Éducation et loisirs des enfants | Être parent à l’ère des notifications

Pour élever un enfant en 2026, il faut de l’amour, de la patience et une douzaine de mots de passe. Un mois après le début des classes, maîtrisez-vous toutes les plateformes nécessaires pour gérer l’éducation et les loisirs de vos jeunes enfants ?
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Moi, je suis étourdie.
Entre les portails, les sites web, les applications, les courriels, les messages sur Facebook et les notifications par texto, je peine à suivre toutes les pucks. J’ai parfois l’impression d’avoir 103 ans.
Si vous avez des enfants au primaire, vous savez de quoi je parle.
Personne n’est à blâmer. Chaque outil répond à un besoin et part d’une bonne intention. Mis ensemble, toutefois, ils deviennent une charge mentale étonnante pour les parents qui ont vécu l’ère du papier et du téléphone fixe. Chronophage, surtout.
Les leçons et les devoirs se trouvent sur padlet.com, avec les photos et les dates importantes. L’an dernier, c’était sur Teams dans un sous-menu aussi difficile à trouver que la motivation pour apprendre le plus-que-parfait du subjonctif.
Les mathématiques se font en ligne, avec des dessins animés. La lecture requiert parfois de télécharger un bouquin sur un autre site, ce qui est loin de m’aider dans ma lutte contre les écrans. Certains profs diffusent des photos et des messages sur l’application ClassDojo. Pour que je ne manque rien, chaque nouvelle publication m’est signalée au moyen d’un courriel.
Pour savoir si le bus sera en retard, il fallait télécharger Megafon. Depuis l’an dernier, il faut plutôt s’inscrire au système d’alerte par texto. La procédure en 10 étapes était expliquée dans un PDF de 4 pages.
L’application HopHop permet d’annoncer mon arrivée au service de garde. Les absences doivent être signalées dans le portail Mozaïk, où se trouvent aussi les bulletins. Pour un retard, ça se fait par téléphone.
En théorie, je devrais consulter la page Facebook de l’école pour savoir tout ce que mon enfant a « oublié » de me dire : journées spéciales, visites de conférenciers, remises de prix. Dans certaines écoles, des parents ont créé un groupe pour communiquer entre eux quand les canaux officiels suscitent des interrogations.
Et puis, il y a le déluge de courriels : professeurs, école, service de garde, OPP (organisme de participation des parents), transport scolaire, centre de services scolaire. Factures, inscriptions, nouvelles règles, recherche de bénévoles, activités de financement… ça n’arrête jamais. Pour tout lire, peut-être faut-il être retraité ?
D’ailleurs, depuis que j’ai commencé à écrire cette chronique, trois courriels sont rentrés ! Ce n’est pas une blague.
Vous avez plusieurs enfants, qui ne vont pas dans la même école, qui font du sport ou d’autres activités ? Tout est multiplié par 2 ou 3 ou 4.
Bien sûr, recevoir une photo de son enfant avec son bricolage ou ses copains autour d’un projet scientifique est toujours agréable. Grâce à la modernité, les parents ont accès à une vitrine émouvante sur le parcours de leur progéniture que les générations précédentes n’auraient jamais crue possible. Mais elle leur complique aussi la vie.
C’est encore pire pour les grands-parents qui voudraient donner un coup de main avec les devoirs. Chaque fois qu’une information importante m’a échappé, j’ai une pensée pour ceux qui maîtrisent peu le français et les technologies. Pour eux, la modernité est une barrière.
La surcharge d’applications et de notifications pèserait particulièrement sur les mères, selon une professeure adjointe de sociologie à l’Université du Wisconsin-Madison qui étudie les questions d’égalité dans les couples. Les mères prennent généralement « la responsabilité de gérer les relations de leurs enfants avec le monde extérieur », a-t-elle dit au magazine Business Insider.
Homme ou femme, on rêve tous de courriels limpides qui ne requièrent aucune gymnastique mentale.
Il reste du travail à faire à ce chapitre. On m’a déjà avisée qu’il était « possible » que l’heure d’embarquement de mon enfant dans le bus ait été modifiée. Au cas où, une date d’entrée en vigueur était mentionnée. Pour en avoir le cœur net, je devais consulter le portail Mozaïk.
Il y a des problèmes de clarté et de quantité. Père de deux filles, Miguel Tremblay a reçu 456 courriels l’an dernier. Il a publié le résultat de son analyse sur Facebook : 58 % requéraient une action, mais ce n’était pas toujours mentionné explicitement, comme l’a rapporté ma collègue Judith Lachapelle1.
Je vous parle de technologie pendant le parcours scolaire, mais le fardeau numérique commence bien plus tôt.
PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK D’OWLET
Owlet vend une chaussette connectée qui suit le pouls et la saturation en oxygène du bébé, et un système de caméra.
L’IA a déjà fait son entrée dans les berceaux. La caméra Nanit analyse le sommeil et la respiration des poupons, puis transmet aux parents un score sur leur téléphone. Owlet vend une chaussette connectée qui suit le pouls et la saturation en oxygène du bébé, et un système de caméra. Toutes ces données aboutissent, évidemment, dans une application que des utilisateurs confient regarder compulsivement.
Les nouveaux parents qui dépensent des centaines de dollars pour ces outils achètent sans doute une manière de réduire leur angoisse. Je peux les comprendre. Mais à leur place, je savourerais ces années où les applications sont encore facultatives. Dès la maternelle, elles ne le seront plus.
1. Lisez la chronique « Quand l’école envoie 456 courriels en un an »
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