Course à l’intelligence artificielle : qui de la Chine ou des Etats-Unis est en tête ?

Dans cette course à l’IA, que ce soit du côté américain ou du côté chinois, chacun est donc persuadé que celui qui finira premier, celui qui aura le contrôle de l’intelligence artificielle et de son infrastructure, aura le contrôle du monde de demain.
Par conséquent, pour gagner cette course, se met en place une sorte de jeu de dupes : "L’intérêt de chacun est que l’autre n’aille pas trop vite et ne brûle pas d’étape. Et donc, idéalement, ils se mettraient d’accord pour développer à un rythme raisonnable et contrôlable ces technologies. Mais évidemment, une fois que l’on se met d’accord sur un ralentissement du rythme par exemple, chacun commence à avoir intérêt à tricher pour avoir une longueur d’avance sur l’autre, puisqu’in fine, c’est ce qui les intéresse", constate Nicolas van Zeebroeck.
…chacun commence à avoir intérêt à tricher pour gagner une longueur d’avance sur l’autre…
Ce qui laisse penser, selon le spécialiste, que lors de ce dîner d’Etat rassemblant Donald Trump, Xi Jinping et acteurs de la "Tech", on va assister à une sorte de dialogue "dans lequel chacun ne joue pas tout à fait cartes sur table parce qu’en réalité, chacun a envie d’aller plus vite que les autres et chacun a envie, a le même objectif : de diffuser sa technologie le plus largement possible et de la rendre absolument incontournable".
Et dans cet échange biaisé, la réglementation sera probablement au cœur des discussions : "Je pense qu’il y a aujourd’hui un certain consensus pour dire qu’il faut, d’une manière ou d’une autre, encadrer ces technologies et leur développement, même si Donald Trump est plutôt opposé à l’idée de réglementation. Je n’imagine pas qu’ils n’évoquent pas le sujet de la réglementation globale de ces technologies", poursuit Nicolas van Zeebroeck.
Un autre sujet devrait aussi se glisser dans les discussions : Taïwan.
Pour développer l’intelligence artificielle, Chine ou Etats-Unis, tous ont besoin de ressources. Et c’est là que Taïwan entre en jeu. L’île est, en effet, un centre majeur de production de composants informatiques nécessaires pour développer les outils de l’IA. "C’est le fournisseur mondial de semi-conducteurs, qui sont indispensables pour tout l’écosystème de l’IA, pour toute la transformation numérique", précise Nicolas Van Zeebroeck.
Et personne ne peut s’en passer : "Taïwan est aussi important pour les États-Unis que pour la Chine. Actuellement, ni les États-Unis ni l’Europe ne peuvent se passer Taïwan pour la production de semi-conducteurs. Les Américains ont besoin de produire énormément de puces pour faire tourner l’intelligence artificielle. On ne produit pas de puces sans les terres rares sur lesquelles la Chine a une domination totale, mais les Chinois peuvent difficilement produire les puces les plus avancées sans la technologie américaine, et ne l’oublions pas, sans la technologie européenne, qui reste indispensable dans le monde pour produire les puces les plus avancées au monde", ajoute encore le professeur à la Solvay Brussels School of Economics.
Taïwan est aussi important pour les États-Unis que pour la Chine
Une dépendance qui pourrait, peut-être, avoir un impact sur la stratégie plus géopolitique des Etats-Unis et de la Chine, à propos du territoire revendiqué par Pékin. "Il y a une réalité géopolitique que Donald Trump connaît. Il sait que les économies sont étroitement imbriquées, il sait que les États-Unis ont besoin de la Chine", détaille, dans Matin Première, Richard Werly, éditorialiste pour le site d’information Blick.fr. "Donc, il faut que Taïwan puisse continuer de produire et d’exporter ses puces et ses processeurs absolument indispensables. Et pour ça, il faut que Taïwan reste indépendant comme il l’est actuellement. Parce que sinon, ça voudra dire que la Chine aura mis la main sur ce secteur stratégique absolument crucial", poursuit le journaliste.
Et Nicolas van Zeebroeck de conclure : "Les Américains ne peuvent pas se permettre de délaisser Taïwan ou de le perdre. Est-ce que néanmoins, dans la balance, qu’il faudra arrondir un peu la politique sur Taïwan en échange d’une garantie d’une autre nature ? C’est possible".
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