L'Invitation : savez-vous que l'une des meilleures comédies de l'année est un remake ?

Troisième réalisation d'Olivia Wilde pour le cinéma, "L'Invitation" raconte comment un dîner entre voisins va de surprise en surprise. Et si le pitch de cette comédie, l'une des meilleures de 2026, vous semble familier, on a une explication.

Par Maximilien Pierrette
Ça parle de quoi ?
Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes.
Sentimental Value
Hormis pour évoquer les comiques passés avec succès de la scène au grand écran (et derrière la caméra), la probabilité de réunir Seth Rogen et Bernard Campan au sein d'un même article était assez improbable... jusqu'à l'envoi de cette Invitation. La troisième réalisation d'Olivia Wilde pour le cinéma, après Booksmart et Don't Worry Darling, s'inspire en effet de la comédie espagnole Sentimental, signée Cesc Gay en 2020 d'après sa propre pièce de théâtre, et dont le monde entier a vite fait de s'emparer de son concept facilement déclinable d'un pays à l'autre.
La preuve : L'Invitation est le septième des neufs remakes de Sentimental qui existent à ce jour. Alors que la version portugaise (O Pecado Mora em Cima) est attendue le 15 octobre dans les salles locales, et que l'hollandaise (De bovenburen) se tourne actuellement, il en existe déjà une italienne (Vicini di casa), une allemande (Die Nachbarn von oben), une russe (Neprilichnye gosti), une tchèque (V dobrém i zlém), une sud-coréenne (Witjip saramdeul) et une française.
SND
Intitulé Et plus si affinités et sorti dans les salles hexagonales le 3 avril 2024, après avoir été primé à trois reprises au Festival de Comédie de l'Alpe d'Huez quelques mois plus tôt, le long métrage d'Olivier Ducray et Wilfried Meance (Jumeaux mais pas trop) mettait en scène Isabelle Carré et Bernard Campan dans les rôles aujourd'hui tenus par Olivia Wilde et Seth Rogen (d'où le lien fait plus tôt) : ceux d'un couple qui invite ses nouveaux voisins (Pablo Pauly et Julia Faure de ce côté de l'Atlantique, Edward Norton et Penélope Cruz de l'autre) pour un dîner qui va les mener de surprise en surprise, entre non-dits, tensions et bons mots.
Nous sommes encore loin de la comédie italienne Perfetti sconosciuti, recordman en la matière avec ses vingt-cinq remakes (dont le Français Le Jeu), mais le concept de base a ceci de simple et d'universel (quatre personnages entre les murs d'un même appartement) qu'il peut se transposer très facilement dans tous les pays, avec une spécificité propre à chacun : là où Et plus si affinités se rapprochait davantage du vaudeville et la nature théâtrale du projet avec lequel tout a commencé, L'Invitation lorgne plus vers la screwball comedy (ou comédie loufoque), qui mêle des éléments burlesques et des dialogues vifs et cinglants autour de questions de moeurs. Dont le couple.
Sex is Comedy
Forte d'un rythme amplifié par le tempo comique de sa distribution et la musique parfois digne d'un thriller signée Devonté Hynes (qui n'est pas sans faire penser à l'excellente série The Studio, co-crée par Seth Rogen et à laquelle Olivia Wilde a participé), des dialogues affûtés de Rashida Jones et Will McCormack ou encore de cet appartement gigantesque et labyrinthique, dans lequel les personnages peuvent se perdre ou se retrouver enfermés par la manière de cadrer, la réalisatrice s'empare de l'un des sous-genres de l'âge d'or hollywoodien pour signer un film intemporel, qui paraît sorti des années 70 pour parler d'aujourd'hui.
Et notamment de couple et de sexualité, sujet qu'Olivia Wilde avait abordé il y a quelques semaines, en tant qu'actrice seulement, dans I Want Your Sex de Gregg Araki. "J’ai un intérêt évident pour l’étude des relations, de la sexualité et de l’érotisme", nous disait-elle au Festival de Locarno où son Invitation a fait fureur. "Je trouve cela passionnant, car je pense que se poser ces questions en dit long sur les gens et sur la société (...) Le film touche une corde sensible, ce qui est toujours l’objectif recherché. Les gens sont avides de parler de sexe et d’érotisme, et ce film le permet, je crois, dans un cadre rassurant"
"Le film touche une corde sensible, ce qui est toujours l’objectif recherché"
Une dernière phrase qui résume bien la progression du long métrage et son insistance sur la notion d'apparences jusque sur les murs de l'appartement : d'abord comique et trivial, avec beaucoup de rires à la clé, le récit se fait ensuite plus sérieux, mélancolique et même émouvant, lorsque chacun dévoile ses failles au gré des rapports de force qui changent. A tel point que, même lorsque l'on a vu Et plus si affinités, on oublie très vite que nous sommes face à un remake tant le film parvient à avoir sa propre identité : celle de l'une des meilleures comédies de 2026, qui a fait fureur à Sundance, Locarno ou Deauville, et dont la richesse méritera plusieurs visionnages.
Propos d'interview recueillis par Thomas Desroches à Locarno le 9 août 2026
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.