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Monday, September 14, 2026

Déversement d’eaux usées à Beauharnois | Un problème qui monte au nez

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Depuis deux ans, des résidants de Beauharnois multiplient les récoltes peu ragoûtantes sur la rive du fleuve : tampons, préservatifs, déjections… Le ministère de l’Environnement est formel : ces résidus proviennent de l’égout municipal. Mais la Ville a refusé de le reconnaître jusqu’à tout récemment et laisse les riverains nettoyer le gros de ses dégâts.

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En plein été, Marie-Claude Lavigne assure qu’elle ramassait « trois gros bacs par semaine » de rejets sanitaires. Son terrain de la rue Saint-Laurent borde le fleuve, qui forme le lac Saint-Louis en s’élargissant à cet endroit.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Des résidus sanitaires devant la résidence de Marie-Claude Lavigne directement sur la rive du fleuve Saint-Laurent à Beauharnois, en juillet dernier

Les riverains ont vu moins de déchets en août, après les appels de La Presse à la municipalité, mais les rebuts sont redevenus plus abondants au début de septembre. Le maire Alain Dubuc a refusé notre demande d’entrevue.

Chose certaine, les mauvaises odeurs persistent : « Hier, c’était épouvantable [à quel point] ça sentait la m… », disait encore Marie-Claude Lavigne le 25 août.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Les déversements d’eaux usées signalés ont eu lieu près du Club de voile de Beauharnois.

La petite plage de gravier souillée continue chez le voisin de Marie-Claude Lavigne, André Dubuc. Lui aussi passe régulièrement le râteau pour retirer des rejets sanitaires.

« Mes petits-enfants ne touchent plus à l’eau », dit-il. Le grand-père assure qu’il y a trois ans encore, « des carpes et des ménés » fréquentaient le rivage près de son terrain. « Là, il n’y en a plus. »

Deux ans après les premiers signalements de résidus sanitaires sur la rive, la Ville n’a toujours posé aucune affiche pour avertir d’éventuels plaisanciers d’une contamination potentielle.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Voisin de Marie-Claude Lavigne, André Dubuc affirme que la vie marine a disparu depuis que les rejets sanitaires s’accumulent sur la rive devant son terrain.

Selon la directrice des communications de la Ville de Beauharnois, Stéphanie Gosselin, « la requête est en traitement en ce qui concerne la mise en place d’un panneau à proximité de l’émissaire », le conduit par lequel les eaux usées se jettent dans le fleuve.

Dans les réseaux dits « unitaires », où les eaux usées empruntent le même chemin que l’eau de pluie, les rejets sans traitement sont autorisés uniquement lors de fortes précipitations pour protéger les égouts et éviter les refoulements. Mais si ces déversements causent des dégâts, la Loi sur la qualité de l’environnement oblige les municipalités à les nettoyer.

Pour avoir omis de le faire, en février, Québec a signifié à Beauharnois une amende de 5000 $, que la Ville conteste.

Papier hygiénique « en croûte » et « amas de couleur noire »

La Presse a obtenu à la suite d’une demande d’accès à l’information les rapports du ministère de l’Environnement sur ces déversements. Ils témoignent de mois de communications tendues avec la Ville de Beauharnois.

En octobre 2025, l’inspectrice chargée du dossier est allée examiner la rive. Ses constats ont de quoi lever le cœur : papier hygiénique en « croûte sur les pierres et la grève » et « flottant dans le ressac », « amas de couleur noire » dont « l’odeur et la texture confirme que ce sont des excréments »…

« Une centaine de plants de tomates ont poussé de part et d’autre de la canalisation », ajoute la fonctionnaire. Un indice de présence d’eaux usées, qui contiennent des graines de ce fruit.

La Ville a pourtant rechigné à s’attaquer au problème, selon les documents. Dans son rapport d’octobre, l’inspectrice affirme que les suivis réalisés ne permettent pas de « conclure à la collaboration de la municipalité dans ce dossier ».

Son compte rendu contient le résumé d’une discussion avec le directeur du service des eaux, Mamadou Bailo Diallo. Selon lui, les résidus pouvaient « avoir été jetés dans le lac par les usagers du parc Sauvé », juste à côté, lit-on dans le document.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D’ALAIN DUBUC

Le maire de Beauharnois, Alain Dubuc

« Il est difficile pour moi de parler », relate l’inspectrice, avant de conclure : « Monsieur m’indique que la récupération demandée ne sera pas effectuée ni aujourd’hui ni demain. »

Selon son rapport, l’inspectrice s’est ensuite adressée à la directrice générale de la Ville, Katherine Vincent, qui aurait soutenu que « le Ministère n’a aucune preuve pour démontrer que les résidus sanitaires proviennent du réseau municipal de Beauharnois ». « La Ville ne peut pas récupérer à chaque fois que la résidante se plaint », aurait-elle ajouté.

  • Le directeur du service des eaux, Mamadou Bailo Diallo

    PHOTO TIRÉE DE LINKEDIN

    Le directeur du service des eaux, Mamadou Bailo Diallo

  • La directrice générale de la Ville de Beauharnois, Katherine Vincent

    PHOTO TIRÉE DE LINKEDIN

    La directrice générale de la Ville de Beauharnois, Katherine Vincent

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Oups ! des raccordements croisés

À l’automne 2025, trois semaines après avoir nié être à l’origine des déversements, la Ville a trouvé 13 propriétés dont les égouts étaient branchés au réseau pluvial plutôt qu’au réseau sanitaire. Des « raccordements croisés », selon le jargon technique.

