 3 200 agents de la Sûreté ferroviaire ou par des sociétés privées. La SNCF partage également ses informations avec la police et la gendarmerie afin de coordonner la surveillance des secteurs prioritaires.
Les moyens mobiles complètent ce dispositif. Plus de 130 missions de drones ont été organisées en 2025. Comme le décrit un reportage du Monde, les alertes provenant des cheminots, des caméras, des drones ou des signalements de voyageurs au 3117, le numéro permettant de signaler une situation dangereuse, remontent au Centre national de sûreté ferroviaire, à Paris, qui peut dépêcher des équipes sur place ou prévenir la police.
Lorsqu’une présence suspecte ou des traces de passage ont été signalées, un dispositif baptisé Sezam permet d'installer des alarmes mobiles équipées d’un détecteur de mouvement et d’une caméra.
Pas de détection automatique
Aucun de ces moyens ne permet cependant de détecter immédiatement tout obstacle déposé sur une voie. À Cléon, un train était passé une heure avant l’accident sans que rien d'anormal ne soit signalé, selon Hervé Morin, président de la région Normandie.
Interrogé samedi par France 3 Normandie, Arnaud Aymé, spécialiste des transports au cabinet Sia, explique qu’« aujourd’hui, il n’existe pas dans le monde de dispositif installé sur les trains pour détecter automatiquement, par caméra ou radar, un obstacle ». Il rappelle qu'un TER lancé à pleine vitesse peut avoir besoin de près d’un kilomètre pour s’immobiliser après le déclenchement du freinage d’urgence.
« Ce qui compte, souligne-t-il cependant, c'est que même quand un obstacle est présent et que le train finit par le heurter, ce qui reste très rare, on minimise le nombre de morts et de blessés grâce à la configuration du matériel roulant, qui doit protéger les voyageurs et éviter les décès. »
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.