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Sunday, August 23, 2026

Cui Jian, père du rock chinois ou le souvenir d’une Chine plus ouverte

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Les artistes ont accompagné et accompagnent encore, à travers leurs chansons, les moments clés et les bouleversements de l’Histoire. Chaque week-end, RFI consacre une série de chroniques à une sélection de chansons emblématiques, qui racontent un événement marquant, un bouleversement historique, une date importante, ou qui témoignent plus largement d’une époque, ou de phénomènes de société. Ce dimanche, retour au milieu des années 80, au moment où le morceau d'un pionnier du rock chinois s’apprête à devenir l'hymne de la révolte des étudiants de la place Tian'anmen, à Pékin.

9 mai 1986 au stade des Ouvriers, à Pékin. Ce soir-là, une voix rauque, des mots sans fard, électrisent la salle. Pour la première fois, le rock fait irruption sur la scène chinoise. Et c’est tout un symbole. Cui Jian, 25 ans, entre en scène : guitare en bandoulière, blouse ouverte, une jambe de pantalon retroussée plus haut que l’autre. Une tenue qui défie les uniformes officiels, si sages, si contrôlés. Sa voix, puissante et brute, porte une colère, un refus du discours lisse et optimiste imposé par le pouvoir. 

Pour une oreille habituée au rock occidental, son style peut surprendre. Mais en Chine, au milieu des années 80, sa musique incarne un tournant. Le pays sort à peine de la Révolution culturelle, où l’art était soumis à l’idéologie. Et puis, il y a ces paroles… « Rien à mon nom ». Un titre qui évoque L’Internationale, hymne des luttes sociales. Des mots simples, percutants, portés par une musique brute. Instantanément, une communion s’établit avec un public jeune, assoiffé de liberté. Cette chanson devient un cri. Un cri qui résonne bien au-delà des salles de concert : « Je n’arrête pas de te demander : quand partiras-tu avec moi ? Mais tu te moques, car je ne possède rien. Je veux partager mes rêves, ainsi que ma liberté… Mais tu te moques, car je ne possède rien ». 

« Rien à mon nom », le cri d’une jeunesse chinoise

Trois ans plus tard, au printemps 1989, des étudiants reprennent sa chanson sur la place Tian’anmen, aux côtés de L’Internationale. Ces jeunes, en grève de la faim, réclament plus de libertés, des réformes politiques. Cui Jian les rejoint, leur apporte son soutien. Mais au petit matin du 4 juin, le mouvement est réprimé dans le sang. Cui Jian, l’une des icônes de cette génération, est interdit de scène pendant plusieurs années. 

Quatre décennies plus tard, « Rien à mon nom » n’est plus qu’un écho lointain. Un souvenir d’années tourmentées, mais aussi l’espoir tenace d’une Chine plus ouverte. 

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