Que ferez-vous pour que plus aucun enfant ne voie son accès à l’éducation compromis ?
Aspirants élus, je vous écris aujourd’hui pour témoigner de ce que mes filles de 6 ans ont vécu à l’école au cours de l’année scolaire 2025-2026. Dans le contexte de la campagne électorale actuelle, j’adresse cette lettre aux différents partis politiques dans l’espoir d’obtenir des réponses publiques sur un enjeu qui touche directement le droit à l’éducation des enfants québécois.
Mes deux filles présentent un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) accompagné d’impulsivité. Elles ont fréquenté une école publique du Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke pendant trois ans. (Cette année, elles sont dans une nouvelle école.)
Au cours de leur première année scolaire, les appels de l’école me demandant de venir les chercher se sont multipliés. Puis sont venues les suspensions ainsi que la réduction progressive de leur temps de présence à l’école.
À un moment donné, une de mes filles a été privée d’école pendant 20 jours consécutifs parce qu’elle avait griffé la main d’un adulte. Je comprends qu’un geste de violence exige une intervention appropriée. Toutefois, je me questionne sur le fait qu’une enfant de 6 ans ayant des besoins particuliers puisse être exclue aussi longtemps d’un milieu scolaire, alors qu’elle se trouve précisément à une étape cruciale de son développement et de ses apprentissages.
Ce qui m’a le plus troublée, c’est ce que j’ai découvert en consultant les dossiers d’absences. Selon ceux-ci, sur ces 20 jours, seuls 3 apparaissaient comme des suspensions externes. Les autres étaient inscrits comme des absences motivées par le parent. J’ai constaté la même situation pour plusieurs occasions où l’on me demandait de venir chercher mes filles, ou encore pour des périodes où leur fréquentation scolaire avait été réduite à la demande de l’établissement.
Des conséquences importantes
Cette situation soulève chez moi une question fondamentale : combien d’enfants vivent des interruptions de scolarisation qui demeurent invisibles parce qu’elles n’apparaissent pas réellement comme telles dans les données administratives ? Si ces situations ne sont pas documentées adéquatement, il devient impossible d’en mesurer l’ampleur réelle et d’y apporter des solutions adaptées.
Dans la classe de mes filles, qui comptait environ 20 élèves, j’ai observé qu’à une certaine période, 4 ou 5 enfants semblaient eux aussi avoir une fréquentation scolaire réduite. Je ne présente pas cela comme une donnée statistique, mais comme un constat qui m’a amenée à m’interroger sur le caractère réellement exceptionnel, ou non, de notre situation.
Selon le témoignage de la mère d’une autre élève de cette classe, sa fille aurait d’abord vu sa fréquentation réduite à environ une heure par jour, avant de se retrouver sans école pendant deux mois complets. À la suite de démarches entreprises auprès du Protecteur régional de l’élève, sa famille a finalement obtenu un changement d’établissement pour l’année scolaire 2026-2027.
Pour mes filles, les conséquences ont été importantes. Elles ont perdu une partie significative de leur première année scolaire et doivent aujourd’hui la reprendre. Plus préoccupant encore, elles en sont venues à se demander pourquoi leur école ne voulait plus d’elles. Comme mère, je les ai vues perdre confiance en elles-mêmes, en l’école et en leur capacité à réussir.
Les répercussions touchent également les familles. Je suis professionnelle et mère célibataire de cinq enfants. J’ai dû interrompre mon travail pendant une certaine période afin de gérer les retours à la maison, les suspensions, les réductions de fréquentation ainsi que les nombreuses démarches nécessaires pour tenter de maintenir mes filles dans leur parcours scolaire. La mère de l’autre élève mentionnée plus haut a elle aussi dû cesser de travailler lorsqu’il n’y avait plus de solution pour accueillir sa fille pendant la journée.
Des questions pour les partis
Cette expérience m’amène à me poser plusieurs questions.
Comme citoyenne et comme mère, j’aimerais connaître les engagements que votre parti est prêt à prendre afin qu’aucun enfant ne puisse être privé d’école pendant des semaines sans encadrement ni reddition de comptes. Quelles mesures concrètes envisagez-vous pour assurer le respect du droit à l’éducation des élèves ayant des besoins particuliers ?
Quelles actions comptez-vous mettre en œuvre afin de vous assurer que les écoles et les centres de services scolaires documentent de façon rigoureuse, transparente et uniforme toutes les suspensions, réductions de fréquentation scolaire et demandes de retour à la maison, de manière que la réalité vécue par les élèves soit fidèlement reflétée dans les données administratives ?
De plus, quel soutien souhaitez-vous offrir aux parents qui doivent interrompre leur travail, assumer seuls la prise en charge de leur enfant et multiplier les démarches pour obtenir les services auxquels celui-ci a droit ?
Enfin, quelles mesures comptez-vous prendre pour rendre les mécanismes de plainte et de recours plus rapides et plus efficaces ? À l’heure actuelle, les démarches doivent généralement passer par le centre de services scolaire, puis par le Protecteur régional de l’élève et, au besoin, par d’autres instances. Ces procédures peuvent s’étendre sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Or, un enfant ne peut pas être privé de son éducation pendant toute la durée de ces délais administratifs. Comment comptez-vous garantir qu’une intervention rapide puisse être mise en place lorsque le droit à l’éducation d’un élève est compromis ?
Je ne souhaite pas obtenir un traitement particulier pour mes filles. Je souhaite plutôt que cette situation serve à ouvrir une réflexion sur la façon dont le réseau scolaire accompagne les élèves ayant des besoins particuliers et sur les moyens à mettre en place pour qu’aucun enfant ne voie son accès à l’éducation compromis sans surveillance, sans transparence et sans recours rapide.
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