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Sunday, October 4, 2026

Bosnie: les élections générales et l'opposition aux nationalistes à l'épreuve de la fraude

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À chaque élection depuis 31 ans en Bosnie-Herzégovine, la même question se pose : le pays parviendra-t-il à surmonter ses divisions ethniques héritées de la guerre, et surjouées par les partis nationalistes ? Dans les fiefs des trois peuples constitutifs, à la veille des élections générales de dimanche, le rôle des extrémistes semble s'effriter à mesure que le clientélisme et la corruption perdent du terrain. Mais la transparence électorale demeure une lutte de tout instant.

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De notre envoyé spécial de retour de Bratunac,

Leader des Serbes de Bosnie, nationaliste et séparatiste, Milorad Dodik joue sa survie politique. Au pouvoir depuis 20 ans dans l'entité serbe de Bosnie, soutenu par Moscou et Belgrade, Dodik est en conflit ouvert avec les institutions centrales de Sarajevo, mais aussi avec les Occidentaux. Placé sous sanctions par le Royaume-Uni en 2017, par l'Allemagne, l'Autriche et la Slovénie en 2025, Dodik a aussi été condamné à une peine d'inéligibilité par le Tribunal de Bosnie-Herzégovine en 2025 et déchu de son mandat de président de l'entité serbe de Bosnie.

Mais il avait fait élire un homme lige à son poste, Sinisa Karan, dont le mandat s'achève avec les élections de dimanche. Dodik, qui dirige toujours son parti, le SNSD, est cette fois « représenté » par un autre de ses affidés, Savo Minic, candidat au poste de président de l'entité serbe de Bosnie.

Du côté bosniaque comme croate, la page du nationalisme a partiellement été tournée en 2022. Chez les Bosniaques, le SDA, le parti nationaliste qui faisait la pluie et le beau temps depuis la guerre, s'était fait ravir la première place au Parlement et le siège bosniaque de la présidence par une coalition de trois partis de centre gauche, articulée autour du Parti social-démocrate (SDP), qui transcende les divisions ethniques.

De même, chez les Croates, le parti nationaliste HDZ a été affaibli par la perte du membre croate de la présidence aux élections de 2018, et par un résultat médiocre au parlement en 2022. Membre de la coalition au pouvoir en Fédération, le HDZ disposait aussi d'une minorité de blocage dans une autre institution clé : la Chambre des Peuples. Le HDZ est directement menacé par le Parti social-démocrate (SDP), qui pourrait sortir vainqueur des élections aussi bien chez les Croates que chez les Bosniaques.

Des scanners anti-fraude

Alors que les élections ont été jusqu'ici systématiquement falsifiées, la communauté internationale a réussi à imposer des mesures anti-fraude prometteuses, avec la mise en place de machines à voter. « Les électeurs doivent confirmer leur identité au scanner, qui scanne également le bulletin de vote et compte les voix. Ça permet d'avoir un résultat dès la fermeture des bureaux, qui doit être identique au décompte manuel des voix », explique Hamar Husnic membre de Pod Lupom, une coalition de 30 ONG pour la transparence du scrutin.

Hamar Husnic a animé des présentations de la machine dans tout le pays. Une campagne télévisée est venue renforcer le message. Le nouveau système devrait empêcher des fraudes jusqu'ici courantes, comme le bourrage d'urnes au dépouillement, le vote de groupe ou le vote pour autrui. « En 2022, le bourrage d'urnes avait été tel que jusqu'à 52% des bulletins étaient falsifiés dans certains bureaux », assure le militant. À l'époque, des plaintes avaient bien été déposées, mais étaient restées lettre morte.

Rencontré lors d'une de ces présentations dans la petite ville de Bratunac, à l'Est du pays, Ibro, un électeur, est optimiste. « Pour la première fois en Bosnie-Herzégovine, on va utiliser une nouvelle technologie pour empêcher le vol des suffrages. Les morts ne vont plus voter. On ne pourra plus voter à la place d'un abstentionniste. Toutes ces choses là, on ne pourra plus le faire ! »

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Chantage à l'emploi et migrants électoraux

Pourtant, les scanners ne devraient pas empêcher le phénomène des « migrants électoraux », mis en place depuis quelques années entre l'entité serbe de Bosnie et la Serbie. Les deux dirigeants illibéraux de Banja Luka et de Belgrade s'échangent leurs militants lors des scrutins, après que ceux-ci aient reçu la nationalité du pays voisin et aient été inscrits sur les listes électorales, pour les répartir là où le vote est plus serré. Ce stratagème leur permet de gagner des dizaines de milliers de voix à chaque élection. Le parti croate HDZ recourrait à la même méthode dans les régions frontalières de la Croatie, à l'Ouest.

Le chantage dans les administrations et les grandes entreprises est aussi répandu. « À l'usine d'aluminium, les dirigeants imposent aux employés et à leur famille de voter pour le SNSD, explique Mladen Radovic, candidat du Front populaire, un petit parti d'opposition de la ville de Zvornik. C'est la même chose pour tous les employés de la mairie ».

Selon Mladen Radovic, le SNSD de Milorad Dodik partirait ainsi, par exemple, avec un avantage de 9 000 voix pour la seule municipalité de Zvornik (54 000 habitants). Cependant, Mladen Radovic place beaucoup d'espoir dans les nouveaux scanners : « Au moins on n'aura plus à se battre au dépouillement pour défendre les voix que nous avons reçues. Et ce système va donner confiance aux gens. Les électeurs étaient dans une sorte d'apathie et n'allaient même pas voter. Mais maintenant, ils comprennent que leur voix est prise en compte. Cela va changer les mentalités »

Une architecture institutionnelle labyrinthique et inefficace

Les élections générales bosniaques, qui ont lieu tous les quatre ans, sont un scrutin particulièrement complexe et peu lisible, au cours duquel sont renouvelées toutes les institutions. Inscrit dans les accords de Dayton de 1995 – des pourparlers de paix ayant valeur de constitution qui ont mis fin à la guerre – ce système devait garantir qu'aucune des trois principales communautés de la Bosnie (les Bosniaques, les Serbes et les Croates) ne puisse prendre l'ascendant sur les deux autres.

Cette constitution, souvent qualifiée de plus compliquée du monde, partage la Bosnie selon des lignes ethniques, en deux entités fédérales reliées par un pouvoir central faible. Pour diriger le pays, trois membres d'une « présidence tournante » (un Bosniaque, un Serbe et un Croate) sont élus, en plus du parlement central, du président de l'entité serbe de Bosnie, des parlements des deux entités fédérales (la République Serbe, et la Fédération Croato Bosniaque), et des assemblées des dix cantons qui composent la Fédération. En plus des 4 présidents (élus à la majorité simple), les parlementaires désignent deux « Chambres des Peuples », 13 premiers ministres et 136 ministres, pour un total de 14 gouvernements aux niveaux de responsabilité variables. Le système est si fragmenté qu'il est facile de bloquer toute décision. Ainsi, depuis la fin du conflit, les différentes formations nationalistes ont tué dans l’œuf la plupart des réformes, au nom d'intérêts partisans.

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