Les États-Unis auront du mal à renoncer aux tarifs, prévient la négociatrice canadienne
Même après l’ère Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis ne renonceront probablement pas aux tarifs douaniers imposés au reste du monde, qui leur rapportent des revenus non négligeables, a prévenu jeudi la négociatrice commerciale en chef du Canada auprès des États-Unis, Janice Charette.
Le gouvernement américain, qui a enregistré un déficit budgétaire de 1800 milliards de dollars en 2025, tire désormais des recettes considérables des droits de douane, une source de revenus dont il pourrait difficilement se passer, a expliqué Mme Charette lors d’un panel du Toronto Global Forum.
« Quand on examine les revenus générés par les tarifs douaniers qui sont versés dans les coffres du Trésor américain, on constate qu’ils constituent actuellement une source de financement très importante des programmes et des services du gouvernement américain », a indiqué la négociatrice en chef, qui évoque une « nouvelle ère » des relations commerciales.
En 2025, le gouvernement américain a perçu 195 milliards de dollars américains en recettes douanières, selon les données du Bureau du budget du Congrès (CBO). Il s’agit d’une hausse marquée par rapport aux années précédentes, avant l’entrée en vigueur des droits de douane imposés par le gouvernement Trump. Pour l’exercice financier 2026, le CBO prévoyait des recettes douanières nettes de 168 milliards de dollars américains.
Ce faisant, ni le Canada ni aucun autre pays ne devrait s’attendre à retrouver les conditions d’accès au marché américain qui prévalaient avant l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, estime Janice Charette.
Pour le Canada, cela se traduira inévitablement par des « asymétries » entre les différents secteurs de l’économie canadienne, a-t-elle prévenu. « Il faut tenter de s’entendre pour que le plus petit nombre possible de produits soit assujetti à des droits de douane, aux taux les plus bas possible, tout en obtenant le meilleur accès possible au marché américain pour les entreprises canadiennes. Voilà quel doit être notre objectif. »
Nommée par Mark Carney au début de l’année, Janice Charette est au cœur des négociations ardues avec les États-Unis depuis des mois. Les relations entre les deux pays traversent d’ailleurs toujours « une période un peu difficile », a-t-elle reconnu jeudi.
Charette justifie les délais
Le gouvernement de Mark Carney a été la cible de critiques de l’opposition à la rentrée parlementaire, après l’interruption des négociations avec Donald Trump au milieu de l’été. La négociatrice commerciale canadienne a toutefois défendu la nécessité de prendre le temps de parvenir à une entente satisfaisante.
« Nous voulons tous en arriver à une situation où il y aura davantage de prévisibilité et de certitude. Nous sommes en train de redéfinir les modalités de la relation commerciale entre nos deux pays pour une certaine période. Cela mérite que nous prenions le temps nécessaire pour bien faire les choses », a-t-elle expliqué.
Même si les négociations officielles sont au point mort, les responsables des deux côtés de la frontière continuent de se parler sur une base régulière « afin de déterminer si nous pouvons reprendre les négociations détaillées », a indiqué Mme Charette.
Le premier ministre Mark Carney a confirmé mercredi s’être entretenu longuement au téléphone avec le président Trump. Les deux dirigeants auraient notamment abordé les relations commerciales canado-américaines, en plus des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient. M. Carney n’a pas voulu fournir davantage de détails.
Le même jour, l’ambassade des États-Unis à Ottawa a accusé le gouvernement Carney de tenter de s’ingérer dans ses politiques à l’approche des élections de mi-mandat prévues le 3 novembre.
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