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Thursday, October 22, 2026

Beaux risques et grand spectacle avant la tournée de l’OSM

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L’Orchestre symphonique de Montréal et Rafael Payare présentent cette semaine le programme qui sera donné en tournée en Californie à partir de dimanche. L’association avec Leonidas Kavakos est particulièrement heureuse, puisque le violoniste est un amateur de risques au même titre que le directeur musical de l’orchestre. Par ailleurs, L’Oiseau de feu de Stravinsky s’est avéré somptueux.

Comme l’a annoncé Mélanie La Couture, cheffe de la direction de l’OSM, cela fait 37 ans que l’orchestre ne s’est pas produit à San Francisco et Los Angeles. Ce sera chose faite dans quelques jours, non pas avec L’Oiseau de feu, entendu mercredi et ce jeudi à Montréal, mais avec la 10ᵉ Symphonie de Chostakovitch.

Féerie

C’est San Diego qui aura droit au pur bijou que nous avons entendu hier soir, une interprétation de L’Oiseau de feu dont la magie rappelait par son empreinte le grand Sacre du printemps de 2023. Très clairement, dès le début, Rafael Payare place le premier des trois grands ballets stravinskiens dans la filiation avec Rimski-Korsakov. Plutôt qu’une analyse spectrale et harmonique façon Boulez, il vise l’éloquence par la souplesse et le creusement des nuances et des couleurs — un courant interprétatif défendu, par exemple, par Antal Doráti.

Nous avons eu la curiosité de retourner à notre article de l’été 2023, lorsque Payare et l’OSM avaient présenté leur premier Oiseau de feu à Lanaudière. Nous avions subodoré que l’œuvre allait servir de substrat à un développement poussé, en écrivant : « Il sera très intéressant de reprendre cette partition dans deux ou trois saisons à la Maison symphonique pour travailler encore plus la respiration commune. Quand, par exemple, une cellule est répétée successivement au hautbois, à la flûte et au violoncelle, ce serait encore mieux si le dernier protagoniste n’avait pas l’air de respirer un autre air en jouant plus précipitamment que les deux autres. »

Ces choses étaient parfaitement calées mercredi. L’orchestre respire mieux, ensemble et avec son chef. Nous avions d’ailleurs noté « beaucoup de textures très fines, féeriques (héritage de Rimski) ». C’est encore plus vrai dans la version 2026, avec une douceur de coloris parfois magique (Supplication de l’oiseau ou Ronde des princesses).

Ce qui nous manquait à Lanaudière — la projection des titres des tableaux — est par ailleurs assuré par l’OSM à la Maison symphonique cette semaine et change tout pour le public, qui peut suivre l’action pendant que l’orchestre en grande forme (flûtes, trompettes, cors !) assure la fête sonore.

Soliste

Autre attrait marquant : Leonidas Kavakos, avec un Tchaïkovski très rhapsodique, libre et hyper-contrasté. Le soliste en arrive quasiment à susurrer le deuxième mouvement et à prendre la poudre d’escampette dans le troisième. Tout cela est foncièrement original, très personnel et risqué (dans ce fameux mouvement lent, si le son devient instable, l’effet bascule vite dans le larmoyant).

La prestation de Kavakos est une « expérience ». Il ne supplantera pas dans notre mémoire la renversante prestation, et surtout la vision, de Sergey Khachatryan en février 2025. Quoi qu’il en soit, Leonidas Kavakos est un artiste inventif. Il le prouve dans la cadence du premier mouvement, avec une chanterelle insolente, ou dans la Gavotte en rondeau de la 3ᵉ Partita de Bach donnée en bis (la même que Tetzlaff il y a quelques semaines), audacieusement ornementée à sa manière. Rafael Payare l’accompagne avec ardeur et offre un somptueux accelerando avant la cadence du volet initial.

En début de concert, Elysium de Samy Moussa a fait l’objet d’un traitement luxueux dans la pleine puissance de cette forge sonore et chromatique creusée dans les mythes anciens — dont il ne faut jamais oublier qu’elle était destinée à précéder une œuvre de Bruckner jouée par l’Orchestre philharmonique de Vienne à la Sagrada Família. Payare et l’OSM en ont révélé tout le potentiel.

Voilà donc une tournée qui s’annonce sous les meilleurs auspices. Elle comprendra quatre concerts, dont le dernier réunira les orchestres de San Diego et de Montréal pour un grand déploiement à 140 musiciens.

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