Georges-Louis Bouchez, sa fille Leeloo, Boxho, les manifestations en France, Mélenchon, Le Pen... : l’interview sans filtre de François Pirette

Votre nouveau spectacle s’appelle « Six/Seven ». Pour quelle raison ?
Tout d’abord parce qu’il sera joué à cheval sur 2026 et 2027. Mais aussi parce qu’au moment où j’ai cherché ce titre, mes deux plus jeunes enfants, de 10 et 14 ans, étaient en plein dans ce mouvement « Six seven », cette espèce de signe de ralliement générationnel qui consiste à repérer ces deux chiffres qui se suivent et à le dire. Ce titre, c’est une façon pour moi de montrer que je reste attentif aux préoccupations de cette génération dont je suis solidaire.
Justement, le spectacle sera en partie centré sur la génération Z, ces jeunes nés entre 1997 et 2012 et qui descendent actuellement dans la rue pour manifester.
J’essaye dans mes shows de témoigner de mes propres inquiétudes, pour ne pas dire de mes angoisses. Et parmi celles-ci, il y a celles de mes plus jeunes enfants. En ce moment, je suis béat d’admiration devant le courage, la détermination, la prise de conscience de cette jeunesse. Qu’elle ait cette capacité d’indignation, je trouve ça réjouissant.
Vous avez été choqué par les répressions des manifestations ?
A l’instant où on se parle, il y a des jeunes qui crèvent de froid sur le béton, à 4 ou 5 dans des cellules prévues pour une personne. Sans avoir à manger ni à boire. Et on est soi-disant en démocratie. On verrait ces images venant de Turquie, de Syrie ou d’Iran, on s’indignerait. En Belgique aussi, on a assisté à des choses indignes d’une démocratie. Mais en France, on a basculé dans une autre réalité, une fuite en avant sécuritaire, totalitaire et fascisante. Avec des violences policières légitimées par l’exécutif qui autorise à tirer avec des engins explosifs.
Mais que pensez-vous des violences perpétrées par les casseurs en marge de ces manifs ?
Je suis atterré de voir ce qui s’est passé à la mairie de Limoges ou à Marseille ainsi que dans nombre de commerces. Tous ces gens qui ont vu leur vie dévastée, car leur commerce, c’est leur métier. Je suis solidaire avec eux. Malheureusement, ils sont les victimes collatérales d’un mépris politique envers la jeunesse. Lorsqu’on a depuis si longtemps des populations oubliées, condamnées à rester à la marge d’une société, il ne faut pas s’étonner que cela s’exprime dans un débordement de violence inouïe. Quand on ne permet plus à des personnes de vivre dignement, qu’ont-elles à perdre ?
Malgré tout, on peut comprendre que les forces de l’ordre interviennent face à ces débordements…
Comme je vis en France, mon épouse, Julie, est partie à Tours le 17 octobre pour manifester pacifiquement. Elle est rentrée une demi-heure après en me disant : « Ça n’a pas encore commencé, on vient de se faire gazer. » Les forces de l’ordre se sont attaquées aux manifestations pacifiques plutôt que d’encadrer les débordements et de protéger les mairies dont on savait qu’elles étaient en danger ! Tout cela a lieu à six mois de l’élection présidentielle. Cette échéance m’effraie. Et la seule alternative plausible à mes yeux, la gauche radicale de Mélenchon, malheureusement n’a pas l’air de séduire.
En cas de duel Le Pen-Mélenchon, beaucoup disent que ça reviendrait à choisir entre la peste et le choléra !
Il n’y a pas parole plus imbécile ! Il y a quand même un parti fondé par des Waffen-SS, qui a eu pour président un tortionnaire de la guerre d’Algérie. Un parti ouvertement raciste, malgré la tentative de laver plus blanc que blanc. De l’autre côté, on a un personnage dont je ne suis pas un fan aveuglé mais qui a une dialectique d’une autre hauteur.
