Russie: pourquoi frapper Yandex ne suffit pas à stopper la désinformation russe

En Russie, les récentes frappes ukrainiennes sur plusieurs centres de données font vaciller Yandex. Le géant russe du numérique a indiqué, dimanche 11 octobre, que son infrastructure cloud était en panne après une nouvelle attaque de drone sur l'un de ses centres de données. Par effet domino, certains observateurs affirment, à tort, que l'activité des bots de désinformation du Kremlin aurait drastiquement chuté.
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Omniprésente sur les réseaux sociaux, la machine de désinformation et d'influence russe repose, en partie, sur une galaxie de comptes inauthentiques destinés à diffuser et viraliser des fausses informations dans nos fils d'actualité. Suite aux frappes ukrainiennes sur des centres de données appartenant à l'entreprise Yandex, trivialement surnommé le « Google russe », certains avancent que l'activité de cet écosystème de bots se serait effondrée de plus de 90%. Ce narratif repose entre autres, sur la mauvaise interprétation d'un graphique publié par la société américaine Cloudflare et sur un quiproquo sur l'utilisation du mot « bot ».
Avec Nathan Gallo des Observateurs de France 24, nous avons montré ce graphique à Louis Pétiniaud, docteur de l'Institut français de géopolitique et chercheur postdoctoral au centre GEODE : « Internet est composé de tout un tas de réseaux interconnectés qui échangent des données. On peut donc observer pour chacun une partie de leur activité sur le réseau global. Ce graphique de Cloudflare montre une chute des requêtes qui proviennent d'un des réseaux de Yandex. Cloudflare ne mesure pas l'activité des faux comptes qui diffusent de la désinformation sur les réseaux sociaux. Cette société mesure l'activité des robots légitimes, notamment des crawlers qui vont chercher l'information. »
Comme tout moteur de recherche, Yandex a recours à des « crawlers », des robots d'exploration qui parcourent automatiquement le web en continu pour actualiser la base de données et permettre aux utilisateurs d'obtenir les meilleurs résultats. Cette courbe ne mesure donc pas le trafic global de l'Internet russe.
Confusion autour du mot « bot »
Le terme « bot » utilisé par Cloudflare désigne ici ces crawlers, et non des faux comptes sur les réseaux sociaux, aussi appelés des « bots » pour leur caractère inauthentique. Cette confusion sémantique explique en partie cette analyse erronée du graphique. La chute drastique du nombre de requêtes automatisées n'a donc aucun rapport avec les comptes de désinformation russes, actifs sur les réseaux sociaux. Attaquer les centres de données de Yandex ne signifie pas attaquer la désinformation russe.
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« La désinformation passe par tout un tas de plateformes »
Les chercheurs spécialisés sur la désinformation et l'infrastructure numérique que nous avons contactés affirment n'avoir constaté rien de notable dans l'évolution de l'activité des faux comptes russes sur les réseaux sociaux. « Il n'est toutefois pas impossible que les frappes sur les centres de données de Yandex aient quand même touché une partie des infrastructures de manipulation de l'information ou de désinformation dans le monde, par exemple de production automatisée de contenus », explique Louis Pétiniaud, spécialiste des infrastructures numériques.
Pour légitimer leur trafic, les réseaux de bots russes ne se contentent pas de l'infrastructure numérique russe : « La désinformation passe par tout un tas de processus et de plateformes divers et variés. L'infrastructure des grandes campagnes de désinformation russes, comme Dopplegänger ou Portal Kombat, documentées notamment par Viginum (le service technique et opérationnel de l'État français chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères, NDLR), se base en grande partie sur des éléments basés en Europe ou aux États-Unis. »
Des conséquences pour le parti allemand AfD ?
Dans ce contexte, un eurodéputé tchèque a publié un étrange graphique censé documenter une baisse de 56% de l'activité en ligne autour du parti allemand AfD (Alternative pour l'Allemagne). « On parle tant de patriotisme allemand... et puis, la connexion avec la Russie est coupée », écrit-il.
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Plusieurs éléments portent à croire qu'il s'agit d'un faux document. Le titre ne mentionne pas le parti d'extrême droite allemand. L'origine de ces statistiques reste totalement inconnue. Des données apparaissent à la date du 15 octobre, visiblement par anticipation. Sur Bluesky, Raphaël Wimmer, chercheur spécialiste en analyse de données, pointe l'utilisation possible d'un outil d'intelligence artificielle pour générer ce graphique.
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