Coulisses de la rue de la Loi, anecdotes, récits oubliés : Ivan De Vadder raconte la politique belge

En 1972, un groupe d’agriculteurs, dont le jeune syndicaliste José Happart, futur président du Parlement wallon, fait entrer un taureau dans les travées du Parlement fédéral. Une manière de protester contre la politique agricole menée alors par le gouvernement Eyskens. C’est avec cet épisode qu’Ivan De Vadder a décidé d’entamer son ouvrage. "C’est l’un de nombreux épisodes qui montrent comment le professionnalisme des hommes et des femmes politiques a évolué", explique-t-il. "À cette époque, il n’y a pas de sécurité dans le bâtiment du Parlement. Les agriculteurs ouvrent les portes et rentrent sans problème, non seulement avec un taureau mais aussi avec toute une série d’autres animaux comme des poules. Aujourd’hui, tout s’est modernisé, la société s’est modernisée avec les réseaux sociaux, la communication, mais aussi les bâtiments des partis politiques."
Des duels physiques aux menaces
Autre constat dressé dans cet ouvrage : la violence physique a disparu de l’intérieur du monde politique, mais la violence extérieure et verbale s’intensifie. "Il y avait des bagarres au Parlement", rappelle Ivan De Vadder. "Au 19e siècle, des insultes entre parlementaires provoquaient des duels à l’extérieur du Parlement, au Bois de la Cambre par exemple. C’était une coutume française, aristocrate, qui était reprise en Belgique. On se souvient aussi d’une bagarre impliquant José Happart, de nouveau, dans les années 80, qui en est venu aux mains avec Mik Babylon, élu de la Volksunie, dans la tribune de la presse. Tout ça a disparu, mais d’un autre côté, il y a toujours la violence contre la politique, les menaces… Disons que la violence à l’intérieur de l’enceinte du Parlement a disparu, mais la violence de la société contre la politique est toujours très présente."
La disparition de l’alcool
Pendant des décennies, l’alcool était omniprésent dans la vie politique. Les députés buvaient dans les cafés aux alentours du Parlement et manquaient parfois des débats ou des votes importants. À la fin des années 90, le président de la Chambre Herman De Croo a tenté quelque chose. "Sa solution à ce problème a été de ramener l’alcool à l’intérieur de la buvette du Parlement pour éviter que les parlementaires ne sortent. Mais cela a mené à pas mal d’incidents", raconte Ivan De Vadder. "Aujourd’hui, dans chaque parlement, l’alcool est interdit. C’est aussi une évolution de la société que le monde politique suit."
Les batailles des femmes
Une autre évolution soulignée dans le livre : la présence de plus en plus importante des femmes en politique, qui a mené aussi à d’importants changements. "Rien qu’au niveau des vêtements", rappelle Ivan De Vadder. "À l’époque, Nelly Maes, députée Volksunie, s’est fait engueuler parce qu’elle était rentrée dans l’hémicycle en pantalon. Le président du Parlement estimait que les femmes devaient porter des jupes. Plus tard, elle s’est fait appeler par le nom de son mari. À chaque fois, ce sont des batailles que les femmes doivent mener pour briser des plafonds et pour rendre le monde plus normal. Encore récemment, Melissa Depraetere, la ministre flamande du Logement et du Climat, est tombée enceinte. Or, il n’y a pas de règlement ou de règles, même dans la sécurité sociale des politiciens, pour une femme ministre qui est enceinte."
Le poids des présidents de parti
Autre changement structurel majeur : le déplacement du pouvoir politique vers les présidents de parti. Ivan De Vadder écrit dans son livre : "Aujourd’hui, après le Premier ministre, les figures politiques les plus importantes du pays, ce sont les présidents de parti". Selon le spécialiste politique, cela n’a pas toujours été le cas, en tout cas pas de la même façon. "On parle de la particratie et du pouvoir des partis qui se développent surtout dans les années 50 et 60. Les socialistes sont les premiers, puis les autres ont suivi avec ces symboles de bâtiments et de quartiers généraux des partis politiques. Je pense que cette évolution a continué et aujourd’hui, par exemple, le président du MR Georges-Louis Bouchez demande à être présent dans les négociations du budget fédéral. Le budget d’un gouvernement."
Des noms devenus marketing
Ces dernières années ont aussi été marquées par de nombreux changements de nom de parti (le sp.a devenu Vooruit, le cdH devenu Les Engagés, l’Open VLD devenu Anders). Des noms davantage "marketing". Signe de la fin des grandes idéologies au sein de ces partis ? Pour Ivan De Vadder, ces idéologies restent bien présentes mais ne sont plus utilisées. "Ce n’est plus une marque", analyse-t-il. "C’est une évolution, mais je ne sais pas si c’est une bonne évolution."
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