Mais Mélenchon fait peur par ses excès…
La différence, c’est qu’il y en a une qui avance masquée : Marine Le Pen. Elle s’est rendue tellement aseptisée que même avec la menace d’un bracelet électronique, les gens sont prêts à l’élire. Alors que de l’autre côté, avec la France insoumise, on a un candidat plus revêche, moins peroxydé, mais avec un programme égalitaire, humaniste, qui prône la justice sociale. Mais non, on préfère Le Pen. Elle est tellement sympathique avec ses chats. On en est là ! Sincèrement, je ne sais pas ce que je vais faire si elle est élue.
Vous pourriez quitter la France ?
Peut-être. Je ne sais pas.
En Belgique, aussi, la situation est explosive.
Je trouve désolant de voir des voitures brûler à Bruxelles. Je ne voudrais pas voir la mienne calcinée. Mais cette jeunesse est humiliée. Faire passer un abonnement de bus de 18 à 384 euros sans préavis ! Pareil pour le minerval à l’unif, les repas dans les écoles. Quand un exécutif a une telle arrogance, on s’étonne qu’on brûle des vélos électriques ! On a affaire à des politiciens grossiers, mal élevés. Et leur réponse aux manifestants, c’est faire des nasses policières, alors que c’est illégal, et gazer des enfants, des parents, des profs.
Que pensez-vous de Georges-Louis Bouchez, qui incarne une droite décomplexée ?
Pour moi, c’est une extrême droite décomplexée ! Cela fait plusieurs fois qu’on demande à des politologues s’il a fait basculer le MR dans la droite extrême. Aurait-on posé la question il y a dix ans ? Il est une nuisance pour notre pays.
Aborder ce genre de sujets en spectacle, faire rire avec une telle actualité, c’est un exercice périlleux ?
Il faut rester désinvolte tout en étant conscient et engagé. J’essaie, sous couvert de moments burlesques et de personnages hauts en couleur, de puiser dans le réel. Mais c’est de plus en plus compliqué. Peut-être que j’aborderai cela dans un long moment de stand-up plutôt que via mes personnages. Je ne sais pas encore. Heureusement, il n’y a pas que Bouchez qui me donne des boutons. Je pense à Philippe Boxho. Lui, c’est une varicelle qu’il me provoque ! Ça me gave l’exposition qu’on donne à ce type vulgaire qui parle de la mort des gens comme si c’était un spectacle. Si on me demande quelle est ma conception de la vulgarité, je répondrai Philippe Boxho.
« Je découvre Leeloo en même temps que le public »
Ces dernières semaines, François Pirette s’est retrouvé aussi sur le devant de l’actualité en raison de la présence de sa fille Leeloo à la « Star Academy ». « Je découvre Leeloo en même temps que le public », nous avoue-t-il. « Pourtant, elle a vécu toute sa jeunesse avec nous. Moi et sa maman, on connaît notre fille. Mais on se laisse porter comme les téléspectateurs, à la différence évidemment que nous nous sentons un peu plus impliqués. » Si l’humoriste connaissait la passion de Leeloo pour la musique, le premier prime de la « Star Ac’ » a été une révélation ! « Nous ne l’avions jamais entendue chanter. Elle avait jusqu’ici cette pudeur. Il n’y a que depuis très peu qu’elle nous permettait d’écouter ce qu’elle crée, mais pas en direct. On ne pouvait écouter que des enregistrements. Elle n’avait jamais chanté devant nous, ni en public. Et dans l’émission, j’ai découvert qu’elle a une telle palette vocale. Et une justesse. Je n’en doutais pas, mais il fallait l’entendre pour le savoir. »
Et ce n’est pas trop dur de voir sa fille parfois pleurer à l’antenne, avoir des doutes ? « Je sais relativiser les choses en me disant qu’elle est en bonne santé, dans l’élément où elle souhaite être, donc je ne peux que m’en réjouir. Et ses inquiétudes font partie du jeu, ça fait partie de l’aventure. » On peut en tout cas imaginer qu’il a été ému par le message fort que Leeloo a livré la semaine dernière lors de son évaluation lorsque, sous forme de métaphore, elle a révélé qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant. « Elle l’a dit courageusement, avec un discours d’une extrême pudeur et d’une immense poésie. Je ne peux rien rajouter. Je ne peux que m’asseoir, me taire et admirer. »
Spectacle « Six/Seven » dans toute la Belgique du 28 novembre 2026 au 17 janvier 2027. Réservations : www.pirette.com.
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