Un ingénieur de la Ville avait aussi constaté en juillet 2025 que 90 % du débit dans un tronçon d’égout du secteur, rue Sainte-Catherine, coulait directement dans le réseau pluvial. Des eaux usées se déversant dans ce segment ont donc abouti directement dans le fleuve pendant des années, par temps sec comme par temps pluvieux.

Beauharnois assure avoir apporté une solution temporaire à ce problème dès l’été 2025, avant de remplacer l’infrastructure de façon permanente en décembre.

  • Le 15 septembre 2025, l’eau stagnait devant le terrain de Marie-Claude Lavigne et les résidus dégageaient une odeur d’urine, dit-elle.

    PHOTO FOURNIE PAR MARIE-CLAUDE LAVIGNE

    Le 15 septembre 2025, l’eau stagnait devant le terrain de Marie-Claude Lavigne et les résidus dégageaient une odeur d’urine, dit-elle.

  • La Ville de Beauharnois assurait le 2 septembre que plus aucun résidu sanitaire ne jonchait la rive, mais Marie-Claude Lavigne prenait le lendemain cette photo de déchets accumulés devant chez elle.

    PHOTO FOURNIE PAR MARIE-CLAUDE LAVIGNE

    La Ville de Beauharnois assurait le 2 septembre que plus aucun résidu sanitaire ne jonchait la rive, mais Marie-Claude Lavigne prenait le lendemain cette photo de déchets accumulés devant chez elle.

  • Le 11 septembre, La Presse a constaté un autre déversement de déchets sanitaires, avec des vagues noires d’excréments. L’odeur, encore une fois, était putride.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    Le 11 septembre, La Presse a constaté un autre déversement de déchets sanitaires, avec des vagues noires d’excréments. L’odeur, encore une fois, était putride.

  • Les déchets se sont encore une fois accumulés sans aucune intervention de la Ville.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    Les déchets se sont encore une fois accumulés sans aucune intervention de la Ville.

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Malgré ces correctifs, le problème a persisté. En juin dernier, l’inspectrice responsable au ministère de l’Environnement est retournée sur les lieux, où elle a une fois de plus constaté la présence d’un tampon, de lingettes et de « résidus fécaux » dans l’eau. Du papier de toilette était collé aux pierres sur des centaines de mètres.

Même résistance de la Ville : « L’intervenant ne reconnaît pas le manquement qui lui incombe », écrit la fonctionnaire dans son rapport.

Une position qui vient de changer

Encore le 30 juillet, la Ville affirmait que « rien ne permet d’établir un lien direct entre les résidus observés récemment sur la rive et un rejet provenant des installations municipales ». « Plusieurs facteurs peuvent être en cause, notamment le transport de débris par les courants, le vent ou d’autres sources situées en amont », écrivait Stéphanie Gosselin dans un courriel à La Presse. « À titre d’exemple, un matelas a déjà été retrouvé sur la rive. Il est évident qu’un tel objet ne peut provenir des conduites du réseau municipal. »

Dans les derniers jours avant la publication de cet article, le discours de la Ville a changé. « Certaines positions exprimées à ce moment reposaient sur l’information disponible à cette étape du dossier. Les vérifications subséquentes ont permis de préciser la situation, d’identifier certains enjeux et de mettre en œuvre différents correctifs », affirmait finalement Stéphanie Gosselin dans un courriel du 1er septembre.

Beauharnois n’a pas expliqué ce qui l’a fait changer de point de vue dans le dernier mois.

« Aucun recours exclu », dit Québec

La Ville a finalement transmis à Québec des informations sur des « mesures correctrices mises en place et prévues », qui sont « en cours d’analyse », dit la porte-parole du ministère de l’Environnement, Ghizlane Behdaoui. « Aucun recours n’est exclu. » Le gouvernement pourrait imposer une nouvelle amende de 5000 $ à la municipalité.

Dans une déclaration par courriel à La Presse, le maire de Beauharnois dit qu’il ne se « fout pas » du problème. « Au contraire, on veut régler la situation et on pose des gestes concrets pour le faire. Mais il faut aussi être réalistes : on hérite de réseaux qui ont été construits il y a 40, 50 ans, parfois plus, et on ne peut pas tout refaire en un an. »

La Ville affirme qu’elle ramasse régulièrement les résidus sanitaires sur la grève, mais Marie-Claude Lavigne assure qu’ils ne sont venus qu’une seule fois pour une vraie opération de nettoyage, en novembre 2025.

D’autres rejets dans la région

Beauharnois est loin d’être la seule municipalité dont les rejets s’écoulent sans traitement dans un cours d’eau, contrevenant aux règles du ministère de l’Environnement. En juin, La Presse rapportait le cas de la Municipalité des Cèdres, à un jet de pierre de Beauharnois, qui laissait couler les déjections de près de 500 personnes directement dans un petit ruisseau. Elles provenaient d’une usine d’épuration privée décrépite, que Québec lui avait ordonné de prendre en charge. Après six mois de rejets dans la nature, ils ont cessé trois semaines après l’enquête de La Presse, qui avait provoqué des inspections de l’Environnement.

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