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Monday, September 14, 2026

Les Houthis, maîtres du jeu

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Quand le « petit opprimé » devient maître du jeu stratégique…

L’image des Houthis, organisation chiite du Yémen alliée à l’Iran, a bien changé avec le temps. Sous le nom d’Ansar Allah (les « Partisans de Dieu »), ce petit groupe avait été fondé au milieu des années 1990, à la suite de l’unification du pays. Il visait à défendre les droits d’une minorité religieuse et tribale (les zaïdites) maltraitée par le pouvoir central de Sanaa.

Les Houthis sont apparus sur la carte géopolitique et dans les médias internationaux à partir des années 2010, dans la foulée du Printemps arabe, initialement perçus comme un groupe rebelle régional (du nord du pays) luttant contre la marginalisation économique et religieuse. Un « peuple » (plutôt une secte ou un groupe religieux) qui se défendait face à un pouvoir décrit comme tyrannique.

Dans le sillage du Printemps arabe, les Houthis furent assimilés à des forces de progrès et d’opposition aux dictatures arabes de l’époque, celles de Ben Ali en Tunisie, de Moubarak en Égypte, de Kadhafi en Libye et d’Ali Abdallah Saleh au Yémen, contre lesquelles des mouvements d’inspiration (généralement) démocratique s’étaient levés.

À Sanaa, un mouvement de revendication des jeunes, laïques et socialistes, avait organisé à partir de février 2011 un immense sit-in très médiatisé au centre de la ville, qui dura plusieurs mois.

Nullement laïques eux-mêmes, et parfaitement opportunistes, les Houthis se sont engouffrés dans ce tourbillon national et régional, jusqu’à chasser le régime d’Abdallah Saleh à Sanaa. Ils finiront par contrôler un tiers du territoire et deux tiers de la population. On découvrira assez vite que ces rebelles, naguère opprimés, avaient assemblé une armée efficace et impitoyable (aujourd’hui plus de 200 000 combattants actifs), qui allait faire montre de dogmatisme et de brutalité dans l’exercice du pouvoir.

D’autant qu’après le déclenchement, au printemps 2015, de la campagne de bombardement de l’Arabie saoudite au Yémen (elle-même source d’horreurs et de massacres parmi la population civile), les Houthis se sont alliés de façon de plus en plus explicite à l’Iran (généreux fournisseur en argent et en armes), devenant le troisième bras armé de Téhéran dans la région.

Frères du Hezbollah et du Hamas, les Houthis sont aujourd’hui vus pour ce qu’ils sont : un groupe islamiste oppresseur et violent, le vecteur central d’une guerre par procuration entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Cette guerre a dévasté le Yémen et sa population : près de 400 000 morts et 4,5 millions de personnes déplacées, dans un pays de 40 millions d’habitants, dont presque la moitié sont en « insécurité alimentaire aiguë » (selon l’ONU).

Les ONG internationales comme Human Rights Watch documentent régulièrement les exactions commises par les Houthis : arrestations arbitraires, disparitions forcées, torture et exécutions publiques de dissidents laïques, de journalistes, instauration de lourdes taxes religieuses, détournement de l’aide internationale, utilisation massive d’enfants soldats…

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Ces sympathiques militants, dirigeants yéménites de facto dans tout l’est du pays, y compris la côte, ont élargi depuis trois ans leurs actions au-delà du seul Yémen, se mettant à viser (dans la foulée de la crise de Gaza) des cibles israéliennes et des navires de guerre américains en mer Rouge.

Depuis deux mois, nouvelle extension du domaine de la lutte : les Houthis participent directement à la guerre régionale de l’Iran contre les États-Unis et leurs alliés régionaux ; ils ont repris ouvertement les hostilités contre Riyad après quatre ans de trêve…

Couronnement, ces derniers jours, de cette offensive foudroyante : la capture de toute la côte yéménite en mer Rouge, y compris le détroit de Bab el-Mandeb, « l’autre » grand passage maritime de la péninsule Arabique. En quelques jours, le port stratégique d’al-Mukha (aussi connu sous le nom de Moka, célèbre pour son café), la base côtière de Dhubab et quatre îles stratégiques dans le détroit lui-même sont tous tombés.

Une seconde voie maritime essentielle, après Ormuz, est donc à son tour menacée d’étranglement.

Le trafic du détroit de Bab el-Mandeb ne représentait pour le pétrole, début 2026, qu’un quart des passages d’Ormuz : 5 % ou 6 % du trafic mondial. Mais il avait représenté pour l’Arabie saoudite, jusqu’en juillet, une voie de passage de rechange, un précieux canal de contournement. Et ce, même si, du fait de l’effroi des armateurs et des assureurs depuis mars, le trafic global avait baissé là aussi.

Ce détroit mène au canal de Suez et à l’Europe. Y transitent du pétrole, certes, mais beaucoup d’autres marchandises aussi : près de 30 % du transport des conteneurs mondial passe par Suez et Bab el-Mandeb.

Les Houthis ont eu beau déclarer que la navigation « restera ouverte dans le détroit, sauf pour l’ennemi saoudien », personne ne leur fait confiance. À leur tour, les passages de bateaux dans ce second détroit ont diminué radicalement.

Les Houthis ont brisé le statu quo le long de la côte, bouleversé une trêve qui tenait bon depuis 2022 et, aujourd’hui, ils font un cadeau à Téhéran. Cette capture change la donne dans le conflit régional qui oppose l’Iran aux États-Unis et à leurs alliés.

Le contrôle de Moka et de l’île de Périm permettra aux rebelles de s’imposer comme les maîtres du trafic maritime dans le détroit. Plus alignés sur Téhéran que jamais, les Houthis viennent de facto, et très concrètement, d’ouvrir un second front dans la guerre déclenchée il y a six mois par Donald Trump et Benjamin Nétanyahou.

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