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Sunday, November 8, 2026

De l'herbe pour isoler : les isolants naturels sont de plus en plus nombreux, mais sont-ils efficaces?

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Quand on pénètre dans l’usine Gramitherm située à Auvelais, il y a une odeur à laquelle on ne s’attend pas : celle de l’herbe, une herbe qui sert de base à la fabrication de panneaux d’isolation. Ici, on en consomme des tonnes et des tonnes. Les chiffres avancés par Florent Timmermans, le patron de Gramitherm, sont impressionnants : "en moyenne, en une bonne journée de production, on consomme 5 tonnes d’herbe séchée. Et pour avoir une tonne d’herbe séchée, il faut entre 3 et 4 tonnes d’herbe fraîche. Tous les jours, on consomme entre 15 et 20 tonnes d’herbe fraîchement coupée."

Attention, il ne s’agit pas de n’importe quelle herbe. Sa provenance est spécifique. "C’est de l’herbe qui vient du bord des canaux, rivières, parcs naturels, entretien des communes. Ce n’est jamais une herbe qui vient de ressources agricoles. C’est aussi une herbe qui ne peut pas aller en nourriture animale. C’est vraiment une biomasse perdue que nous, on valorise en panneaux isolants."

Cette herbe fauchée le long d’une route deviendra panneau d’isolation © Gramitherm

C’est une matière abondante qui repousse chaque année et vite. Elle est perçue généralement comme un déchet. Si cette entreprise ne l’utilisait pas, elle partirait en compost ou en décharge. Et elle est proche de chez nous. L’entreprise travaille avec deux sociétés, l’une en Wallonie et l’autre en Flandre. On peut donc parler de circuit court.

Avant de devenir panneau d’isolation, l’herbe passe par différentes étapes, elle est pressée et séchée. Quand le panneau est terminé, il est alors difficile de voir quelle est sa matière d’origine. "On imagine tous l’herbe verte mais une fois qu’elle est pressée et séchée, souvent, elle brunit. Au fur et à mesure de l’année, on a des panneaux de couleur différente."

Le panneau d’isolation à la fin de sa production © RTBF

A l’origine de cette idée, il y a un chercheur suisse du nom de Stefan Grass, un nom prédestiné, qui a cherché à valoriser l’herbe de fauche. Gramitherm a déposé des brevets. L’entreprise dit être la seule au monde à produire de tels panneaux d’isolation : "on a des panneaux qui sont carbone négatif et qui ont la meilleure empreinte environnementale et écologique dans le monde de la construction".

Et pour voir ce que cela donne sur le terrain, direction Liège. Nous sommes alors en plein mois d’août, la température est caniculaire. Damien Fagnant, menuisier, est en train d’installer de tels panneaux sous le toit d’une maison.

Travaux d’isolation dans une maison liégeoise © RTBF

"Ici, la semaine dernière, il faisait environ 60 degrés, c’était impossible d’envisager le chantier. Donc on l’a postposé.
Ça va vraiment changer les choses car à un moment donné, la température s’accumule et ne s’évacue plus. Avec les 20 centimètres d’isolant, il y aura une forte différence."

Pour ce menuisier, l’expérience du panneau fait avec de l’herbe est assez récente. Il a choisi cette solution car il s’agit d’un produit local qui a les mêmes caractéristiques que la laine de bois. "Ici, on a un matériau qui se place facilement et qui, je pense, résistera un peu mieux au stress hydrique que la laine de bois."

Les avantages des isolants biosourcés

Les isolants biosourcés sont produits à partir de matières naturelles renouvelables. Ils sont de plus en plus nombreux sur le marché. Outre l’herbe, citons, par exemple, le chanvre, la laine de mouton, la fibre de bois, l’ouate de cellulose ou encore le liège. Ils ont une faible empreinte carbone et, pour la plupart, sont recyclables, voire compostables.

Mais qu’en est-il de leur efficacité ? Test Achats a consacré un article à cette question. Sa conclusion est claire : les isolants naturels ont leur place sur le marché car ils ont des performances qui rivalisent avec celles des isolants classiques. Ils seraient même plus efficaces pour se protéger du chaud. "Ils offrent un meilleur confort estival parce que la chaleur extérieure va prendre plus de temps pour traverser l’isolant et se retrouver finalement dans le domicile", explique Julie Frère, porte-parole de l’association de défense des droits des consommateurs.

Mais le coût de l’isolation naturelle est souvent un peu plus élevé que celui de l’isolation classique. Parce que l’offre est moins importante. Mais aussi "parce qu’il faut mettre des couches plus importantes que pour des isolants classiques, ce qui peut avoir un impact sur le prix". Cependant il ne faut pas perdre de vue que les panneaux naturels sont moins sujets à la volatilité des prix : "pour produire des isolants classiques, il faut beaucoup d’énergie pour la production, pour le transport, ce qui a un impact sur les prix. Alors que les isolants naturels sont souvent produits localement et donc nécessitent moins d’énergie".

Aujourd’hui bien isoler son logement permet de faire des économies d’énergie. Et si on peut les faire en respectant davantage l’environnement, c’est encore mieux.
 

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