20 millions d’euros et 5 000 km d’autonomie : le drone de combat d’Airbus a volé… sans son cerveau européen

Airbus a fait voler pour la première fois en Europe le U740 Valkyrie, un drone de combat conçu aux États-Unis par Kratos et vendu environ 20 millions d’euros pièce. Mais le logiciel européen censé lui donner son autonomie, et justifier sa promesse de souveraineté, n’était pas à bord.
Airbus a réalisé le premier vol en Europe du U740 Valkyrie, un drone de combat conçu pour accompagner des avions de chasse. Une étape importante pour l’avionneur européen qui évoque un « succès total » et pense déjà à la suite avec cet engin adapté pour équiper l’armée allemande.
Interrogé par Reuters, Michael Schoellhorn, patron d’Airbus Defence and Space, en a profité pour avancer deux chiffres. Il évoque un prix d’environ 20 millions d’euros pièce et des besoins allemands qu’il estime à quelque 500 exemplaires. Il ne s’agit pas d’une commande ferme, mais l’ordre de grandeur donne une idée de l’enjeu. À ce tarif, la facture approcherait les dix milliards d’euros.

Le vol s’est déroulé sur un site d’essai d’Europe du Nord dont Airbus ne précise pas l’emplacement. Le drone a décollé sans piste, propulsé depuis un rail par une fusée d’appoint, avant de manœuvrer à différentes altitudes et à des vitesses allant jusqu’à Mach 0,8, soit 80 % de la vitesse du son. Airbus évoque aussi des ajustements de mission effectués en vol. Sur X, la branche défense du groupe a salué l’événement d’un clin d’œil à Wagner, en parlant de « la chevauchée de la Walkyrie ».
The ride of the Valkyrie ⚔️
With the successful first flight of the Airbus U740 Valkyrie in Europe, we are one step closer to introducing an operational uncrewed Collaborative Combat Aircraft (CCA) to the German and other European Armed Forces.
The flight achieved all objectives, including a rocket-assisted take-off, manoeuvers at various altitudes and speeds up to Mach 0.8, and in-flight mission adjustments. These learnings will pave the way for subsequent flight tests with our MARS mission system.Based on the Kratos-built airframe, we’re equipping the Valkyrie with our own mission system that will serve as the uncrewed CCA’s “European brain”. Ensuring full control over software as well as mission applications, data and system hardware, MARS enables German and European Armed Forces to operate the Valkyrie with full operational sovereignty.
The Valkyrie will also play a critical role in enhancing crewed combat aircraft such as the Eurofighter with extended range, firepower, and survivability. The aircraft design enables operational resilience through its rail launch capability, while offering conventional, runway based, take-off and landing as an option.
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— Airbus Defence (@AirbusDefence) October 12, 2026
Un ailier robot pour l’Eurofighter
Le Valkyrie appartient à la famille des CCA, pour Collaborative Combat Aircraft. Comprenez un drone de combat conçu pour voler aux côtés d’avions pilotés, comme l’Eurofighter, et se charger à leur place des missions les plus risquées. Il peut aussi opérer seul. Airbus promet un appareil « prêt au combat » d’ici 2029 pour l’Allemagne et d’autres armées européennes.

Pour concevoir l’engin, Airbus n’est pas parti d’une feuille blanche : il s’appuie sur la cellule du Valkyrie de Kratos, connu aux États-Unis sous le nom de XQ-58, dans le cadre d’un partenariat annoncé en juillet 2025. Long de 9,1 mètres pour 8,2 mètres d’envergure, il affiche une masse maximale au décollage d’environ trois tonnes, une distance franchissable de plus de 5 000 kilomètres et un plafond de 45 000 pieds, soit près de 13,7 kilomètres. Il dispose d’une soute interne et de points d’emport sous les ailes, mais Airbus ne précise pas l’armement envisagé. Et s’il peut se passer de piste, il pourra aussi, en option, décoller et atterrir de façon classique.
Le cerveau européen attendra 2027
Le drone qui a volé fin septembre n’embarquait pourtant pas MARS (Multi-platform Autonomous Reconfigurable and Secure), le système de mission développé par Airbus, alors que c’est lui qui doit faire du Valkyrie un drone européen. Airbus le présente comme le « cerveau européen » de l’appareil, censé garantir aux armées la maîtrise du logiciel, des applications de mission, des données et du matériel. MARS s’appuie sur l’IA pour mener des missions de façon autonome et coordonner des groupes entiers d’appareils. Un humain reste en supervision pour que les décisions critiques respectent les règles d’engagement.
Il faudra attendre le prochain vol d’essai, prévu au premier trimestre 2027, pour voir MARS à bord, puis la fin de l’année pour un premier vol aux côtés d’un Eurofighter. Interrogé par Reuters sur la dépendance à une plateforme américaine, à l’heure où Washington inquiète une partie de ses alliés, Michael Schoellhorn défend un compromis pragmatique : selon lui, l’élément central, là où les données sont traitées et les missions gérées, est conçu en Europe. Il n’exclut pas une production en Allemagne ou en Europe, si les volumes commandés le justifient.
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Pour Airbus, ce premier vol avait aussi une portée réglementaire, puisqu’en 2013, Berlin avait abandonné l’Euro Hawk de Northrop Grumman après un bras de fer sur sa certification pour l’espace aérien européen. Airbus veut montrer que ce type d’obstacle peut désormais être levé.
Un besoin encore à définir
Encore faut-il savoir ce que l’Allemagne attend de ce drone, et d’après Michael Schoellhorn, la Luftwaffe n’a pas encore tranché : ces drones serviront-ils au combat aérien, aux frappes au sol ou à la guerre électronique ? Il espère y voir clair au premier semestre 2027. D’ici là, la concurrence ne chôme pas. Boeing, Lockheed Martin, Northrop Grumman, General Atomics, Anduril ou encore Saab développent eux aussi des drones de combat, sur un marché qui pourrait peser plusieurs milliards de dollars.
Le Valkyrie s’inscrit aussi dans la nouvelle donne européenne née le 8 juin, quand Paris et Berlin ont renoncé à développer ensemble le chasseur du SCAF, faute d’avoir pu trancher la question du commandement entre Dassault et Airbus. Chacun trace désormais sa route : l’Allemagne avec Airbus, la France avec Dassault, qui développera seul le successeur du Rafale. En attendant, Paris compte sur le Rafale F5, attendu vers 2030, et sur un drone de combat furtif dérivé du démonstrateur nEUROn pour l’accompagner. Dassault a d’ailleurs mené en janvier la levée de fonds de la jeune pousse française Harmattan AI, chargée d’apporter une autonomie contrôlée au Rafale F5 et aux drones de combat, avant de faire voler deux IA « souveraines » sur Rafale en septembre. Des deux côtés du Rhin, la souveraineté passe donc par le logiciel, à une différence près : pour son drone, Airbus a choisi une cellule américaine.
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