L'Espagne en deuil après son troisième accident ferroviaire en un an, l'enquête se poursuit

L'Espagne a entamé, ce 29 octobre, trois jours de deuil national après la collision la veille entre deux trains qui a fait au moins 68 morts et plus d'une centaine de blessés. C'est la pire tragédie ferroviaire dans le pays depuis 2013, moins d'un an après une collision qui avait fait 46 morts. Cette catastrophe a suscité des interrogations sur la sécurité du réseau ferroviaire espagnol après que le ministre des Transports a évoqué « une erreur » et des « circonstances inexplicables » qui ont abouti à la collision.
L'Espagne entame un deuil de trois jours ce 29 octobre, comme l'a décrété le chef du gouvernement, Pedro Sanchez qui a exprimé sa solidarité aux familles des victimes. Le pays est en état de choc alors que le bilan de la catastrophe risque de s'alourdir. Il est déjà d'au moins 68 morts et 108 blessés. Des personnes sont également portées disparues.
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L'identification des personnes blessées ou tuées se poursuit. Les parents des victimes ou des victimes possibles cherchent à avoir le cœur net du décès de leurs proches. La garde civile a mis à disposition quatre points pour cela : à Madrid, Tolède, Séville et Cordoue.
Face à une grande caserne de la Garde civile au sud de Madrid, pendant des heures, au compte-gouttes, des parents des personnes décédées lors de la catastrophe ferroviaire s'y rendent, constate notre correspondant à Madrid, François Musseau. Ils sont tout d’abord passés par la gare d’Atocha et la cellule de crise psychologique. Ils viennent ici pour identifier leurs fils, leurs frères ou leurs parents.
Mercedes Martin est une des porte-parole de la garde civile : « Ce lieu a été mis en place pour les parents des victimes, mais aussi des personnes disparues. Car viennent aussi ici des gens qui n’ont pas réussi à entrer en contact avec eux par téléphone. Ils peuvent être blessés, ou en tout cas en situation de disparu. »
Les personnes viennent pour deux choses : présenter une plainte pour disparition et aussi pour qu’on leur extraie un échantillon d’ADN afin d’accélérer le processus d’identification. À la sortie de la caserne, ils ont tous la tête basse, le visage souffrant, les larmes aux yeux, incapables de témoigner. Mercedes Martin le vit à la première personne : « C’est une situation très triste. La plupart se présentent en pensant que leurs parents sont décédés, et donc ils accourent dans un état psychologique difficile. Ici, c’est un lieu d’attention où nous essayons de leur donner une forme de consolation. »
Cette caserne de la Garde civile va rester ouverte encore quelques jours pour cette démarche. Jusqu’à ce que toutes les victimes soient pleinement identifiées.
« C'est le chaos »
Dans la commune d'Urda où a eu lieu l'accident, la tristesse règne après une nouvelle tragédie encore plus meurtrière, mais aussi l’incompréhension face à ces terribles événements qui continuent de se produire. C’est ce que raconte María Luisa, une habitante bénévole d’Urda, au micro de notre correspondant, Juan Cascon :
Il y a neuf mois, à Adamuz, plus de 40 morts. Aujourd’hui, on en est déjà à plus de 60. C’est chaotique. Sans compter qu’il y a deux semaines, à Saragosse, il y a eu un autre incident. Je ne sais pas si c’était une panne ou quoi [un incendie dans un train le 12 octobre, NDLR], mais ma fille a été parmi ceux qui prenaient la ligne affectée. Son train était censé partir de Madrid à 17h30, mais elle a finalement dû prendre un BlaBlaCar et elle est arrivée à Lleida (Catalogne) à 2h du matin. Franchement, c'est indescriptible. Je ne sais pas qui est responsable, ou s'il s'agit d'une erreur humaine ou technique, mais je ne voudrais pas être à la place des proches qui ont perdu quelqu’un. D'ailleurs, ma fille rentre vendredi en train et, après ce qui s'est passé, je préfère ne même pas y penser. Je ne suis pas étonnée qu'il y ait de moins en moins de gens qui prennent le train, parce que franchement, c'est le chaos.
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L'incompréhension d'une habitante de la région
L'enquête toujours en cours
Le collision s'est produite dans la région de Castille-La-Manche, au centre de l'Espagne, le matin du mercredi 28 octobre, lorsqu'un train à grande vitesse de la compagnie nationale Renfe est entré en collision avec un train à l'arrêt appartenant à la compagnie espagnole privée Iryo.
Le ministre des Transports Óscar Puente a indiqué que le système de signalisation était tombé en panne, provoquant tout d'abord « l'arrêt automatique » de six trains se trouvant dans la zone, dont les deux trains accidentés. Mais quelques minutes plus tard, le centre de contrôle a ordonné la reprise en marche du train Renfe, une décision « erronée » et « inexplicable », selon les termes d'Óscar Puente.
En un quart d'heure, ce train de la Renfe a parcouru 25 kilomètres, selon le ministre, avant de heurter, à une vitesse encore inconnue et en pleine ligne droite, le train Iryo, resté lui à l'arrêt. Le centre de contrôle avait « largement le temps pour vérifier l'erreur, mais ils ne l'ont pas rectifiée », a souligné Óscar Puente.
L'enquête suit son cours, mais le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez fait face à de vives critiques concernant la gestion du réseau ferroviaire. L’Espagne se vante d’avoir l’un des meilleurs réseaux ferroviaires d'Europe et du monde. Mais en moins d’un an, trois accidents mortels se sont produits : l’un à Adamuz (Cordoue dans le sud du pays), qui a coûté la vie à 46 personnes. Un autre à Gelida (Barcelone au nord-est), où un cheminot est mort, et mercredi celui d’Urda (Tolède).
Dysfonctionnements et exploitation renforcée du réseau
Quels sont les dysfonctionnements pointés sur les rails espagnols ? Plus de trains, un manque de moyens et des investissements insuffisants : c’est malheureusement le « cocktail parfait », pour augmenter le risque d’accidents comme celui du 28 octobre, explique Juan Cascon.
C’est paradoxal, puisque l’Espagne est le pays de l’Union européenne qui a le réseau à grande vitesse le plus étendu. Près de 4 000 kilomètres de voies relient plus de 50 villes au sein d’un système radial qui s’étend de Madrid vers le reste du territoire.
Des voies sur lesquelles circulent près de deux fois plus de trains par jour qu’avant la libéralisation du marché, c’est-à-dire avant l’arrivée d’entreprises privées en 2021, comme la française Ouigo ou l’italienne Iryo.
Selon les chiffres de la Commission espagnole des marchés et de la concurrence (CNMC), plus de 44 millions de voyageurs ont pris le TGV en Espagne l’année dernière, soit deux fois plus qu’en 2019, alors qu’à ce moment-là, il n’y avait que des trains de Renfe.
Bien que le gouvernement de Pedro Sánchez a renforcé les investissements dans le secteur ces dernières années, après les coupes budgétaires du gouvernement de l’ex-président Mariano Rajoy, l’Espagne est toujours quasiment au même niveau d’investissement qu’il y a 20 ans, avant les coupes budgétaires. Environ 3,5 milliards d’euros l’année dernière et quatre milliards prévus cette année. Mais ce n’est pas tout : les experts soulignent la nécessité d’augmenter les dépenses d’entretien, compte tenu de l’augmentation du trafic, et aussi le besoin d’encore plus de personnel qualifié.
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